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Très bon
13 février 2026
À la mort (dans un accident de voiture, ça a son importance) de son père avec qui elle n’entretenait que des rapports lointains, Magda Brooks hérite de sa maison et de... son majordome, Karl, un androïde. Ce dernier, qui conduisait alors la voiture de son "maître", est accusé et jugé responsable de l’accident mortel, pour avoir voulu éviter une biche. Karl serait-il un robot doué d’émotions, d’une forme de conscience ?
C’est cette histoire, simple, sans fioritures ni digressions, que nous raconte Cyril Bonin, dans un album assez poétique, bienvenu à une époque où l’IA semble prendre les rênes de nos vies à grande vitesse, au point que la science n’est plus fiction, et que les récits d’anticipation semblent devenir réalité. On a ainsi pu lire récemment des histoires de personnes tombées amoureuses de leur compagnon virtuel généré par l’IA. S’agirait-il d’une version contemporaine des mythes de Pygmalion et de Galatée, du Golem ou de Frankenstein, ou de l’histoire de Pinocchio (citée dans l’ouvrage) ? Dans cette BD de C. Bonin, on n’y est peut-être pas tout à fait dans la mesure où ce n’est pas "l’héroïne" qui s’est fabriquée sa créature, qui lui préexistait. Par ailleurs, elle ne cherche nullement à la modeler à sa main. Reste qu’il y a bien une relation qui se noue entre un humain et un objet/machine. C. Bonin pose des questions, se gardant bien d’y répondre, en jouant de l’ambiguïté : Magda affirme ne pas aimer la technologie au début et préférer les humains. À la fin, ce serait plutôt l’inverse. Quant à "Karl", il semble bien plus humain que beaucoup qui le sont, officiellement.
C. Bonin nous offre là un ouvrage élégant, une ode à la nature, au temps qui passe et aux relations complexes et inattendues. Son utilisation de quelques images du merveilleux film de Mankiewicz, l’Aventure de Madame Muir, avec le retour du fantôme du capitaine sur la toute fin du film, prend alors tout son sens.
Avec Karl, Cyril Bonin continue donc de nous surprendre par ses thématiques variées, allant de la création littéraire dans Stella, jusqu’au portrait croisé de Japonaises de différentes générations, au tournant du XXe siècle, dans Les dames de Kimoto, en passant par l’adaptation d’un roman de D. Kennedy, La poursuite du bonheur. Par contre, sa patte graphique, elle, demeure immédiatement reconnaissable, tant dans son dessin que dans l’utilisation des couleurs pastel, et c’est très bien ainsi.
Par Philippe LEBAS
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