Bon
4 octobre 2024
Hiver 1794. Des révolutionnaires français pillent une église, à la recherche des reliques de Saint Lupicin. Le père Martin, un prêtre réfractaire, a pris le maquis afin de sauver ces restes sacrés des mains des sans-culottes. Alors s’engage une chasse à l’homme : « Traquez-les et empêchez-les de répandre le venin de leur culte poussiéreux ».
En s’aventurant dans les bois, un prêtre, le père Antoine, est à la recherche du père Martin. Le risque est grand car la menace ne provient pas seulement des révolutionnaires, mais aussi des macrales, un mot wallon liégeois désignant les sorcières. Celles-ci sont furieuses suite à l’assassinat de Germaine, une des leurs. Leur vengeance n’épargnera personne. Une partie de go se joue dans les tréfonds des bois wallons.
Ce one-shot, un premier album signé Ghi, séduit par ce triangle de rivalités dans une période historique qui ne cesse jamais de stimuler la créativité des auteur(e)s : la Révolution française et le Premier Empire. De ce décor de la forêt de Wallonie, peuplée par les macrales et leurs corbeaux, se dégage une atmosphère fantastique et mystérieuse qui devrait ravir les lecteurs et lectrices du genre.
Une histoire qui semble comme une rencontre inattendue entre certaines nouvelles d’Hellboy, l’esprit fantastique d’une série comme Le Legs de l’Alchimiste d’Hubert et Tanquerelle et la traque forestière à caractère religieux du Maître d’armes de Xavier Dorison et Joël Parnotte.
Le récit est très bien rythmé avec deux prêtres réfractaires bien campés par une opposition conceptuelle au sujet de la notion de sacerdoce face à la violence de la période révolutionnaire. Une réflexion ouverte sur la transformation des humains par les événements les plus durs de certaines périodes historiques.
Pour un premier album, l’ensemble témoigne d’une belle maîtrise, tant scénaristique, que graphique et sur le plan des couleurs – dont de belles variations de bleu et d’orange. L’auteur semble apprécier jouer avec les formes et les tons afin de stimuler l’imagination du lecteur, dissimulant régulièrement le visage des humains, des sorcières et les détails de la tête des corbeaux. On est dans une recherche de l’évocation sensible aux traits, aux atmosphères et aux couleurs, dans un registre semi-réaliste.
« Les macrales, ces maudites sorcières ! Cela fait des siècles qu’elles vivent en marge du reste du monde, à ressasser leur haine contre l’Église. Aujourd’hui, le vent a tourné en leur faveur. Alors, pour notre plus grand malheur, ces créatures répugnantes sortent de leur cachette...Comme si les révolutionnaires ne suffisaient pas ! » (Père Martin)
Graphiquement, les sorcières sont réussies et ne sont absolument pas effrayantes, avec des visages presque drôlatiques, comme un miroir tendu aux autres factions dont la noirceur de l’âme serait plus importante. Quant au père Martin, avec son nez, tout à la fois rougeaud, un peu épaté et à la longueur d’un perchoir à oiseaux, il dégage un charisme et une assurance qui cloîtrent dans l’ombre le regret du secret inavoué.
Des sans-culottes pilleurs, des femmes marginalisées par le patriarcat et des ecclésiastiques en proie au doute, tels sont les ingrédients efficaces au service d’un récit fantastique de bonne tenue et un graphisme maîtrisé. Un très agréable moment de lecture à destination des amateurs du genre.
Par Romain GARNIER
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Macrales et corbeaux de Ghi
En librairie depuis le 18 septembre 2024.
Bande dessinée publiée aux éditions Glénat
Collection « treizeétrange »
120 pages - Format 21,5 x 29,3 cm - 20,50€