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L’invisible : Rubén del Rincón, du Nicaragua à l’Ukraine une histoire de vengeance

Par Jean-Marc PROUST Très bon 6 mai 2026 
Du Nicaragua à l'Ukraine, Rubén del Rincón déroule le récit d'une vengeance inattendue, courant sur quatre décennies avec pour toile de fond l'histoire quelque peu oubliée du sandinisme. Le récit est parfois déroutant mais il finit par s'imposer.

Kiev, Genève, Mieussy, Managua… : le voyage auquel nous convie Rubén del Rincón avec L’Invisible est particulièrement complexe, d’autant plus que ces détours d’un pays à l’autre se combinent avec des périodes différentes : 1978, 2019… imposant de faire le lien entre les personnages jeunes puis vieillis de quarante ans, sans que le dessinateur prenne vraiment la peine de leur attribuer une ressemblance évidente au premier regard. C’est plutôt l’inverse d’ailleurs, son pinceau s’avérant chatoyant plus que « facilitant ».
La lecture du premier chapitre est à cet égard déroutante et l’on se perd dans une succession de conversations (qui font suite à un massacre dont on ignore les raisons) entre des protagonistes qu’on peine à identifier.

L'invisible : Rubén del Rincón, du Nicaragua à l'Ukraine une histoire de vengeance
Alerte à Kiev
L’Invisible, Rubén del Rincón (Ankama)

L’ouvrage est long cependant : avec 140 pages, scindées en cinq chapitres, il impose son rythme. Les explications viennent progressivement, le récit décollant au sens propre comme figuré avec une expédition en aile volante depuis la Tour Montparnasse jusqu’à une terrasse près de Saint-Sulpice. Le récit devient alors plus solide, captivant même, et l’on en perçoit les fils, qui seront progressivement dénoués jusqu’au tableau final.

Le scénario n’est pas ordinaire, pas plus que le cadre : depuis longtemps, la dictature des Somoza, le sandinisme et le Nicaragua ont quitté l’actualité au point qu’ils n’évoquent probablement pas grand chose à nombre de lecteurs aujourd’hui. À cet égard, la reconstitution est quelque peu légère, offrant peu de points d’accroche, ne serait-ce qu’une ou deux pages d’explications, on n’ose écrire : pédagogiques. Le lecteur doit en quelque sorte s’accommoder d’un service minimum plutôt réaliste : les phrases qu’échangent les Nicaraguayens, envisageant pour certains de se joindre au mouvement révolutionnaire, pour d’autres se contentant d’essayer de s’en sortir. Le parti pris peut dérouter mais il se justifie puisqu’il s’agit d’un récit peignant des personnages dans une époque (et non l’inverse). Et l’on se prend à suivre ce récit avec intérêt, en prenant le temps d’admirer les compositions, alternant l’intime, le grotesque et le spectaculaire.

Poursuite à Managua
L’Invisible, Rubén del Rincón (Ankama)

Observant une femme âgée, ignorée, "invisible", à une caisse de supermarché, Rubén del Rincón a eu l’idée d’en faire son personnage principal. "Ça m’a marqué et après j’ai commencé à mélanger ça à mes sujets de prédilection : la révolution, l’amitié, l’esprit de combat... Et aussi le fait que, en BD, il n’y avait pas vraiment d’héroïne âgée qui vivait des aventures un peu physiques de façon crédible."

Le dessin, par sa légèreté en mouvement, par son intense coloris à dominantes contraires, jaune et violet, ocre, pourpre, vert… témoigne d’une évidente virtuosité ; il y quelque chose de dansant d’un bout à l’autre de ce récit, sans cesse survolté et joyeux.

Par Jean-Marc PROUST

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Code EAN : 9791033570165
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