Erreur d’exécution squelettes/sqtc/inc-head.html
Excellent
11 novembre 2025
Mère célibataire de 49 ans et demi, Marcie s’est toujours fait appeler par son deuxième prénom, Caroline, pour mieux se fondre dans la masse. Sa perception du monde change le jour où, après cinq ans de CDD, son employeur lui « rend sa liberté ». En essayant de rebondir tout en vivant sa pré-ménopause, elle finit par aller au culot taper à la porte de Bernard, un détective privé attachant, en arguant du fait que sa meilleure arme pour être détective, c’est son statut de femme invisible de 50 ans. Et ça marche !
Mise à l’essai pour enquêter sur des vols de chiens dans Paris, elle est témoin de la chute d’une jeune Américaine depuis le 3e étage d’un immeuble. Tout évoque un suicide mais Marcie est loin d’être convaincue et les parents de la jeune femme également. Ceux-ci recrutent alors Marcie pour qu’elle détermine les causes réelles de la mort de leur fille Mérédith, ce qui la fera voyager jusqu’à New York.
C’est toujours un plaisir de retrouver la plume de Cati Baur qui se lance dans une nouvelle série bien à elle avec ce premier tome des enquêtes de Marcie. Judicieusement intitulé Le Point de bascule, il décrit le moment de la vie de Marcie où tout change pour elle : elle ose enfin faire et dire ce qu’elle n’osait ni faire ni dire jusque-là. Devenir détective, métier qui l’a toujours fascinée ? Elle se lance au culot car elle n’a rien à perdre !
L’effet libérateur que cela a sur elle est distillé subtilement tout au long de l’album par l’autrice de Pisse Mémé qui nous livre une héroïne pince-sans-rire, naturelle et très attachante. Du fait d’assumer enfin son prénom original au look fourrure rose qu’elle adopte à la fin de l’album, Marcie reconstruit peu à peu sa confiance en elle en apprenant aussi à se passer du regard des autres qui a longtemps pesé sur elle.
La palette de couleurs reflète cette évolution tout au long de l’album. L’héroïne voit peu à peu sa garde robe s’illuminer, passant de teintes unies banales (gris, violet) à des imprimés et des couleurs plus pétantes, comme on le voit déjà sur la couverture. Les non-initiés au trait de Cati Baur auront peut-être un peu de mal au début mais l’œil s’habitue très vite à son style à la fois naïf et travaillé que l’on pouvait déjà admirer dans Quatre sœurs ou le plus récent Le club des inadaptés .
Il y a peu de personnages qui évoluent autour de Marcie. On compte parmi eux sa fille Emma avec laquelle elle a une relation très complice et qui l’accompagne dans son enquête, et dans une moindre mesure Bernard, le détective privé bedonnant et sympathique qui l’engage. Les autres sont des figurants qui viennent soit enrichir l’intrigue (les parents de Mérédith, son ex petit-ami, le fantôme), soit permettre à Cati Baur d’insérer quelques réflexions et dénonciations bien senties sur les travers de nos sociétés modernes.
La scène d’introduction est à ce titre un bijou d’ironie grinçante à tiroirs dont seule l’autrice a le secret. On y voit le Chief Happiness Officer se plaindre de l’arrêt maladie de son collègue RH qui l’oblige à annoncer à Marcie son licenciement et lui demande ensuite de remplir un questionnaire de satisfaction sur comment s’est déroulé l’entretien.
Toute la cruauté et l’absurdité du monde du travail est ici croquée par l’autrice en quelques cases grâce à de micros détails textuels et de décor (la porte du bureau avec le nom du poste, le fameux "ça va ?" et sa réponse automatique qu’on n’entend même pas, comme le collègue de Marcie) qui poussent le lectorat à revenir sur les planches, à chercher ces détails et à réfléchir inconsciemment sur le monde qui l’entoure.
Au niveau de l’intrigue, comme pour Pisse Mémé, il y a plusieurs passages qui manquent de crédibilité, notamment ceux concernant l’enquête à New York, mais le caractère très terre à terre de Marcie et de sa fille, les touches d’humour et les réflexions sociétales mentionnées plus haut rééquilibrent l’ensemble.
L’enquête en elle-même est bien menée sans être des plus haletantes, son intérêt résidant dans sa conclusion douce-amère qui pose la question du double standard homme/femme et là aussi du poids des conventions sociales.
Marcie est donc avant tout un premier album qui pose les bases solides d’une héroïne aux antipodes de ce que la BD nous propose habituellement (si on excepte Les Vieux Fourneaux ou Tananarive par exemple) et qui permet à son autrice de dénoncer avec habileté et subtilité les clichés qui pèsent sur les femmes de 50 ans et les femmes en général, entre autres sujets.
On attend la suite avec impatience !
Par Gaëlle BEDIS
Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.
Marcie, T. 1 : Le Point de bascule - Par Cati Baur - Editions Dargaud - Paru le 10/01/2025