Japan Expo a fermé ses portes, laissant derrière elle des participants sur les rotules. Éditeurs, libraires, vendeurs, artistes indépendants : tous sortent éprouvés de quatre jours d'une intensité rare. Mais derrière la foule et le succès apparent, les artistes indépendants, en particulier, dressent un bilan en deçà de leurs attentes. Crise du pouvoir d'achat, canicule, week-end de départ en vacances, intervention des douanes, spéculation autour des cartes à collectionner, Coupe du monde de foot peut-être... De nombreux facteurs se sont conjugués pour ternir le 25e anniversaire de l'événement de Villepinte. Entre frustrations, coups de gueule et interrogations sur l'évolution de la manifestation, petit tour d'horizon.
Du jeudi 9 juillet au dimanche 12 juillet 2026, les équipes d’ActuaBD ont travaillé sans relâche pour vous proposer articles et vidéos d’ambiance, recommandations, ainsi que des interviews d’auteurs et de cosplayers (allez voir tout ça sur notre site, sur nos plateformes Facebook, YouTube, Instagram ou TikTok !)
Retour sur l’événement : on le constate sur les réseaux sociaux, la Japan Expo est la cible de grogne, voire de coups de gueule tonitruants, de la part de plusieurs artistes qui ont publié des posts dressant le bilan de leurs quatre jours de vente. Ils termineraient la convention... en perte.
En cause : alors que le jeudi, selon certains exposants, avait plutôt bien commencé, les visiteurs étaient moins au rendez-vous les jours suivants, surtout le samedi, qui a été d’un calme surprenant. Plusieurs éditeurs faisaient grise mine et certains artistes se sont retrouvés dans le rouge, remballant leur stock presque intact à la fin du week-end. Pour ceux qui sont restés sans interruption à leur table, incapables d’aller aux toilettes ou même de manger faute d’assistance, la fin de semaine a été particulièrement éprouvante. « Pourquoi sommes-nous là ? Juste pour souffrir ? » s’interrogeait un visiteur sur Instagram en paraphrasant un dialogue de Metal Gear Solid V. Effectivement...
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Qu’est-ce qui a donc pu provoquer un tel choc ? Plusieurs causes sont pointées du doigt. Tout d’abord, le point le plus critiqué est le prix d’entrée de la convention. Cette année, Japan Expo facturait une quarantaine d’euros la journée (107 € pour le pass quatre jours !). C’est une critique qui revient chaque année, mais la convention subit, comme tout le monde, une hausse de ses coûts : location du Parc des expositions, transports, coût du personnel (il n’y a AUCUN bénévole : tous les saisonniers sont payés, la Japan est un employeur important pour l’économie locale), augmentation du prix de l’énergie, des frais de sécurité (particulièrement élevés ces derniers temps), jusqu’à la location d’un hall entier pour accueillir la file d’attente des visiteurs et leur éviter de cuire au soleil. « Les places les plus chères se vendent rapidement », constate-t-on cependant à la Japan Expo.
Un hall entier pour les files d’attente pour opérer les contrôles de sécurité et protéger les visiteurs du soleil.
Il est vrai que si l’on ajoute au prix du billet un RER B bondé — ou en panne — ainsi que des sandwichs décongelés facturés au prix fort, dans le contexte économique actuel, on comprend que certains aient fini par voir rouge. Ajoutez à cela une canicule et un week-end de départ en vacances qui a paralysé le périphérique (le vendredi, on ne pouvait plus avancer sur l’A3), et vous obtenez le cocktail parfait pour des ventes en berne.
Une descente de la douane.
L’autre élément qui a défrayé la chronique est l’intervention de la douane française, qui a mené des opérations pendant les quatre jours de la convention. Des douaniers en uniforme ont en effet parcouru la Japan Expo pour interdire la vente de certains produits artistiques relevant du « fanart ». Le but est de lutter contre les atteintes à la propriété intellectuelle, mais le « fanart » semble avoir été particulièrement visé cette année. Pourquoi ?
De nombreux artistes qui tiraient leurs revenus de la réinterprétation de licences connues ont ainsi été forcés de fermer boutique. Ce n’est pas la première fois que la douane française est présente à la Japan Expo. Cette année a simplement été celle où la situation a explosé sur les réseaux sociaux et a bénéficié d’une médiatisation particulièrement importante. Le créateur de contenus Winni résume très bien la situation dans son post Facebook.
