Erreur d’exécution squelettes/sqtc/inc-head.html
Pas mal
12 novembre 2025
La Découverte, c’est le premier volume de la série de BD L’Étranger temporel, scénarisée par François PH Lapointe, et illustrée par Andrea Modugno, avec des couleurs par Véronique Gourdin. Les deux premiers sont encore inconnus au bataillon dans le monde de la BD, et pour cause, il s’agit de leur premier livre. En effet, François PH Lapointe a lancé en début d’année Monde BD, sa maison d’édition basée au Québec. Ancien soldat de la Marine canadienne, il s’est depuis reconverti dans l’édition cette année. Sa maison Monde BD a déjà près d’une dizaine de projets en cours, dont le premier, le tome 1 de sa série L’Étranger temporel, est paru fin octobre. Alors, que vaut cette première tentative ?
Tout d’abord, revenons sur l’histoire de La Découverte. Ici, on ne part pas dans l’espace à bord de vaisseaux spatiaux, mais on plonge dans les tréfonds de la base scientifique Explora. Dans ce récit de science-fiction, pourtant très ancré dans notre réalité (un peu à la James Cameron), le lecteur suit les aventures d’un groupe de scientifiques océanographes, chargés d’étudier les fonds marins près de l’île Anatahan, en plein Pacifique. Mais lorsque leurs recherches les mènent près d’un artéfact mystérieux, ils se retrouvent en danger mortel. Très vite, les scientifiques se retrouvent en huis clos, enfermés dans la station alors qu’une menace sans visage rôde autour. Un scénario qui rappelle The Abyss de James Cameron, avec la base sous-marine futuriste abritant un petit groupe d’explorateurs, chacun ayant ses propres raisons d’être à bord. Ce premier épisode servant d’introduction, il établit les personnages, plante le décor, ainsi que les thèmes, mais l’action se fait encore un peu rare. Les péripéties s’axent encore autour de la découverte de l’artéfact, ainsi que des dangers et des mystères qui en découlent. Le passage le plus riche en action est le moment où un membre de l’équipage, parti explorer en solitaire, est retrouvé mort, coupé en deux. On ne voit rien de la menace, simplement le résultat du massacre. On peut donc espérer un peu plus de confrontation dans les prochains volumes, au fur et à mesure que le monstre se révèlera.
Côté personnages, on peut remarquer que l’équipage d’Explora correspond assez bien à ceux des films d’horreur SF hollywoodiens. Nous parlions de The Abyss plus haut, mais il semblerait également que L’Étranger temporel se soit inspiré d’Alien pour son casting. Maëla correspond à l’archétype de la jeune femme fascinée par ses découvertes à l’enthousiasme débordant, le capitaine Smith agit comme la voix de la raison et la figure d’autorité, ou encore Aaron, le pilote du sous-marin impétueux. Cependant, notons un petit point noir sur la caractérisation des personnages. Là où ils ont chacun un design marquant grâce aux bons soins d’Andrea Modugno, le lecteur n’apprend leurs identités que tard dans le livre, et a parfois du mal à associer des visages aux prénoms. Cela mène à des situations un peu embarrassantes où le lecteur ne retient que les archétypes physiques : « capitaine à la barbe », « scientifique chauve à lunettes », ou « type aux joues mal rasées ».
Cette caractérisation des personnages, sauvée par le dessin, montre cependant un souci plus important dans le livre : il est trop bavard. On sent clairement la patte du scénariste François PH Lapointe qui veut développer son univers et raconter son histoire, mais ça en devient parfois un peu excessif. Était-il vraiment nécessaire d’expliquer dans une bulle dédiée que Maëla avait fait un aller-retour entre sa chambre et la cabine de commandement pour aller chercher un livre de géologie ? Beaucoup de bulles font superflu, et encombrent le récit, alors que le dessin fait parfaitement l’affaire. Prenons pour exemple la toute première page du livre. On y voit un plan de l’île, avec un zoom sur des cadavres de soldats japonais sur la plage. Le lecteur n’avait pas besoin d’une explication détaillée sur la querelle amoureuse des soldats et sur les blessures inhabituelles pour comprendre qu’il s’était passé quelque chose d’étrange. C’est un peu dommage, mais gardons à l’esprit qu’il s’agit d’un premier livre, et le premier projet d’une jeune maison d’édition. De plus, certains apprécient avoir cette quantité d’informations, surtout dans un cadre de SF où les règles scientifiques établies sont essentielles à la composition de l’univers. Ce point occupera donc une importance différente en fonction du lecteur que vous êtes.
Finissons sur une note positive, cependant. Lorsqu’il a fondé Monde BD, François PH Lapointe a voulu publier des livres qui abordaient une variété de thèmes sociaux, offrant un deuxième niveau de lecture. Ici, le livre aborde le Trouble de Stress Post-Traumatique (TSPT). En effet, le personnage d’Aaron est un ancien militaire canadien, déployé en Afghanistan en tant que démineur. Lorsque confronté à la violence de la mort de ses coéquipiers, Aaron sent la panique le prendre, et le neutralise complètement. On sent l’expérience de l’auteur, lui aussi ancien militaire dans la marine canadienne. Le livre traite le sujet avec beaucoup de tact et une douceur assez surprenante. En effet, on a souvent droit dans les films hollywoodiens aux militaires traumatisés qui perdent la raison et deviennent des fous de la gâchette. Ce n’est pas le cas ici. Maëla agit en véritable soutien émotionnel pour Aaron, lui laissant le temps de parler pour faire retomber la panique. Un moment fort du livre, et épuré par rapport au reste du livre. Aucune narration externe dans ces pages, uniquement Aaron qui explique ce qui lui arrive. La scène garde un peu ce côté « exposition de scénario », mais le personnage, bien placé pour savoir ce qui lui arrive, parvient à garder un ton plutôt naturel. Ces moments semblent vraiment la force et la plus-value de Monde BD, qui prend ces sujets à bras le corps plutôt que de se prétendre progressiste en mettant un simple autocollant « collection féministe » sur quelques titres écrits par des femmes. On ne vise personne…
La Découverte, c’est donc le premier volume d’une série de SF prometteuse, et surtout le premier projet d’une maison d’édition indépendante qui a le courage de se lancer en 2025. La série L’Étranger temporel promet une histoire de SF sympathique, qui rend hommage à ses inspirations mais propose également d’intégrer des thèmes intéressants et finalement assez peu explorés en BD mainstream. Si vous voulez soutenir une nouvelle maison aux projets variés, vous savez quoi faire !
Par Akira OIKAWA
Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.
L’Étranger temporel, tome 1 La Découverte, par François PH Lapointe et Andrea Modugno, couleurs de Véronique Gourdin, éditions Monde BD. Parution le 15 octobre 2025. 14,90 €
Participez à la discussion