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Excellent
31 janvier 2026
Tout commence avec Freud. Robbie Morrison nous fait suivre les dernières années du célèbre psychanalyste jusqu’à son ultime demeure. C’est dans un recoin secret de son bureau que sont entreposés les journaux manuscrits de Jean Wier ; pionner incontesté de la psychologie, mais hautement controversé pour avoir défendu des sorcières au temps des grands procès, prouvant que ses clientes souffraient de troubles mentaux et non de possessions démoniaques.
Son mentor n’est d’ailleurs pas en reste ; Cornelius Agrippa ayant frôlé la condamnation pour hérésie à maintes reprises à cause de ses travaux tant psychologiques qu’alchimiques et occultes, en plus d’être médecin et avocat. Difficile de croire que ces deux hommes aient pu susciter l’intérêt de Freud, et pourtant ce dernier failli perdre sa réputation en osant les citer dans un discours. C’est d’ailleurs là que Hérétique commence, pour ensuite replonger dans le passé, en 1529 quand le tout jeune Jean Wier vient à la rencontre d’Agrippa, alors résident de la ville belge d’Anvers.
À cette époque, Anvers est sans conteste un des ports le plus fréquenté du vieux continent. Des commerçants de toutes horizons se croisent, marchandent et s’opposent tandis que l’inquisition s’impose comme défenseur armé de « la véritable foi ». Plusieurs pays ont déjà succombé aux bûchers et c’est maintenant le tour de cette plaque tournante du commerce au Moyen-Âge, avec d’un côté les halls artisanes, de l’autre : la communauté juive et ses diamants.
Un contexte favorable pour l’auteur, profitant des maigres informations historiques et biographiques sur les deux protagonistes principaux, pour lancer un polar digne du célèbre « Le nom de la rose » réunissant Guillaume de Baskerville et Adso, avec, sous la plume de Robbie Morrison : Agrippa et Wier ! Le maître inquisiteur fait appel à Agrippa afin qu’il enquête sur le meurtre plus qu’étrange de l’évêque, retrouvé crucifié dans le chœur de sa cathédrale. Une offre tentante, mais qui pourrait se retourner contre Agrippa, pour le plus grand bonheur de son commanditaire qui n’espère qu’une chose : le mettre aux fers !
Charles Adlard nous offre un graphisme majoritairement monochrome, à quelques exceptions près, comme si le rouge sang était tapi derrière chaque planche pour jaillir au moment opportun ; surtout quand on ne s’y attend pas ! Ses traits sont d’un réalisme bluffant, là où la dynamique est pour le moins figé. Des mines expressives, presque à outrance et des décors qui pourraient s’apparenter à des cartes postales, capables de nous emmener à Anvers, là où des édifices d’époque existent toujours... Dès lors, la combinaison des dialogues, des pans manuscrits du jeune Wier alors adolescent et le souci du détail et des contrastes de l’artiste, rendent justice à l’enquête qui s’intensifie de page en page.
Après l’évêque, un jeune apprenti boucher est retrouvé dans le fleuve, le cœur arraché de sa poitrine. À l’instar du nom de la rose, le lecteur s’attend toujours à une nouvelle découverte macabre, dans une mise en scène improbable. Sans compter que l’inquisition est également à pied d’œuvre, persuadée qu’il y a des sorcières dans la communauté juive.
Rien est épargné au public, ou presque. Si le duo d’auteurs nous évite de voir la torture lors de son exécution, les outils qui seront utilisés sont au premier plan, à commencer par un établi jonché de ferrailles que les fins connaisseurs ne manqueront pas de reconnaître comme une poire d’angoisse, un chat à neuf queues ou encore des masques de hontes sans oublier la célèbre vierge de fer.
Un polar médiéval rondement mené qui jongle entre la science et la spiritualité, les haines ancestrales et la foi omniprésente. De quoi enflammer quelques sorcières, mais également l’engouement des lecteurs amoureux du genre. Pour un public averti, cela va sans dire, même si Hérétique reste abordable aux jeunes adultes et adolescents matures.
Par Marc VANDERMEER
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Hérétique. Scénario : Robbie Morrison. Dessin : Charlie Adlard. Editeur : Delcourt. Sortie : le 22 janvier 2026. Prix : 19,50 euros.
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