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Très bon
23 août 2024
Hiver 1944. Dans les Ardennes, des soldats de l’armée américaine voient descendre du ciel un parachute porteur d’un objet inattendu : un piano ! Un authentique Steinway, enfermé dans une caisse de couleur vert kaki, la même que celle de leurs uniformes !
Aussitôt, nos militaires s’en saisissent et ceux qui savent jouer se mettent à interpréter des airs populaires, ravivant la nostalgie de leurs camarades et leur permettant d’oublier, l’espace de quelques chansons, la dure réalité du quotidien endeuillé par la perte de leurs camarades…
Mais lorsque les Allemands lancent leur contre-offensive-surprise, la troupe doit se replier. Sans ce piano, seul réconfort en ces heyres terribles ? Trois d’entre eux se portent volontaires pour l’acheminer en lieu sûr. Leur supérieur leur donne 48h pour rejoindre la compagnie avec leur précieux fardeau. Au-delà, ils seront accusés de désertion...
Si le titre de cet album désigne une courte pièce musicale exécutée entre deux autres plus importantes, il fait aussi référence à une période transitoire, à l’image de celle vécue par les trois héros qui se lancent dans une expédition improbable à travers les Ardennes. Plusieurs soldats de la Wehrmacht font néanmoins irruption sur leur parcours. Fuir et leur laisser l’instrument ? Plutôt mourir !
Cette escapade-hymne à la joie est joliment mise en images par Celia Ducaju dont le trait délicat rehaussé de couleurs pastels, s’accordent aux couleurs froides de ce rude hiver.
Cette fantaisie s’inspire d’un véritable fait historique. Durant la Seconde Guerre mondiale, 2436 pianos de la marque Steinway ont en effet expédié sur le théâtre des opérations, de l’Europe à l’Afrique en passant par l’Asie. Surnommés « Victory Verticals », ils étaient conçus pour supporter les conditions climatiques de chaque région et accompagnés de partitions offrant différents styles musicaux.
En raison des restrictions imposées par le gouvernement, les matières premières (fer, cuivre, laiton etc.), nécessaires à l’élaboration de ces instruments, étaient réservées à l’effort de guerre. Néanmoins, en fin d’année 1941, Theodore E. Steinway, le président de ladite société reçoit une demande du War Production Board du gouvernement pour l’envoie de pianos dits « militaires ». L’objectif : remontrer le moral des troupes.
En fin d’ouvrage, un dossier explique cette anecdote. Céline Pieters et Célia Ducaju, loin de se contenter d’un récit purement documentaire, réussisent à lui conférer une dimension à la fois intime et onirique. Une idée singulière qui a valu à Interlude d’être présélectionné en 2021 pour le prix Raymond-Leblanc de la jeune création.
Par Jessy LEMESLE
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Interlude - Par Céline Pieters & célia Ducaju - Edition Dargaud - 21 €