C’est une affaire bizarre, déjà dans le traitement qu’en avait fait le Parquet. Il a fallu plus de deux ans à une juge d’instruction pour lire deux malheureuses bandes dessinées et inculper officiellement deux éditeurs et un auteur et pour déterminer le délit dont ils sont coupables. D’autre part, le même Parquet, pour l’une des deux mêmes œuvres qui sont assignées ici, l’avait déclarée « non délictuelle » en 2019, avant de réouvrir l’ « enquête » cinq ans plus tard. Enfin, on demande à des juges qui statuent habituellement sur des affaires de violences intraconjugales -la 20e chambre correctionnelle de Nanterre- de statuer sur une œuvre de l’esprit. Est-ce leur compétence ? On se croirait revenu au temps des Fleurs du Mal et de Madame Bovary. On est curieux de lire les réquisitions de la Procureure de Nanterre…
Dans une interview au Figaro, Manon Glénat-Corveller, la patronne des éditions Glénat, insiste sur l’enjeu du procès : « On défendra la liberté d’expression qui est quand même une des valeurs fondamentales de notre métier d’éditeur ». L’album Petit Paul décrivant l’histoire d’un enfant au sexe grotesquement énorme qui a une relation sexuelle avec sa maîtresse -un album vendu sous blister dans une collection (« Porn Pop ») clairement identifiée pour adulte de plus de 18 ans- « a pu choquer, interroger, poser des questions auprès des lecteurs » dit-elle. Est-ce pour autant une « promotion de la pédopornographie » comme le prétendent les plaignants ?
Soyons clairs : on ne parle pas ici des polémiques de la non-exposition Vivès à Angoulême ou de l’affaire Emma Clit/Vivès qui ont tant fait couler d’encre. Il s’agit d’interpréter un texte de loi récent visant principalement les images à caractère pédopornographiques diffusées sur le Net et les réseaux sociaux.
La législation, le droit doivent donner des règles communes à la société. C’est à cela que servent les juges et les plaidoiries de la défense : à faire évoluer les lois en fonction des attentes de la société, sachant que ces lois sont produites par les élus (le parlement, le sénat) représentant la nation.
Il est important de le noter : Vivès n’a jamais été condamné, aucun juge n’a statué sur sa culpabilité. C’est l’objet de ce jugement dont on attend l’issue : a-t-il enfreint la loi, de quoi est-il coupable ? Si l’on ne passe pas par la case tribunal, cela veut dire que nous sommes dans une société de l’arbitraire et que la simple interprétation peut être punissable sur simple dénonciation. Nous sommes ici dans le domaine du droit.
Peut-être l’audience nous apprendra-t-elle des choses. Il est cependant important de savoir de quoi on parle : l’œuvre, l’auteur, le sujet, la législation. Il ne s’agit pas de minimiser le sujet, ni les victimes de ces délits. Il s’agit d’être vigilant sur la manière dont s’applique la loi. Est-ce dans la censure de la représentation des artistes que l’on règle le problème ? Telles sont nos interrogations.
ActuaBD observera ce procès avec attention.
Par Didier PASAMONIK
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En médaillon : Photo DR. En Une : photo D. Pasamonik (L’Agence BD)
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