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Bon
11 septembre 2026
Blades of the Guardians (Biao Ren en mandarin) est un manhua chinois sérialisé depuis 2015, qui s’est rapidement imposé comme l’un des plus grands succès du genre en Asie. Xu Xianzhe, auteur-illustrateur chinois reconnu, mélange la tradition du wuxia (genre martial taoïste ancré dans la philosophie) avec l’énergie brute des mangas d’action des années 1970-80, qu’on retrouve notamment dans Lone Wolf and Cub de Kazuo Koike & Goseki Kojima.
L’histoire de Blades of the Guardians se déroule durant la chute de la dynastie Sui (607 EC) et suit un guerrier solitaire nommé Dao Ma, qui navigue entre les pièges d’un empire à l’agonie, accompagné de son jeune fils Xiao Qi. Ce qui débute comme une simple mission d’escorte devient progressivement une épopée politique teintée de surnaturel.
Le chapitre introductif du troisième volume débute exactement là où le deuxième s’arrêtait, à un moment de tension extrême. Dao Ma, fou de rage et entraîné par une vengeance personnelle, est confronté à l’impossible : les Quatre Familles, l’élite politique du pays, se sont organisées pour l’encercler. Des milliers de cavaliers convergent vers lui, envoyant des pluies de flèches qui transforment le ciel en nuage meurtrier. Dao Ma, malgré sa maîtrise légendaire de l’épée et son expérience au combat, n’est qu’un homme face à une armée.
Le volume entrelace des scènes de combats grandioses avec des moments d’introspection politique : les enjeux ne sont plus seulement personnels, mais civilisationnels. Par ailleurs, l’énigmatique fugitive qu’il escortait devient progressivement centrale dans le récit, et des révélations successives ébranlent ce qu’on croyait comprendre des motivations des personnages.
Sur le plan visuel, le travail d’encrage demeure impeccable. On retrouve une esthétique de calligraphie martiale directement identifiable : les mouvements épousent les lignes du paysage, les corps se fondent dans une danse destructrice. Il se dégage de ces planches une beauté ascétique, une économie formelle qui refuse les raccourcis spectaculaires au bénéfice d’une tension constante.
Cependant, on perçoit dans ce troisième tome une première limite à l’histoire : la complexité politique monte en puissance, et par moments, les enjeux se fragmentent. Le lecteur doit garder en tête plusieurs fils narratifs (les ambitions des Quatre Familles, le destin de Xiao Qi, la nature réelle de la fugitive, les dettes de Dao Ma envers son parrain…). C’est ambitieux, certes, mais il arrive que l’équilibre flirte avec la lourdeur, ce qui rend parfois la complexité narrative très (trop) brouillonne.
La relation père-fils, que la série utilisait avec justesse dans les deux premiers tomes pour humaniser le carnage omniprésent, s’efface ici au profit du grand jeu politique. C’est thématiquement cohérent - Dao Ma est rattrapé par son passé et son statut de père devient une faiblesse exploitable - mais cela installe davantage de distance entre le lecteur et les enjeux émotionnels.
Reste que ce manhua demeure addictif. L’art du cliffhanger y est maîtrisé, et chaque conclusion de chapitre appelle impérieusement à lire la suite. Les combats, quoique violents, ne sacrifient jamais la géographie narrative : on comprend où on se trouve, comment on y est arrivé et pourquoi c’est important.
Ainsi, Blades of the Guardians #3 consolide l’évolution de la série vers une épopée politique classique, et d’envergure. Certes, on y perd un peu de l’intimité brute des premiers volumes, mais on gagne une ambition narrative considérable.
Pour les lecteurs accrochés à ce manhua depuis le début, c’est une suite qui justifie le détour : Xu a prouvé qu’il pouvait manier l’action brute et le jeu politique avec une égale maestria. Pour les nouveaux lecteurs, commencer par ce troisième tome serait une erreur ; les premiers volumes valent amplement le voyage.
Une série à suivre avec attention, en particulier pour ceux qui apprécient Vagabond, les wuxias aux dents longues, et les récits d’empire qui s’effondrent.
Par Milan MORALES
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