Tribunal de Nanterre : deux éditeurs et Bastien Vivès dans le box des accusés

Par Didier PASAMONIK 24 mai 2025 
C’est une première, bien caractéristique de notre époque : la bande dessinée se retrouve au tribunal, le 27 mai 2025, pour « fixation et diffusion d’images de mineurs à caractère pornographique ». En cause deux albums publiés par Glénat et les Requins Marteaux en 2018 et signés par Bastien Vivès à la suite de plaintes de deux associations pour la protection de l’enfance. C’est le tribunal correctionnel de Nanterre et non une instance juridictionnelle sur la liberté d’expression qui va devoir statuer. Les prévenus encourent jusqu’à cinq ans d’emprisonnement et 75 000 € d’amende.

C’est une affaire bizarre, déjà dans le traitement qu’en avait fait le Parquet. Il a fallu plus de deux ans à une juge d’instruction pour lire deux malheureuses bandes dessinées et inculper officiellement deux éditeurs et un auteur et pour déterminer le délit dont ils sont coupables. D’autre part, le même Parquet, pour l’une des deux mêmes œuvres qui sont assignées ici, l’avait déclarée « non délictuelle » en 2019, avant de réouvrir l’ « enquête » cinq ans plus tard. Enfin, on demande à des juges qui statuent habituellement sur des affaires de violences intraconjugales -la 20e chambre correctionnelle de Nanterre- de statuer sur une œuvre de l’esprit. Est-ce leur compétence ? On se croirait revenu au temps des Fleurs du Mal et de Madame Bovary. On est curieux de lire les réquisitions de la Procureure de Nanterre…

Dans une interview au Figaro, Manon Glénat-Corveller, la patronne des éditions Glénat, insiste sur l’enjeu du procès : « On défendra la liberté d’expression qui est quand même une des valeurs fondamentales de notre métier d’éditeur  ». L’album Petit Paul décrivant l’histoire d’un enfant au sexe grotesquement énorme qui a une relation sexuelle avec sa maîtresse -un album vendu sous blister dans une collection (« Porn Pop ») clairement identifiée pour adulte de plus de 18 ans- « a pu choquer, interroger, poser des questions auprès des lecteurs  » dit-elle. Est-ce pour autant une « promotion de la pédopornographie » comme le prétendent les plaignants ?

Tribunal de Nanterre : deux éditeurs et Bastien Vivès dans le box des accusés
Des ouvrages vendus dans des collections clairement identifiées "pour adultes"

Soyons clairs : on ne parle pas ici des polémiques de la non-exposition Vivès à Angoulême ou de l’affaire Emma Clit/Vivès qui ont tant fait couler d’encre. Il s’agit d’interpréter un texte de loi récent visant principalement les images à caractère pédopornographiques diffusées sur le Net et les réseaux sociaux.

La législation, le droit doivent donner des règles communes à la société. C’est à cela que servent les juges et les plaidoiries de la défense : à faire évoluer les lois en fonction des attentes de la société, sachant que ces lois sont produites par les élus (le parlement, le sénat) représentant la nation.

Il est important de le noter : Vivès n’a jamais été condamné, aucun juge n’a statué sur sa culpabilité. C’est l’objet de ce jugement dont on attend l’issue : a-t-il enfreint la loi, de quoi est-il coupable ? Si l’on ne passe pas par la case tribunal, cela veut dire que nous sommes dans une société de l’arbitraire et que la simple interprétation peut être punissable sur simple dénonciation. Nous sommes ici dans le domaine du droit.

Les éditeurs ironisent sur une littérature finalement très anodine quand on la compare à ce qui prolifère sur le Net.

Peut-être l’audience nous apprendra-t-elle des choses. Il est cependant important de savoir de quoi on parle : l’œuvre, l’auteur, le sujet, la législation. Il ne s’agit pas de minimiser le sujet, ni les victimes de ces délits. Il s’agit d’être vigilant sur la manière dont s’applique la loi. Est-ce dans la censure de la représentation des artistes que l’on règle le problème ? Telles sont nos interrogations.

ActuaBD observera ce procès avec attention.

Par Didier PASAMONIK

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En médaillon : Photo DR. En Une : photo D. Pasamonik (L’Agence BD)

Glénat Les Requins Marteaux ✏️ Bastien Vivès France Nanterre
 
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20 Messages :
  • 10 ans après que des artistes aient été assassinés pour leurs dessins, on traîne en correctionnelle un autre artiste pour rien d’autre… que des dessins. On vit une époque de talibans obsédés par l’idée qu’ils se font de la « pureté », et qui le revendiquent en plus.

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    • Répondu le 24 mai 2025 à  21:36 :

      Je corrige moi-même mon message car "après que" est suivi de l’indicatif et non du subjonctif : 10 ans après que des artistes ONT été assassinés pour leurs dessins, on traîne en correctionnelle un autre artiste pour rien d’autre… que des dessins. On vit une époque de talibans obsédés par l’idée qu’ils se font de la "pureté, et qui le revendiquent en plus.

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  • Cette histoire est grotesque. Total soutien à Bastien Vivès !

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    • Répondu par Dominique PETITFAUX le 25 mai 2025 à  08:34 :

      Les accusations sont effectivement grotesques, et c’est tout le milieu de la bande dessinée (auteurs, éditeurs, critiques) qui devrait soutenir Bastien Vivès.

