C’était un festival « façon puzzle ». Entre le Grand Off à Angoulême qui aurait recueilli jusqu’à 90 000 visiteurs, les initiatives du Girlxcott réparties sur la France, la Belgique et l’Espagne, le Ground Control des éditeurs alternatifs à Paris et le Festival du Livre de Paris qui a pris la bande dessinée comme « invitée d’honneur », on se rattrape aux branches, tout le monde en est conscient.
Cependant, pour avoir été à Angoulême pendant le Off, nous avons été séduits par la belle énergie qui se dégageait des initiatives locales autour de la Cité de la BD, à la Maison des auteurs, des Chais Magelis, du Lieu Utile, de l’Espace Franquin, de la Mairie (avec le « dôme »), de la Maison Isabelle (avec les Prix Schlingo et Couilles au cul), du Pavillon Unesco, et de la Chambre de Commerce et d’Industrie (avec l’événement Ledroit), le RIMA quartier Fayotte... et j’en oublie. Un vrai festival, de dimension modeste certes, mais qui occupait le festivalier avec d’autant plus d’intérêt que tout était gratuit ! Les restaurants, comme les rues, étaient certes dépeuplés jusque vendredi mais faisaient salle comble le samedi.
Un résultat impressionnant
La manifestation a mis en évidence le rôle de la Cité, coordinatrice des principales expos. Elle était habituellement invisibilisée par les organisateurs du FIBD. On s’est rendu compte que la moitié des expositions des années précédentes étaient de leur fait. Justice leur est enfin rendue.
Les libraires locaux se sont frottés les mains. Peu de stars, mais quand même Emile Bravo, Didier Tarquin, Olivier Ledroit, Enrico Marini ou encore Dominique Bertail et Jean-David Morvan, et plus d’une centaine d’auteurs. Pour une manifestation improvisée, cela impressionne !
Le constat est amer pour les professionnels de la BD, pour la plupart absents, sauf au travers des librairies. « Bondoux a joué au con, et l’Association du FIBD a été en dessous de tout, nous dit un observateur. Mais les éditeurs et les auteurs ont leur responsabilité aussi dans cette affaire. » Benoît Peeters, dans l’entretien qu’il nous a accordé convient aussi qu’il ne faut pas faire porter au Festival la responsabilité des problèmes sociaux qui traversent la France.
L’ADBDA en maître du jeu
Les yeux sont tournés vers l’ADBDA et son appel à projets. David Caméo, son président, nous en parlait récemment. Vus à Angoulême, aucun acteur de ce renouveau du Festival ne s’inquiète outre mesure des dernières gesticulations de 9eArt+ et de l’Association du FIBD. En revanche, la profession s’interroge sur la façon dont « l’armée mexicaine » qui compose l’ADBDA va s’en sortir pour trouver un consensus sur l’organisation du festival (ou salon, on verra ce qu’il en adviendra) de 2027. Aura-t-il lieu en janvier ou en mars ?
L’appel d’offres a aussi ses limites. Les candidats n’ont pas l’historique des précédentes manifestations. Quand ils demandent les chiffres précis de fréquentation, la réponse est dilatoire : « L’ADBDA n’était pas organisatrice des précédents festivals et l’objectif de ce nouvel appel à projets est de bâtir un événement entièrement renouvelé dont il vous revient d’estimer le contour ».
Sur la question de l’usage des marques appartenant à l’association FIBD (« Festival International de la BD d’Angoulême », etc.) ou encore les bases de données commerciales (partenaires, participants, etc…), l’ADBDA botte en touche : elle n’a aucun lien avec les anciens organisateurs. Une porte de sortie honorable pour l’Association serait d’entériner la rupture avec 9eArt+ et de mettre ces marques, désormais inutiles, à disposition, en clair de renégocier de nouvelles conditions.
L’ADBDA est composé de quatre collèges :
1. Les partenaires publics représentant l’Etat : le Préfet de la Charente ou la Directrice de la DRAC de Nouvelle Aquitaine, un représentant du Centre National du Livre, un représentant de la Région Nouvelle Aquitaine, un représentant du Département de la Charente, un représentant du Grand Angoulême, et un représentant de la Ville d’Angoulême.
2. Les éditeurs de bande dessinée : les membres de la section BD du Syndicat National de l’Edition (Glénat, Média-Participations : Dargaud, Dupuis, Le Lombard, Kana, etc., Delcourt, Rue de Sèvres, etc.), ceux du Syndicat des Editeurs Alternatifs (Cornélius, Arbitraire, 2048, Ca & Là, etc.)
3. Les auteurs de BD représentés par La ligue des auteurs professionnels· Etats Généraux de la Bande Dessinée, du Syndicat National des Artistes Plasticiennes CGT, du STAA (Syndicat des Travailleur·euses Artiste-Auteur·ices de la Confédération Nationale des Travailleur·euses – Solidarité Ouvrière), de la Fédération professionnelle des auteurices de la Bande dessinée et de l’Illustration (ABDIL), de La charte des auteurs et illustrateurs jeunesse et de La Ligue des auteurs professionnels
4. Des « personnes qualifiées et partenaires » parmi lesquelles Benoît Peeters et le président de l’ADBDA David Caméo.
Pour les subventions, sur quoi les nouveaux organisateurs peuvent-ils compter ? Il va leur falloir frapper à toutes les portes, les conventions négociées par 9eArt+ étant caduques. Et il va falloir faire vite : entre juin et septembre si l’on veut boucler pour janvier. Cela favorise bien évidemment les candidats qui sont rompus à ce genre d’exercice. On suppose que les partenaires publics sauront accompagner cette période de transition. Ils veilleront sans doute -chat échaudé craint l’eau froide- à ce que les conditions de contrôle et de transparence soient respectés.
La Cité, l’institution permanente
L’autre chose qui est évidente, c’est que la Cité de la BD est incontournable et aura son mot à dire dans la programmation, vu qu’elle offre une structure permanente et pérenne qui a un fonds et une expertise qui peuvent contribuer à la programmation d’expositions. Pas mal de membres de l’ADBDA sont dans son Conseil d’Administration.
Bref, on est dans la bouteille d’encre jusqu’au printemps, moment où l’on saura quels candidats sortiront du chapeau. La rumeur fait état de 5 à 10 candidats déclarés. On surveille la chose comme le lait sur le feu… Stay Tuned !
Par Didier PASAMONIK
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