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Très bon
12 novembre 2025
Voilà plus de trois décennies que le jeune Titeuf délire avec ses potes, expérimente la vie, les « joies » de la fraternité, les amitiés, mais aussi les premiers émois. Audacieux dès ses débuts, souvent critiqué par certains « bien-pensants » et autorités, cela ne l’a pas empêché de croquer son éternelle préadolescence à pleines dents, parfois au risque de s’en faire casser quelques unes par Nadia, son amour univoque ou les méchants pas beaux racketteurs. Sans filtre, ou presque, il glisse malgré lui des messages forts, toujours d’actualité et intemporels. Produit de son époque - comme tout - il a su évoluer avec justesse, sans jamais se trahir, demeurant ce symbole d’une belle innocence à la fois malicieuse et maladroite, si propre à l’enfance. Le tout avec finesse, poésie... et beaucoup de blagues de caca et autres zizis sexuels.
Zep signe aujourd’hui un album-jeu de type cherche et trouve, à la manière de la célèbre franchise britannique des Où est Charlie ?. Pour ce faire, il délègue - une première - la partie dessin. Une entreprise, non pas sans risque : Depuis maintenant plus de 30 ans, quelques générations de lecteurs se sont habituées au trait - certes évolutif, mais typique - de Philippe Chappuis, dit Zep. Le jeu en vaut-il la chandelle ?
Sans plus de suspense, on ne peut que répondre par l’affirmative. Zep ne s’est pas associé avec le premier quidam venu, mais avec Éric Buchschacher, dit Buche, un collaborateur de longue date. Ce dernier compte parmi les membres-fondateurs du magazine jeunesse des éditions Glénat Tchô !, lancé par Zep et Jean-Claude Camano, éditeur et aujourd’hui agent de Zep.
Il faut également noter que Franky Snow, le personnage fétiche de Buche, un glisseur multisports aussi audacieux que gaffeur, présente une parenté graphique évidente avec Titeuf au point d’être comme son grand frère spirituel. Zep et Buche sont ainsi ‘de mèche’ pour ce projet. L’humour caractéristique de Zep, tout comme son sens de la mise en scène, sont sauf, tandis que les dessins sont réalisés avec soin par son collègue.
La couleur est annoncée dès la couverture, avec une illustration - au titre ô combien dramatique - jouant sur un effet Droste de mise en abyme, particulièrement approprié.
Buche parvient brillamment à s’approprier les personnages tout en conservant sa touche personnelle. On reconnaît tout le monde : Manu, Nadia, la maîtresse… Zep, dont l’avatar fait une apparition, semble plus jeune que jamais. La magie du 9ᵉ art opère.
Titeuf, lui-même, affirme en préambule
“Il [ZEP, ndlr] a demandé à son copain Buche de le remplacer pour le dessin parce que Buche c’est un super champion du dessin des personnages minuscules et des décors avec plein de détails”.
Et pour cause : Les doubles pages de jeu, telles des fresques foisonnantes, forment de véritables saynètes. Des mises en scène des différents lieux typiques de l’univers du petit écolier. Mais elles ne sont pas là que pour le plaisir contemplatif. Car, pour rappel, on est face à un album-jeu.
Le concept est le suivant : En passant en revue chaque double page, dans tous les sens - avec ou sans loupe - il faut retrouver Titeuf, mais aussi sa famille, ses amis et ennemis, ou encore de parfaits inconnus dans des situations bien cocasses.
Si l’énoncé est simple, l’exercice l’est un peu moins. Il s’agit donc d’ouvrir grand les yeux et d’aiguiser son sens de l’observation. Heureusement, avec plusieurs niveaux de difficulté, chacun pourra y trouver son compte. Des références à la pop culture, en veux-tu en voilà, sont également dissimulées dans ces pages. De quoi ajouter une touche de nostalgie non négligeable. S’il y a bien un petit bémol à noter, c’est que chaque page de solutions se retrouve collée aux consignes du jeu suivant. Les regrouper à la fin de l’album aurait été plus pratique, notamment pour éviter les confusions visuelles.
En outre, on prend plaisir à se balader au gré des tableaux, de la chambre de Titeuf, à l’école, en passant par la colo, la piscine ou encore le salon de cosplay. De quoi s’amuser de longs moments en attendant un nouveau tome des aventures du petit blondinet. Tchô !
Par Rémi BARNAULT
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On a perdu Titeuf est en vente aux éditions Glénat, pour 12€.