Bon
2 avril 2026
À la culpabilité de ne pas aimer sa grossesse ni la perspective d’être mère s’ajoute celle, provoquée par son père, qui confie : « Si tu avortes, c’est la mort ! ». Qu’entend-il donc par là ? Après plusieurs vomissements, on soupçonne chez elle une crise anxio-dépressive prénatale, liée à une fulgurante montée d’hormones, ce qu’on retrouve chez 15 % des femmes durant le premier trimestre de grossesse. Accueillie en hôpital psychiatrique, Lila doute encore. Puis le diagnostic s’affine et une terrible question s’impose : peut-on être mère quand on est bipolaire ?
Cet album, qui allie santé mentale et maternité, ne propose ni grande théorie ni leçon sur la manière de vivre l’une ou l’autre. C’est un récit cru, presque sorti d’un journal intime, singulier et honnête. On suit Lila au plus près de ses doutes, de ses peurs, de ses luttes intérieures : son corps qui se tend et qui change, son esprit qui vacille, les effets des médicaments sur son futur enfant, et sa quête pour connaître l’origine de cette maladie héréditaire.
Lila Albanese, qui signe ici sa première BD, ne cherche pas à édulcorer son propos. Elle montre la difficulté de parler de santé mentale pendant la grosses, les discussions compliquées avec l’entourage, la culpabilité, l’errance médicale… tout en laissant entrevoir une lumière. C’est émouvant sans être larmoyant et courageux sans être militant à outrance. Le dessin de Claire Paq (une première pour elle aussi) accompagne ce ton intimiste : des planches qui respirent l’urgence et la fragilité, sans fioritures.
L’album est structuré en différents chapitres, qui apportent quelques repères bienvenus et soulagent la lecture, tout en gardant cette impression d’immersion directe dans le quotidien et les émotions brutes de l’autrice.
Par Damien BOONE
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