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6 janvier 2026
Ok, deux bombes d’une puissance inédite ont été larguées sur le Japon, en conséquence de quoi l’empereur dépose les armes tandis qu’un protectorat américain s’installe pour quelques années. Fin de l’histoire ? Pas du tout. Il y a des morts, des réfugiés… et puis des irradiés, des grands brûlés dont on a peur : car, dans l’esprit des gens, cette « nouvelle bombe » dont on ne sait rien — la notion d’atome est, en 1945, inconnue de tout un chacun — est surtout comprise comme une espèce d’arme bactériologique qui diffuse une maladie peut-être transmissible.
Les moments d’après la bombe sont terribles pour les survivants et Keiji Nakazawa, qui est l’un d’eux, le décrit bien : la famille de Gen, son double, réfugiée, fuyant la ville sinistrée, cherche à se loger et à faire de petits travaux pour se nourrir. Mais personne ne veut les loger : ils n’ont pas de quoi payer le loyer, et pire encore, personne ne leur donne de travail, car ces rescapés sont perçus comme des pestiférés. Peut-être peuvent-ils contaminer les autres. Même les autorités ne savent pas comment gérer ce genre d’urgence...
Gen va travailler auprès d’une famille dont le frère a été gravement irradié par la bombe. Personne ne veut l’approcher pour le soigner, même pour le nourrir. Les premières scènes sont éprouvantes : la famille de l’irradié en arrive à espérer qu’il meure rapidement pour effacer la honte d’héberger un « monstre ». Mais Gen est là, avec son humanité inextinguible.
La victime est peintre, tous ses membres sont brûlés. Peut-il encore avoir une raison de vivre ? Gen lui redonne de l’espoir en l’aidant à peindre avec la bouche. Seiji, c’est le nom de l’artiste, ne tardera pas à rejoindre ses ancêtres, mais il laisse au jeune Gen un legs merveilleux : une vocation pour l’art. On comprend dès lors le lien entre Gen et Keiji Nakasawa, l’auteur.
Dans un moment de fulgurance, à la fin de l’album, le lecteur peut se dire que, s’il a été amené à tenir ce volume entre ses mains, c’est à Seiji, cette victime, ce peintre irradié par la bombe, qu’il le doit.
De la lecture de « Gen aux pieds nus », personne ne peut sortir indemne.
Par Didier PASAMONIK
Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.
Gen aux pieds nus T. 3 – Par Keiji Nakazawa – Ed. Le tripode
Les originaux de Gen aux pieds nus sont actuellement visibles dans l’exposition "Manga, tout un art !" au musée Guimet à Paris jusqu’au 9 mars 2026.