Pas mal
24 mai 2025
Des années après avoir reçu une étrange demi-pièce des mains de l’excentrique propriétaire d’un parc d’attractions, Clark y retourne. Il faut dire qu’il a tout le parc pour lui, le lieu étant laissé à l’abandon, limite délabré, pendant que le propriétaire, lui, a disparu.
Désormais rongé par le temps, le parc devient le décor d’une exploration urbaine que Clark filme, pour sa communauté sur les réseaux sociaux. C’est le point de départ d’un récit fantastique en cinq chapitres, entre nostalgie et aventure, où la frontière entre réalité et imaginaire s’efface.
L’exploration urbaine, ou urbex, est une activité souvent clandestine et risquée, mêlant frisson et émerveillement. Alliant parfois goût du danger et même jouissance de l’interdit. Le jeune Clark, en plein reportage sur ce lieu de sa petite jeunesse, croise Karoline, petite-fille du propriétaire disparu, venue en pèlerinage. C’est ensemble qu’ils ouvrent un mystérieux portail — grâce à la fameuse pièce — menant à une autre réalité du parc : un monde parallèle où les personnages d’attractions sont vivants et le lieu devient un univers magique et fabuleux. En gros, le rêve d’à peu près tout enfant qui se respecte...
Dans cette autre réalité, Clark et sa nouvelle amie Karoline suivent un singe parlant nommé Eddie et vêtu comme un groom à la Spirou, qui les guide à travers ce monde où plane la menace d’un tyran nommé le roi de fer. Leur quête, grosso modo : retrouver le grand-père de Karoline, prisonnier de ce royaume et stopper les fidèles du roi de fer. Ce voyage, pas tant initiatique, est peuplé d’un bestiaire parfois improbable, rappelant légèrement le film d’animation Le Parc des Merveilles.
Une aventure perfectible
Le récit souffre d’un rythme parfois inégal. Les rencontres successives avec de vieilles connaissances du singe, devenues hostiles ou ambiguës, finissent par nous faire tourner en rond. Certaines scènes deviennent lourdes, redondantes, parodiques.
Des clichés scénaristiques desservent une intrigue pourtant prometteuse. On s’interroge également sur la logique interne du monde magique, où Clark continue de publier sur les réseaux sociaux, sans aucune discrétion, comme si de rien n’était. Où trouve-il le temps, parfois ? Cela reste flou, mais ce détail n’est pas tant important. Ça reste un très sympathique prétexte pour débuter les cinq actes du récit par une sorte de “tweet”.
Les thématiques abordées : attachement et mémoire des lieux, pardon, confiance, apportent une touche émotionnelle bienvenue, bien qu’un peu maladroite parfois. Nos deux principaux protagonistes trainent tous deux un bagage que l’on découvre essentiellement vers le début. Mais à part ça, ils manquent un peu de profondeur et leur relation n’est pas tellement poussée.
Graphiquement, l’album est très réussi. Le style mêle emprunts aux comics américains et dessins cartoonesques, avec un trait dynamique, plutôt anguleux et un bel encrage. Il y a un effet « dessin animé ». Il faut dire que l’illustrateur a travaillé dans l’animation. La mise en couleurs est maîtrisée, et la couverture offre une mise en scène assez classique mais bien exécutée.
En conclusion, “Le Parc abandonné”, premier tome du dyptique d’Adventure Kingdom, est une bande dessinée divertissante, pleine d’actions et portée par un bel univers, mais pas toujours inspiré, plombé par quelques maladresses et un rythme irrégulier. Un deuxième tome, prévu prochainement, viendra clore cette aventure, bien que le premier volet soit relativement auto-conclusif. Reste à voir si la suite saura gagner en maturité et nous surprendre.
À noter qu’il aurait été pertinent de mentionner, quelque part dans l’édition française, que l’urbex est en général interdit et puni par la loi en France, même si cette pratique reste un prétexte à l’histoire et qu’il est montré de façon plutôt positive par son le personnage de Clark.
Par Rémi BARNAULT
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Adventure Kingdom - Le Parc abandonné est en vente aux éditions Aventures d’Ailleurs, pour