Chapeau de cow-boy, paire de baskets, chaussettes hautes, chemise exubérante et petit short, Bill Plympton a dominé la scène de l’amphithéâtre de sa haute stature élancée avec bonhommie. En présence d’un traducteur, l’auteur étasunien, référence de l’animation et du dessin, a présenté sa carrière, revenant, avec beaucoup d’humour, sur les événements qui ont participé à le lancer dans l’univers du dessin animé.
Le show de Bill Plympton
Ce fut le court-métrage Your Face qui a provoqué l’hilarité lorsqu’il fut projeté pour la première fois dans un festival – mais aussi dans notre salle, plusieurs décennies plus tard. Convaincu que sa carrière ne pouvait être que dans l’animation, il démissionne de son emploi suite au succès de Your Face. On lui rit au nez en lui prédisant qu’il ne connaîtrait que l’échec.
Bill Plympton a évoqué plusieurs de ses rencontres. Un jour, il se rend chez une connaissance pour du travail. Il découvre un enfant allongé sur le sol en train de dessiner. Cet enfant n’est autre que Matt Groening, alors le futur créateur des Simpsons, de Futurama ou de Désenchantée. Une amitié naît et perdure encore aujourd’hui. Bien des années plus tard, Bill Plympton réalise un court-métrage pour un épisode des Simpsons où il reprend le principe de Your Face, à savoir un visage qui chante et qui ne cesse de connaître des métamorphoses d’une grande drôlerie.
Autre rencontre cocasse. Bill Plympton se rend à un festival afin de présenter son travail. Il échange lors d’une soirée avec un homme à qui il demande ce qu’il est venu faire ici. Cet homme vient présenter son film intitulé Reservoir dogs. C’était Quentin Tarantino.
Tout au long du show, Bill Plympton a diffusé d’autres courts-métrages. Il a notamment projeté Hot Dog, une de ses créations qu’il préfère. Il affirme qu’il s’agit pour lui de son « Mickey Mouse ». La projection rend la salle hilare devant ce chien bienveillant, désireux d’être un pompier au service de la communauté humaine, mais qui n’est pas en reste lorsqu’il s’agit de faire des bourdes. L’expressivité des personnages est impressionnante. Le trait si singulier de Plympton est merveilleusement animé dans un déluge d’inventivité graphique.
Il projette enfin Mexican Standoff. Cela lui a permis d’expliquer certaines de ses influences pour son dernier long-métrage. Intitulé Duel à Monte Carlo del Norte, le long-métrage est présenté au public, le jour même, lors du festival Formula Bula, en présence du réalisateur.
Au terme de la rencontre, l’assistance a pu retrouver lccet homme charismatique d’une très grande gentillesse, quelques centaines de mètres plus loin en train de dédicacer, mais aussi en donnant la possibilité à ceux qui le souhaitaient d’acquérir des celluloïds issus de ses films. Accessible, prêt à répondre aux questions des festivaliers, il a incontestablement marqué de sa présence le festival Formula Bula.
Nicole Claveloux au pays des rêves
L’autrice de Ce soir, c’est cauchemar, qui d’ordinaire n’accepte pas d’interview oral, a pris place, sur scène, dans un beau fauteuil afin de répondre aux questions d’Eva Prouteau, historienne de l’art et critique. À l’image de sa dernière bande dessinée, Nicole Claveloux, 84 ans, se montre rêveuse, soucieuse de défendre l’imagination, faisant toujours preuve d’un humour piquant, humble face à son œuvre et d’une belle énergie.
Eva Prouteau a guidé cet excellent entretien et est revenue sur les grandes influences de l’autrice qui a, pour l’essentiel des cas, acquiescé face aux suggestions présentées. L’autrice affirme, par exemple, n’avoir jamais aussi peur que face aux monstres de Goya, auteur espagnol de l’œuvre célèbre dénommée Le sommeil de la raison engendre des monstres.
Elle évoque également ses carnets de rêves, fort nombreux, qui lui ont servi à de multiples reprises pour ses histoires et s’appuie sur les travaux de Carl Gustav Jung pour les interpréter avec amusement. Ses rêves apparaissent parfois simplement comme des éléments du paysage de ses planches si richement ornées.
Ainsi, le grand singe que l’on voit au détour d’une fenêtre est issu d’un de ces créatures oniriques. Elle se remémore alors ce rêve, fort simple, où elle observait, dans sa maison, de derrière la fenêtre, une sorte de King Kong faisant indéfiniment le tour de la propriété. C’est aussi un lion sur la terrasse d’une maison flottant sur une mer de couleur rose. L’autrice le rappelle : elle ne sent pas à l’aise dans le monde des adultes.