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  • C’est vraiment un scandale ... cette histoire d’abus du subjonctif

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  • Justice pourrie. Si les magistrats avaient des couilles, il n’y aurait pas eu de procès. Il aurait simplement fallut classé la plainte SANS SUITE. Basta. On perd son temps avec des procès qui n’auraient jamais du exister. De même pour tous les procès en islamophobie. Et après les magistrats se plaignent qu’il n’y pas assez de moyens pour la justice. Ouin ouin ouin. La justice française est décidemment pourrie : le laxisme généralisé, le 2 poids 2 mesures, le syndicat de la magistrature, le mur des cons, les salauds de LFI jamais inquiétés par la justice etc

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    • Répondu le 25 mai 2025 à  19:25 :

      Votre message grossier qui mélange et amalgame tout et n’importe quoi, à commencer par ce qui semble être vos obsessions personnelles, n’apporte rien au sujet du procès Vives et trahit seulement votre ignorance des affaires de justice. La bonne nouvelle dans ce dossier sinistre, c’est que Vives a un très bon avocat qui devrait vite démontrer que les accusations ne tiennent pas debout et ne concernent en rien un tribunal correctionnel.

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    • Répondu par lorentzo.b le 25 mai 2025 à  20:34 :

      "les salauds de LFI jamais inquiétés par la Justice", ben dis donc... Ne vous inquiétez pas, CNEws fait beaucoup d’emules, vous serez super content aux prochaines élections..! Je ne suis pas fan de Bastien Vives, mais la folie ubuesque de cette affaire est révélateur de l’époque. Revenons aux vrais problèmes de société svp, et contentons nous de critiquer sainement une oeuvre. Ah, la "justice" a essayé d’inquiéter le "salaud" en chef de LFI. En vain. Peut-être parce que... Quand je bossais en lycée, j’ai pu apprécier l’excellent travail du ministre de l’enseignement professionnel du gouvernement Jospin. Allez, je vais me relire le corto de Vives. Dont worry, les dirigeants de ce monde vont dans votre sens.

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      • Répondu le 26 mai 2025 à  06:08 :

        On ne voit vraiment pas ce que Mélenchon vient faire dans cette histoire. Si vous pouviez les uns et les autres vous abstenir d’étaler vos marottes politiques ici, ça éviterait que le débat parte en cacahuète…

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      • Répondu le 26 mai 2025 à  07:27 :

        Les extrémistes de droite, de gauche et du milieu, merci d’aller répandre vos bêtises ailleurs.

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    • Répondu le 26 mai 2025 à  06:26 :

      Arthur Lempereur, Vives n’a vraiment pas besoin de soutien dans votre genre

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      • Répondu par lorentzo.b le 26 mai 2025 à  10:41 :

        Oui, vous avez raison, j’avoue que le message de M. Lempereur m’a fait monter la température à la vitesse grand V... Ce qui ne m’a pas empêché de (re)lire Vives.

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  • Contre la pedopornographie
    26 mai 2025 13:28, par Guillaume Malherbe

    Pour moi, la BD le petit Paul s’apparente a de la promotion de la pedopornographie, il ne devrait donc pas être disponible à la vente dans un pays qui interdit la promotion de cette pratique.
    Cette bd n’aurait jamais dû être validée par l’éditeur ni par les organismes en charge du contrôle des œuvres culturelles.

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    • Répondu le 26 mai 2025 à  20:04 :

      Justement il y a des lois qui encadrent la liberté d’expression dans ce pays. Et la justice s’est déjà prononcée au sujet de Petit Paul. Donc votre avis est nul et non-avenu. Aujourd’hui le vrai sujet, c’est pourquoi on rejuge Vives pour les mêmes faits, et en correctionnelle en plus ! Quoi qu’il arrive, ce jugement sera probablement cassé.

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    • Répondu le 26 mai 2025 à  20:29 :

      "les organismes en charge du contrôle des œuvres culturelles." Le fait que vous vous imaginiez qu’il existe en France des "organismes en charge du contrôle des œuvres culturelles." en dit long sur la vision que vous vous faites de la liberté et de la démocratie. Mais ça rejoint les aspirations d’une bonne partie de la population française qui, sondage après sondage, semble rêver toujours plus d’un "pouvoir fort", voire d’un régime plus "autoritaire". Qu’ils aillent demander aux hongrois, aux turcs ou aux russes si c’est si chouette…

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    • Répondu par Olric Hunter le 26 mai 2025 à  21:25 :

      Un môme avec une bite aussi grande que lui ça vous semble réaliste ? Et toutes les conneries que ce postulat de départ amène vous semblent être une incitation à violer des enfants ? Vous devriez voir un psy, parce que vous n’êtes pas au plus clair avec vous-même...

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    • Répondu par J.Jacques le 27 mai 2025 à  06:43 :

      « par les organismes en charge du contrôle des œuvres culturelles. »

      Vous ignorez et semblez regretter qu’il n’y ait plus de comité de censure en France... ce sont les éditeurs qui choisissent ce qu’ils publient, pas Anastasie.

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  • Triste époque... Imagine-t-on en leur temps Gotlib (sa parodie des "Misérables"), Liberatore ("Ranxerox") ou G Lévis ("Les petites filles modèles") dans un tribunal ?

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    • Répondu le 27 mai 2025 à  18:53 :

      Et voilà le tribunal de Nanterre vient de se déclarer incompétent ; cette affaire n’a rien à faire en correctionnelle ; il n’y a pas de victimes, il n’y a pas de faits délictuels ; un étudiant de première année de Droit aurait pu le leur apprendre. Il s’agit seulement de petits dessins humoristiques.

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      • Répondu le 28 mai 2025 à  07:35 :

        Oui, des dessins ne sont pas la réalité.

        Et aussi, cette affaire n’aurait pas dû être jugée à Nanterre mais au tribunal judiciaire de Paris (17e chambre, spécialisée dans les affaires de presse).

        Des associations qui confondent décidément tout !

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