Rien ne destinait cet homme très éloigné de la BD à devenir le cofondateur de l’un des titres d’humour les plus emblématiques du 9e art, si ce n’est d’avoir été le camarade de classe d’un célèbre dessinateur.
Enfant, il est loin de l’archétype du gamin dans sa bulle qui gribouille dans les marges de son cahier, Diament est certes un bon élève, mais il est extraverti, ce qui lui vaut d’accumuler les zéros de conduite comme autant de têtes à Toto.
À l’école, il se lie d’une grande amitié avec un certain Marcel Gottlieb, plus timide ; et dont l’esprit espiègle traverse très tôt les dessins. Il sera plus tard connu sous le pseudonyme de Gotlib. Ensemble, ils passent la même année le diplôme du BEPC, qu’ils obtiennent « haut les mains, les doigts dans le nez. Ce qui demande une certaine dextérité » racontera l’homme de presse d’après ses souvenirs. [1]
Jacques Diament pousse le curseur jusqu’à l’École des Hautes Études en sciences sociales tandis que Gotlib fait des lettrages pour Opera Mundi. Par la suite apprenti, ouvrier, puis employé, Diament gravit les échelons, jusqu’à devenir cadre de grand magasin. Après son service militaire, il entre chez Lito, filiale d’un éditeur suédois d’imagerie et y écrit des textes pour des albums pour enfants illustrés par... Gotlib.
Leurs carrières se poursuivent jusqu’à ce jour fatal de 1972 où Marcel, avec deux comparses, Nikita Mandryka et Claire Bretécher créent L’Echo des Savanes. Pas vraiment un trio de gestionnaires... Jacques Diament, appellé au secours, ne peut que constater que la société est en faillite. Gotlib, comme Bretécher, prennent la tangente.
Lorsque Gotlib décide seul de créer un nouveau journal humoristique, il rappelle son copain. Le magazine s’appelle... Fluide Glacial et est lancé, comme il se doit, un 1er avril.
Humour absurde et satire sont les maîtres-mots du journal qu’ils fondent ensemble en 1975 avec le dessinateur Alexis, transfuge, comme Gotlib, de Pilote. Jacques Diament a alors 39 ans. En gestionnaire avisé, le mensuel est en noir et blanc et révèlera ou confirmera bon nombre d’artistes, comme Binet et ses Bidochon, Daniel Goossens, Edika et tant d’autres. Lancé quelques mois après Métal Hurlant, la nouvelle bande dessinée française est au zénith.
Dans la foulée, Gotlib et Diament fondent leur label d’édition, AUDIE (« Amusement, Umour, Dérision Ilarité Et toutes sortes de choses »…) (rien à voir avec la firme automobile) afin de publier des albums : au catalogue, Gotlib (qui y republie ses anciens travaux, notamment Gai Luron), les Bidochon de Binet, ceux de Goossens, Edika, SuperDupont de Jean Solé et Jacques Lob, et même l’immense Franquin qui trouve chez eux un refuge aux Idées noires, dernier chef d’œuvre créées dans le supplément de Spirou, Le Trombone illustré en 1977.
Quelques années plus tard, les fondateurs se font vieux et décident de vendre leurs parts au Groupe Flammarion dont la filiale J’ai Lu avait jeté son dévolu sur leur catalogue mieux adapté que d’autres pour être remonté en format de poche. Mais ceci est une autre histoire... que nous vous raconterons prochainement.
Désormais retraité, Diament a publié divers ouvrages comme Les Cafés de philosophie, en 2001 et Je m’en rappelle comme si…, en 2012. En 2011, il publiait ses souvenirs : Fluide Glacial, Gotlib... et moi où il revenait en détail sur la genèse du journal. Son complice de toujours, Gotlib, bien évidemment, en assura la couverture.
Disparu à deux mois des 50 ans du journal d’"Umour et de bandessinée" qu’il a cofondé, Jacques Diament était la figure raisonnable nécessaire aux conditions de la création d’un journal déjanté. Il forma avec Marcel Gotlib un binôme légendaire.
Nos pensées vont à ses proches, à Ariane Gotlieb et aux équipes de Fluide Glacial, d’hier et d’aujourd’hui.
Par Rémi BARNAULT Didier PASAMONIK
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[1] Fluide Glacial, Gotlib... et moi, Jacques Diament, éditions L’harmattan, Paris 2010.
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