Des « fanzines » ont notamment été la cible de ces descentes, ce qui interpelle : au Japon, les dôjinshi, fanarts tirés de licences connues, ne posent aucun problème aux ayants droit en matière de propriété intellectuelle. Ils ont même obtenu l’accord du gouvernement japonais pour exister. Pourquoi cela serait-il impossible en France ?
Parce que la loi s’applique. En juin 2024, un arrêt de la cour d’appel de Rennes, dans l’affaire opposant Moulinsart, les ayants droit de Tintin, au peintre Xavier Marabout, qui utilisait le personnage du reporter belge pour vendre ses toiles, a abouti à la condamnation de l’artiste pour « contrefaçon » et « parasitisme ». Les éditeurs japonais disposent par conséquent, en France, d’une jurisprudence qui leur permet d’empêcher la vente de dôjinshi sur l’ensemble du territoire.
Cette rigueur dans l’application de la loi interroge alors que, parallèlement, on découvre la présence de multiples stands d’artistes proposant des créations générées par IA et que, d’autre part, de nombreux goodies illégaux importés de Chine sont vendus sans être le moins du monde inquiétés. Évidemment, ce n’est pas Japan Expo qui est responsable de cette situation, mais il faut bien reconnaître que cela plombe l’ambiance.
Dans cet étalage de goodies, les douanes ont-elles vérifié les contrefaçons ?
Certains originaux signés de la main même des artistes s’affichaient à plusieurs milliers d’euros.
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La Japan Expo est la première convention d’Europe consacrée au Japon, et elle dépasse régulièrement les 200 000 visiteurs. Cette année, les expositions gratuites se sont multipliées, ce qui représentait également un coût. Certains créateurs japonais invités, qui disposaient de leur propre stand, comme Kia Asamiya et Satoshi Shiki, avaient leur table pour vendre leurs ouvrages et réaliser des commissions. Mais même relégués au fond du hall 6, derrière la scène Kuri, ils ne semblent pas avoir été déçus.
Kia Asamiya dans la Artist Alley
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2026 aura été une année étrange pour la Japan Expo, de manière générale. Malgré un 25e anniversaire qui aurait dû marquer les esprits, la convention est finalement restée assez classique. Les éditeurs de mangas ont bien constaté une hausse surprenante de la fréquentation le jeudi, mais celle-ci a été compensée par un samedi décevant, qui a pesé sur les ventes comme sur le moral. On ne sentait pas vraiment que la convention franchissait une étape symbolique ; la seule véritable manifestation de cet anniversaire aura finalement été la vidéo OAV officielle.
Les fastfood Quick, d’Angoulême à Japan Expo
Même l’invité d’honneur Keisuke Itagaki, dont nous ne nierons jamais le talent, n’a pas eu la force d’attraction d’un Junji Ito, qui avait presque porté à lui seul l’édition 2025. À force de négocier avec des éditeurs japonais exigeant des années de discussions et de longs échanges juridiques, de solliciter des partenaires toujours plus importants pour voir leur logo figurer sur l’affiche (on vous regarde, eBay), de chercher à s’étendre toujours davantage, la convention ne risque-t-elle pas de se désincarner ? Là aussi, l’ombre d’Angoulême plane encore.
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Reste cette question délicate : alors que le monde de la culture, comme la société dans son ensemble, traverse une période économique difficile, la Japan Expo ne devrait-elle pas s’interroger sur un écosystème qui fait la part belle aux vendeurs de Funko Pop et aux spéculateurs sur les cartes Pokémon, et qui l’oblige à surenchérir chaque année avec une cinquantaine d’invités et des centaines de conférences ? La question mérite d’être posée, après un périple extraordinaire qui nous emmène bien loin de la convention pionnière, bricolée dans le sous-sol d’une faculté il y a vingt-cinq ans.
Juste pour rentrer dans le détail, un fanzine (magazine par et pour les fans) est forcément un recueil d’illustrations, de nouvelles ou de BDs
Comme un dôjinshi est un livret de dessins, de croquis ou d’histoires, au Japon le fanart est toléré dans certains salons comme le Comiket (sauf pour les licences Nintendo) par contre il y a d’autres salons où il est interdit comme le Comitia.
En tout cas, merci, très bon retour avec photos et vidéos à l’appui, on espère une édition 2027 bien meilleure en terme de fréquentation (le pont du 14 juillet n’a pas aidé cette année)
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