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Jérôme Le Gris & Letizia Depedri ("Skara, chasseuse de monstres") [INTERVIEW]

Par Rémi BARNAULT 18 juillet 2026 
Skara, la nouvelle série jeunesse des éditions Glénat, nous entraîne dans le sillage d'une jeune guerrière viking aux capacités hors normes, liées au pouvoir du loup qu'elle a reçu à la naissance. Après la mort de son père au combat, puis l'assassinat de sa mère, elle perd foi en Odin et va jusqu'à incendier l'un de ses temples, libérant d'effroyables créatures venues d'autres mondes. Pour apaiser la colère des dieux, elle n'a désormais d'autre choix que de les traquer une à une. Dans cette quête initiatique, elle fait équipe avec deux compagnons inattendus : Runa, une völva, et Bojan, un prêtre catholique. Avec Skara chasseuse de monstres, le scénariste français Jérôme Le Gris et l'autrice italienne Letizia Depedri signent leur première collaboration. À l'occasion de la parution des trois premiers tomes cette année, ils reviennent avec nous sur les coulisses et l'avenir de leur série.
Jérôme Le Gris & Letizia Depedri ("Skara, chasseuse de monstres") [INTERVIEW]
© Glénat.

Tout d’abord, comment est née l’idée de cette série ?

Jérôme Le Gris : L’idée était de visiter la mythologie nordique, mais sous un angle différent des séries vikings classiques. Mettre une ado un peu actuelle dans cet univers, on s’est dit que cela pouvait ouvrir de nouvelles perspectives.

Skara, l’héroïne, a le don du loup. D’où ça vient ? Et pourquoi cet animal en particulier ?

Jérôme : Ça vient directement des berserkers de la mythologie nordique, qui étaient associés à des animaux. Il y avait l’ours, le sanglier et le loup. Cela distinguait leur manière de se comporter. Lors des combats, ils étaient habités par une rage, une colère, une force particulières. Le loup était plus adapté pour une jeune ado.

© Glénat.

Le trio principal est composé de Skara, une guerrière viking, de Runa, une völva (prêtresse liée à la mythologie nordique), et de Bojan, un prêtre catholique. Une équipe assez hétéroclite, en somme. Est-ce justement leurs différences qui font leur force ?

Jérôme : Oui, ils sont complémentaires. Runa porte la mythologie nordique traditionnelle. Bojan est à l’opposé, avec le christianisme. Et Skara est vraiment au milieu : c’est celle qui n’a pas de croyance. Et puis il y a d’autres différences : Runa, c’est l’adulte ; Skara, l’ado ; Bojan, le garçon. Tout cela crée des tensions et des interactions beaucoup plus riches.

Letizia Depedri : Et puis ils ont des compétences différentes. Skara est une fonceuse, tandis que Runa est plus réfléchie. Et Bojan crée la surprise.

Jérôme : Mais, globalement, ils sont tous les trois un peu des bras cassés.

© Glénat.

Pourquoi avoir fait se rencontrer la mythologie nordique et la foi chrétienne ?

Jérôme : À cette époque, les premiers évangélisateurs chrétiens arrivaient au Danemark pour prêcher la nouvelle foi. Il y a eu une période de bataille idéologique entre le christianisme et la mythologie nordique. Il y avait les temples d’Odin, mais on construisait aussi des églises. La population était un peu coupée en deux. Un siècle plus tard, ils étaient complètement chrétiens. Ce qui est intéressant, c’est ce moment de bascule où ils ne savent plus trop si leurs anciennes divinités fonctionnent toujours ou si la nouvelle ne serait pas meilleure. On a voulu placer l’histoire à ce moment-là.

Vous parlez d’adolescence, de deuil, de combat, de relation avec les croyances, de rédemption... Quelles thématiques vous tiennent le plus à cœur ?

Jérôme : C’est principalement parler d’une ado qui combat le monde dans lequel elle évolue. C’est quelque chose qui parle à tous les ados, de toutes les époques. Elle a du mal à trouver sa place, à grandir, ne comprend pas les adultes. Le cœur de l’œuvre, c’est vraiment le passage à l’âge adulte dans un monde nordique très compliqué, où les femmes ont une place très définie. Avec les religions et les guerriers, c’est un univers très masculin. C’est le fil rouge de la série. Après, il y a aussi la famille. Pas celle dans laquelle on naît, mais celle que l’on se choisit.

Comment vous êtes-vous rencontrés sur ce projet ?

Jérôme : Quand, avec mon éditeur, nous avons vu les dessins de Letizia, nous nous sommes dit qu’il y avait quelque chose de très moderne, d’énergique, qui empruntait beaucoup aux codes du manga sans être vraiment du manga, et que cela pouvait matcher.

Quelles sont vos influences scénaristiques et graphiques ?

Letizia : Il y a les dessins d’Avatar, le dernier maître de l’air, la série de Nickelodeon que j’adore. Et puis je lis aussi beaucoup de mangas.

Jérôme : Pour moi, il n’y a pas de véritable référence d’univers viking. Concernant le ton, Les Cahiers d’Esther de Riad Sattouf est une inspiration pour cette adolescente qui raconte son quotidien.

