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Bon
12 décembre 2024
Tout commence par des vacances en famille, puis un post sur les réseaux et une prise de conscience. Guillaume Daudin et Stéphane Jourdain, auteurs de l’ouvrage Les Contraceptés, saisissent peu à peu que la charge mentale s’est invitée dans les valises de leurs compagnes, tandis qu’ils récoltent en ligne les lauriers de leur participation aux activités ludiques.
Éclairés quant aux problématiques d’égalité de genre, érudits, ils sont confrontés à la réalité de leurs privilèges et vont devoir subsister la pratique à la théorie. Au travers de nombreuses rencontres, ils vont peu à peu découvrir l’iceberg d’inégalités que cache cette “arnaque des nouveaux pères”. Car, si l’on s’éloigne de la figure paternelle qu’ils ont eux-mêmes connue, à savoir le patriarche traditionnel, figure d’autorité brillant par son absence dans le foyer, l’évolution est lente voire très lente. Et ces nouveaux pères, s’ils sont plus présents, réclament des médailles pour des tâches socialement valorisées, invisibilisant de fait tout le travail de leur compagne.
Et si la sensibilité quant à l’égalité des genres, couplée à la bonne volonté, pouvait être un leurre ? Que faire de ce “dadwashing” ? Comment agir concrètement et repenser la parentalité dans le couple hétérosexuel ?
C’est à travers une enquête menée sur plusieurs mois que les deux auteurs, sous le trait d’Antoine Grimée, vont tenter de creuser ces problématiques. Le premier constat se fait dans leur entourage proche, avec les témoignages d’amies dont la fatigue à gérer un “enfant” supplémentaire n’est que la surface de problématiques systémiques et sociétales. Car, dès la naissance de l’enfant, la charge revient d’office à la mère, à cause d’un congé paternité court qui ne permet au père que d’être un assistant provisoire. Beaucoup de causes et de conséquences de ces inégalités dans la parentalité hétérosexuelle vont être développées, au travers de nombreuses rencontres, de théoriciennes et chercheuses à un coach pour pères, en passant par un groupe de parole pour auteurs de violences conjugales. Les auteurs iront jusqu’en Suède, où des évolutions notoires ont déjà eu lieu, tout en mettant en avant le travail qui doit encore être fait, collectivement, chez les hommes. La place laissée par les femmes dans le foyer, dont elles se sont souvent emparées malgré elles, est également abordée, avant que leur enquête ne se conclue par une table ronde, “100% représentatives des pères de 2024”.
Si l’ensemble de l’ouvrage est copieusement documenté, cette conclusion laisse un arrière-goût amer. Comment représenter tous les pères en ne questionnant que des hommes blancs, érudits ou socialement privilégiés, alors que leur enquête montre justement que les milieux précaires sont les plus frappés par ces inégalités ? Cette lacune est le manque principal à cet ouvrage, qui permet néanmoins d’ouvrir la porte de la large diffusion à une problématique actuelle et profonde.
En effet, la sensibilité et la bonne volonté ne suffisent plus. Les efforts de ces nouveaux pères sont insuffisants et bien trop valorisés, et cette enquête le prouve concrètement. Elle apporte de nombreuses pistes de réflexion, quelques outils qui pourraient être plus nombreux et surtout un message clair : il est grand temps de passer à l’action ! C’est une vraie prise de conscience collective et des actions concrètes qui permettront à l’égalité de voir le jour, et pas d’ici une douzaine de générations. S’il n’est pas exhaustif, cet ouvrage a le mérite de proposer une réflexion globale, pour une bonne première approche du sujet. Un second volet, ou des lectures complémentaires, pourront permettre aux lecteurs et lectrices d’avoir une compréhension plus poussée de ces enjeux.
Ainsi, que vous soyez L’aidant, Le partageur, Le fainéant, L’élogieux, Le brouillon ou L’autruche, ou que vous côtoyez vous-même l’un de ces grands ados, vous trouverez dans cette bande dessinée des clés pour voir le verre à moitié plein et, on l’espère, renverser la balance.
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