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Excellent
23 mai 2026
Avant d’ouvrir le premier tome de ce manhua, un mot sur l’homme derrière l’œuvre : Xu Xianzhe n’a jamais mis les pieds dans une école d’art. Ancien publicitaire et traducteur littéraire, il s’est formé seul, par passion des comics, avant de lancer "Blades of the Guardians" en ligne dès 2015. Ce parcours d’autodidacte façonne un style affranchi de toute convention scolaire — d’une expressivité et d’une maturité rares, souvent comparé à Takehiko Inoue (Vagabond) pour la précision anatomique et la puissance des scènes de combat.
L’homme est aussi un auteur complet : il signe seul le scénario et le dessin, et sa culture historique pointue — il intègre par exemple la présence du zoroastrisme en Chine à l’époque Sui — donne à son univers une authenticité saisissante. La série est d’ailleurs l’un des rares manhua à avoir conquis le marché japonais avant d’arriver en France, et Xu Xianzhe a également collaboré avec Ubisoft sur Assassin’s Creed Dynasty.
Nous sommes en l’an 607 de notre ère, sous la Dynasty Sui. L’Empire est gangrené par la brutalité de l’Empereur Yang Guang et le peuple ploie sous la misère et l’arbitraire. C’est dans ce contexte étouffant qu’évolue Dao Ma, chasseur de primes sans attache — et ancien officier de la cavalerie d’élite —, d’une redoutable efficacité au combat, mais animé d’un code d’honneur intransigeant. Il élève seul son fils de trois ans, Xiao Qi, et enchaîne les contrats pour rembourser une dette contractée envers son père adoptif.
Dans le tome 1, Dao Ma accepte une mission d’escorte en apparence banale : conduire un mystérieux client jusqu’à la capitale Chang’an. Mais ce fugitif énigmatique tient entre ses mains des fils capables d’ébranler les fondations mêmes de l’Empire. La mission tourne rapidement au cauchemar, semée d’embuscades, de trahisons et de confrontations brutales. En 280 pages, Xu Xianzhe installe avec maestria son univers, ses codes et la violence sèche qui caractérise la série.
Le tome 2 prolonge cette course périlleuse dans le désert vers Chang’an : les enjeux politiques s’élargissent, les adversaires se révèlent plus redoutables, et le lien entre Dao Ma et son fils gagne en intensité émotionnelle. L’identité réelle du client s’impose peu à peu comme le cœur battant de l’intrigue : Zhi Shilang s’avère être le chef d’une faction rebelle visant à renverser la Dynasty — et sa capture ou sa protection pourrait tout changer pour l’Empire.
Ce qui surprend et séduit d’emblée, c’est l’équilibre entre une brutalité assumée des scènes d’action et une profondeur humaine imprégnant chaque planche du récit. Xu Xianzhe maîtrise l’ellipse narrative avec une économie de moyens remarquable : pas de temps mort, chaque page fait avancer l’action ou approfondit le caractère d’un personnage. La toute-puissance de Dao Ma frôle parfois le surnaturel, mais l’auteur la tempère par une mise en scène d’une efficacité cinématographique redoutable, où chaque affrontement claque comme un plan de cinéma.
La relation père-fils, au cœur de la série, apporte une dimension émotionnelle inattendue dans un manga d’action aussi nerveux. On pense aux grandes fresques politiques chinoises comme The Ravages of Time, mais avec un rythme plus direct, plus charnel. Le scénario ne cherche pas à révolutionner les codes du genre il les assume, mais chaque arc de mission explore une strate différente de la société Sui, donnant à l’aventure une vraie richesse documentaire. L’ensemble se révèle enlevé, jamais ennuyeux, et refermer ce deuxième tome laisse une seule conviction : la suite ne peut pas arriver assez vite.
La collection Big Kana offre à cette série un écrin idéal, avec un format généreux dans un prix accessible (8,50 € le volume). Et pour qui voudrait aller plus loin, la série dispose d’une adaptation en donghua (animation chinoise) disponible sur ADN, saluée pour sa qualité visuelle et son atmosphère sombre.
Blades of the Guardians s’avère être l’une des introductions manhua les plus convaincantes de l’année 2026 sur le marché francophone : un titre incontournable pour les amateurs de récits historiques d’action, servis par un dessin d’exception. Le 3e opus est annoncé par les éditions Kana début Août 2026 (11 tomes actuellement sont parus en Chine).
Par Milan MORALES
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