Voyez-vous cette série comme un shōnen ? On parle d’une jeune héroïne orpheline qui poursuit une quête mêlant amitié et action, avec de fortes influences manga.

Jérôme : Moi, je lis très peu de mangas, mais il paraît que cela y ressemble, oui. Graphiquement, c’est un peu une fusion entre le franco-belge et le manga.

Letizia : Je pense que cela a été très difficile pour moi de faire des pages aussi grandes, parce que le manga a un format totalement différent. Le rythme et la narration sont différents. Il faut beaucoup de cases. Au début, quand je faisais le layout, Cédric, mon éditeur chez Glénat, avait beaucoup de remarques. Ça a été la partie la plus longue à apprendre pour moi.

Quelle est votre méthode de travail sur ce projet ? Comment dialoguez-vous ?

Letizia : Je lis le script et je commence à faire un storyboard avec des bonshommes bâtons et des choses impossibles à comprendre, même pour moi-même, parfois. Après une réunion en visio, il faut parfois faire des changements. Puis viennent l’encrage et les couleurs. Les couleurs, c’est trop long à faire (rires) !

Jérôme : De mon côté, j’écris l’histoire, mais je la fais lire à Letizia parce que le personnage principal est féminin et qu’elle apporte un regard féminin. Comme ça, elle fait parfois des propositions de thématiques à aborder et, si possible, je les intègre. Elle a beaucoup apporté aux tomes 1 et 2, notamment sur les thématiques que Skara devait porter.

Et puis, avec Letizia, nous avons un grand écart d’âge. Elle connaît mieux les problématiques de sa génération que moi. Avec ses notes, je fais une nouvelle version, puis elle peut attaquer le storyboard. Et parfois, en regardant le storyboard, cela donne des idées de bulles ou de cases à ajouter. Une fois que toute l’énergie est mise dans la page, on peut rajouter du texte.

© Glénat.

Jérôme, vous n’en êtes pas à votre première exploration de la mythologie : vous avez déjà abordé celle d’Odin dans Serpent Dieu, mais aussi les légendes arthuriennes dans Pendragon. La Fantasy est-elle votre thème de prédilection et, si oui, pourquoi ?

Jérôme : Oui, j’aime bien les univers avec une mythologie riche. Les Vikings, effectivement, les Celtes... Parfois, j’invente, comme dans Les Âges perdus, chez Dargaud, qui s’inspire des Celtes, mais d’une manière différente. J’aime les univers où il y a une vraie richesse de worldbuilding. Mais je ne fais pas que cela. J’ai deux projets sur la Seconde Guerre mondiale et un projet passion post-apocalyptique. J’aime bien quand l’univers est un véritable personnage du récit, qu’il est graphiquement intéressant et qu’il possède ses propres règles. C’est pour cela que je fais peu de choses dans le monde actuel, parce que je ne le trouve pas très intéressant en termes de dramaturgie.

Comment avez-vous créé graphiquement les monstres que combattent Skara et ses amis ?

Letizia : Pour le serpent du premier tome, notamment, j’ai fait beaucoup d’esquisses en amont. Ensuite, c’était à Jérôme de faire un choix. Il y en avait un qui faisait trop alien. J’avais vu le film Dune. J’ai aussi très hâte de dessiner certaines créatures des prochains tomes, qui seront encore plus intéressantes.

Jérôme : Comme Letizia a un style très personnel, je n’interviens pas beaucoup, parce que c’est justement sa personnalité, son style flamboyant, aussi bien dans les décors que dans les personnages ou les créatures. J’essaie de ne pas trop y toucher, parce que c’est précisément ce qui m’intéresse chez elle : cette énergie.

Des trois protagonistes, Bojan, Skara et Runa, auquel vous identifiez-vous le plus ?

Letizia : Je m’identifie davantage à Runa. Déjà, elle doit avoir à peu près le même âge que moi. Mais des amis m’ont dit que j’étais plutôt Skara. Cela dit, mon préféré reste Bojan.

Jérôme : Moi, je suis team Skara. À son âge, je devais être un peu pareil : ne pas trop réfléchir et foncer.

Six tomes sont annoncés. Savez-vous déjà comment l’aventure va se conclure ?

Jérôme : J’ai bien une petite idée, mais cela dépendra du nombre d’albums qu’il y aura réellement. Selon le succès de la série, il faut que nous soyons capables de nous arrêter plus tôt que prévu ou, au contraire, de prolonger l’aventure. Il y a pas mal d’éléments qui permettent de continuer à s’amuser, de faire entrer de nouveaux personnages. On peut même changer de monde, puisque l’on sait que les Vikings ont beaucoup voyagé. Skara peut explorer l’Empire byzantin ou même l’Angleterre.

Que peut-on espérer pour la suite, prévue pour octobre ?

Jérôme : Qu’est-ce qu’il y a dans le tome 3, Letizia ? Sans spoiler...

Letizia : On découvrira un peu mieux les relations entre les personnages de la citadelle où sont arrivés Skara, Bojan et Runa. On verra notamment davantage Bojan, qui était K.-O. dans les deux premiers tomes.

Jérôme : Et cette fois, il y aura un véritable grand antagoniste, que l’on aperçoit à la fin du tome 2 !

Par Rémi BARNAULT

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Code EAN : 9782344064535
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