Qu’est-ce qui fait que les albums de Tintin peuvent atteindre des cotes faramineuses ? Leur rareté d’abord. Exemple : la vente Tajan propose le 16 octobre prochain l’un des 500 exemplaires du « tirage de tête » de Tintin au Pays des Soviets de 1930. Vous vous imaginez ? 500 exemplaires d’un album de 1930 destiné aux enfants, il doit en rester au mieux quelques dizaines…
À l’époque, Tintin est inconnu, si ce n’est des lecteurs du Petit Vingtième, le supplément du journal catholique Le XXe Siècle dirigé par l’abbé Wallez. Celui-ci, en visionnaire, imagine faire un recueil des planches que le jeune Georges Remi, alors débutant, signe Hergé dans son journal. Il décide de l’éditer lui-même, par souscription.
Tiré à 500 exemplaires, cet ouvrage est signé Tintin et Milou de la main de la secrétaire de l’abbé Wallez, Germaine Kieckens, la future épouse du jeune dessinateur. « La faible fréquence d’apparition en vente publique, depuis 1989, des tirages de tête de Tintin au Pays des Soviets, au Congo et en Amérique Petit vingtième, en bon état, font de ces albums de véritables raretés, note l’expert Daniel Perez. Cet album précis, est passé pour la dernière fois en vente publique le 1er avril 2006 chez Artcurial où il fut adjugé pour la somme record à l’époque de 61 180 euros et est à n’en pas douter la référence absolue concernant les tirages de tête de Tintin au Pays des Soviets. » C’est ce qui justifie son estimation, entre 40 000 et 60 000 €.
L’autre critère, c’est l’état, comme cet exemplaire de L’Oreille cassée classé « A2, 1937 Casterman Feuillage bleu » suivant la nomenclature en usage. L’exemplaire provient de la famille Casterman. Il n’a jamais été sorti des cartons. « État neuf, dos tissu rouge, pour ce rarissime exemplaire, note l’expert, du fait de son image gris bleu. Sans défauts et aux cahiers, plats et dos immaculés ; jamais lu. À ce jour, nous ne connaissons que deux exemplaires de ce tirage. Pièce de musée ! » D’où une estimation entre 30 et 45 000€.
Parfois ces qualités se cumulent avec un élément qui en fait une pièce unique, comme ce formidable exemplaire de Tintin en Amérique dédicacé par Georges Remi (et non Hergé) à l’abbé Helsen. Qui est l’abbé Helsen ? C’est l’aumônier des scouts de Saint-Boniface où Hergé a fait ses études. « En 1918, raconte Daniel Perez, l’abbé Helsen créa l’unité de scouts Saint Boniface rattachée à l’Institut du même nom à Ixelles. Hergé n’avait que 14 ans quand, en 1921, il intégra cette troupe de scouts et fit, accompagné par cet aumônier, ses premiers voyages (certains assez lointains) et ses premiers dessins. Hergé fut, à n’en pas douter, encouragé par cet abbé qui éditait aussi, « Jamais assez » la petite revue bimensuelle des scouts de l’Institut dans laquelle il publia ses premiers dessins et réalisa même une fresque murale dans le local de la troupe. »
C’est ce qui explique cette dédicace absolument incroyable qui témoigne à quel point Hergé avait gardé un souvenir ému de ses premiers voyages en Suisse et en Italie (1922) puis à Paris et dans les Pyrénées (1923) avec les scouts. Il adressa cet album à l’abbé Helsen le 5 décembre 1933 avec cet envoi : « …d’ailleurs Tintin n’est qu’un autre moi-même, qui aurait continué dans cette voie, à fond… ». Flaubert proclamait : « Madame Bovary, c’est moi ! » (Hergé le rappelle dans son entretien avec Numa Sadoul). On sait maintenant qui est Tintin…
Ce ne sont pas les seuls lots de cette vente exceptionnelle. Le 23 octobre, chez Tajan, ce sera à coup sûr une date clé dans l’histoire de Tintin.
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Le grand retour de la maison Tajan
La maison Tajan n’est pas un acteur récent du marché de la collection de bande dessinée. Dès le samedi 30 novembre 1996, Tajan mettait en vente une série d’albums et d’originaux d’Hergé sous le titre Tintin Ad’doc (autour de Tintin). « C’était une des ventes pionnières du marché de l’original et des albums de collections, au rythme de trois ventes par an lancées à l’initiative de François Tajan, le fils du fondateur de la maison, Jacques Tajan » précise Louise de Causans, commissaire-priseur de la vente du 16 octobre prochain. L’expert Daniel Perez, ancien archiviste pour les éditions Casterman, était déjà de la partie…
Les années 1996-2010 chez Tajan feront référence dans la construction du marché de la planche et des originaux de bande dessinée. « Tajan a été absent ces dernières années car l’accent avait été mis sur l’art contemporain, les bijoux et surtout parce qu’à partir de 2015, Tajan s’était trouvée démunie d’experts, nous dit Philippe Rolle, directeur général adjoint de Tajan. Depuis que je suis arrivé il y a six ans, j’ai toujours eu cette envie de relancer cette spécialité de la bande dessinée. […] Tajan a été la première maison de vente qui a créé le marché. […] On souhaiterait retrouver une place sur ce marché d’exception qui se régule de plus en plus. Il va être de plus en plus nécessaire d’avoir des certificats d’authenticité adossés aux œuvres, d’avoir des certificats délivrés par les ayants droits. La place que l’on veut prendre, c’est de proposer des œuvres certifiées… »
« Chez Tajan, nous avons la chance d’avoir à la tête du département BD et Illustration, un commissaire-priseur judiciaire qui organise la vente du début à la fin. C’est un gage de sérieux. nous dit Philippe Rolle. Nous accompagnons la vente pour qu’elle soit la plus réussie possible pour le vendeur comme pour l’acheteur. »
Après cette vente d’album, la prochaine vente dédiée à la bande dessinée chez Tajan aura lieu dès le mois de novembre.
Voir en ligne : LE SITE DE LA VENTE TINTIN CHEZ TAJAN
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Dessins de Hergé © TintinImaginatio
Photos : DR
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