La rencontre est également l’occasion de revenir sur les autres influences de l’autrice telles Benjamin Rabier, le dessinateur animalier créateur de La Vache qui rit et du canard Gédéon, qu’elle découvre petite. C’est aussi Les aventures d’Oscar le petit canard de Mat - qui apparaît encore au détour d’une fenêtre -, la peinture de Jérôme Bosch - elle le considère comme son « idole » -, la peinture et la gravure de William Blake ou encore les illustrations de Gustave Doré. Nicole Claveloux découvre le travail de ce dernier à l’âge de dix ans avec ses illustrations des Contes drôlatiques d’Honoré de Balzac.
L’historienne cite également le travail de l’illustrateur danois Kay Nielsen, La Bête est morte de Calvo, et compare les parades des monstres des derniers rêves de l’album Ce soir, c’est cauchemar au travail de Kyosai Kawanabe, caricaturiste et illustrateur japonais, avec La Procession nocturne des cent démons.
À l’invitation d’Eva Prouteau, Nicole Claveloux revient sur cette obsession du renouvellement permanent, de la réinvention constante, et sur le passéisme qui est ainsi brocardé par notre époque. Pour l’occasion, un extrait d’un ancien interview est projeté : « On raconte toujours un peu le même genre d’histoire, c’est inévitable...Mais un bon artisan est poussé par le désir de faire toujours mieux et donc il continue. Qui n’a pas de plaisir à retrouver ses héros favoris, la même ambiance de polar ou de films, le même genre d’univers, les mêmes sujets ? Où est le mal ? Même si on peut être surpris par une vraie nouveauté et l’apprécier...sous prétexte de répétition, de caricature de soi-même, il faudrait s’arrêter – et pourquoi pas se faire seppuku ? – ou alors se renouveler entièrement…J’aimerais connaître la recette ! C’est la marotte actuelle : Réinventez-vous ! Réécrivez ! Re-lecturez ! On dirait des injonctions du marketing : Innovez ! Innovez ! Ou disparaissez ! Ça fait froid dans le dos. « Bon, alors ! Mon petit Rembrandt, on commence à en avoir marre de tes portraits à répétition, tu te renouvelles ou couic ! » ».
De cette rencontre passionnante et riche en découvertes, nous aurons retenu un plaidoyer en faveur de l’imagination de Nicole Claveloux qui n’aurait pas plu à un ancien président : « Je ne crois pas que l’imagination soit attaquée, mais au détour de tel livre ou de telle émission, j’entends souvent une recommandation : faire des choses vraies, raconter des histoires vraies. De vraies vies, de vrais gens, par exemple. De faire plutôt des témoignages que de l’imaginaire. Des gens se spécialisent donc dans la réalité. Cela ne me gêne pas du tout. Ce qui m’agace, c’est que cela soit recommandé comme supérieur à l’imagination, parce que ce serait, en quelque sorte, utile socialement. Que l’imagination est du côté du plaisir, du divertissement. Divertissement avec le sens un peu péjoratif, alors qu’une bande dessinée réaliste, qui raconte une histoire vraie, serait supérieure. Dans ce que je lis quelque fois, ce que j’entends, cela m’agace. Cela m’énerve ce côté utilitaire d’un dessin, d’une image, de la bande dessinée. Je ne vois pas pourquoi l’art avec un grand mot serait utile. Je sais bien que le président Mao a dit qu’il fallait que les artistes soient utiles à la société – sinon je ne sais pas trop ce qui leur arrivait – mais enfin, je ne vote pas pour le président Mao. »
...Et un Super loto par Frite et Saucisse
Quand on se rend à Formula Bula, on ne s’attend pas nécessairement à ça. C’est quoi "ça" ? Un super loto organisé par Camille Escoubet (fondateur des éditions Super Loto) et Frédéric Felder (Ancien co-rédacteur en chef du magazine Ferraille, il a également présidé Les Requins Marteaux. Il a écrit et joué pour Groland et a collaboré au magazine Fluide Glacial). On peut vous affirmer que si cela contraste avec les deux événements précédemment décrits, l’engouement était le même, le rire et la bonne humeur étaient au rendez-vous. La foule, nombreuse à s’être inscrite en payant une somme modeste, est électrisée par ce moment animé par Frite et Saucisse. Les prix à gagner, dont la totalité de la sélection du Prix Prima Bula, étaient plus qu’engageants.
Un grand bravo à Marina Corro, Raphaël Barban et leurs équipes pour la réussite de cette 12e édition de Formula Bula.
Par Romain GARNIER
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Tout savoir sur la 12e édition du festival Formula Bula (2024)
– La 12ème édition de Formula Bula, demandez le programme !, de Romain Garnier
– « Walicho » de Sole Otero (Éditions Çà et Là), 2ème Prix Prima Bula, de Romain Garnier, Jacques Lobe et Kelian Nguyen
– Walicho de Sole Otero : sorcières malfaisantes et hommes impuissants, de Jorge Sanchez
– Choses vues à Formula Bula : Fabriquer votre pins de bande dessinée, de Jacques Lobe
– Choses vues à Formula Bula : La machine à échanger les dessins, de Kelian Nguyen
– Ce soir, c’est cauchemar - Par Nicole Claveloux - Ed. Cornélius, de Romain Garnier