La saison 2 de Blue Lock : la déception de l’année

Par Jacques LOBE Pas mal 30 décembre 2024 
Signé Muneyuki Kaneshiro au scénario et Yusuke Nomura au dessin, le manga le plus vendu de 2023 en France - on compte plus de 8 millions de ventes - a fait parler de lui ces dernières semaines. Et pour cause, la deuxième saison de son adaptation animée faisait partie des sorties majeures de l'année 2024. Nous avons eu droit à seulement 14 épisodes, soit 10 de moins que la première saison, pour adapter le meilleur arc narratif selon les fans. Après la diffusion des deux derniers épisodes ce samedi 28 décembre 2024, l'heure est venue pour nous de faire un bilan d'après-match.
La saison 2 de Blue Lock : la déception de l'année
Le tome 24 vient de paraître chez Pika

Le manga Blue Lock suit le parcours d’Isagi Yoichi, jeune lycéen au poste d’attaquant, au sein du complexe Blue Lock dirigé par l’énigmatique Jinpachi Ego. Ce dernier cherche à créer le meilleur attaquant du monde, celui qui ramènera une coupe du monde au Japon, et ce au travers de diverses sélections. Sortie en 2022, la première saison de l’animé couvre la première et seconde sélection, adaptant les tomes 1 à 11. La seconde quant à elle adapte les tomes 12 à 17 (ou 18), soit la troisième sélection et surtout le match qui déterminera la survie de Blue Lock : celui contre l’équipe japonaise des moins de 20 ans.

Carton plein pour la narration

Le premier épisode nous a laissé sur une note positive, sur le plan de narration. Le rappel des enjeux du match, accompagné par la réaction des joueurs, nous fait ressentir la pression qui règne. Après tout, les 35 survivants restants ne comptent pas disparaître en un claquement de doigt, après s’être battus comme des forcenés.

Ce qui est intéressant dans cet arc, c’est toute la mise en place de ce match qui est présenté comme celui qui révolutionnera le football japonais. Du côté du Blue Lock, on assiste à la préparation et à la sélection de l’équipe titulaire, tandis que pour l’équipe U-20 (Under 20), on nous présente les piliers à faire tomber. Ce match met aussi en lumière deux visions du football moderne, au travers des têtes pensantes que sont Jinpachi Ego et le président de la fédération japonaise Burastsuta. Le premier se concentre uniquement sur l’aspect sportif, prônant un jeu individualiste pour faire gagner ; tandis que le second ne pense qu’à l’apport lucratif, avec en tête de gondole une star : Itoshi Sae.

Coup d’envoi imminent !

Sae est le grand frère du meilleur joueur de Blue Lock, mais aussi du rival d’Isagi, Itoshi Rin. Jouant au poste de milieu offensif au Réhal (allusion à peine transparente au Real Madrid), il ne participe au match que par intérêt et curiosité pour le projet du Blue Lock. La relation fraternelle évoquée dans la première saison est ici explicitée, notamment avec un flashback à la mi-temps et les trois duels fratricides. Elle n’est pas s’en rappeler celle entre Sasuke et Itachi Uchiwa du manga Naruto, puisque dans les deux cas, le cadet éprouve une haine profonde pour l’aîné. On en découvre la raison, à savoir le rêve commun de devenir les deux meilleurs attaquants au monde qui n’est plus partagé. Cela permet à Rin d’apparaître en tant que second personnage principal, au même titre qu’Isagi, et donc de briller tout autant.

Isagi Yoichi & Itoshi Rin, les meneurs de jeu

Le dernier point fort de cet arc et de cette saison, ce sont les personnages. Excepté les remplaçants, chaque joueur dispose d’un moment fort, que ce soit une action offensive ou défensive. Car oui, il faut bien le rappeler, le 11 de Blue Lock n’est composé que d’attaquants et donc la plupart occupent un poste différent. Le meilleur exemple, ce sont les défenseurs comme Chigiri Hyoma et Nikko Ikki, qui brillent en faisant appel à la vitesse pour l’un et à la vision pour l’autre.

L’équipe U-20 dispose du même traitement, même s’il est plus axé sur le quatuor défensif, Sae et Shidou Ryusei, le renégat de Blue Lock. Ce dernier nous offre l’un des plus beaux buts de la série avec son Big Bang Drive, inspiré d’un retourné acrobatique effectué par Zlatan Ibrahimovic. Mention spéciale au studio Eigbit, qui a veillé à la fidélité de l’œuvre, en conservant les propos obscènes du joueur.

On comprend désormais pourquoi ce match - le premier vrai match officiel avec un public - occupe une place importante chez les lecteurs. À partir de ce moment précis, Blue Lock ne peut plus faire machine arrière, comme le dit le directeur du complexe.

Carton jaune pour l’animation

Rentrons dans le vif du sujet. Malheureusement pour les fans de la première heure comme pour les nouveaux venus, l’animation n’est pas au rendez-vous pour les matchs. En dépit d’un bon rythme des épisodes, le manque de mouvements casse parfois les actions et nuit à l’appréciation. Cela est dû aux plans fixes, davantage présents avec des effets visuels pour créer un semblant de dynamisme. D’autant plus que sur ces images, le ballon est parfois le seul élément en mouvement. Ce qui rend la scène ridicule. Pas étonnant donc de voir les internautes renommer l’animé “Frame Lock” ou encore “PNG Lock”, acronyme de Portable Network Graphic pour définir un format d’image, pour souligner ce problème majeur - et ce dès le deuxième épisode. Les séquences en 3D sur les pieds des joueurs pour des dribbles ou des tirs ne sont là que pour combler la chose.

Alors comment peut-on expliquer une telle baisse de qualité ? Il ne faut pas blâmer les animateurs, qui ont tout de même offert de magnifiques buts et visuels. Bien au contraire, ils ont fait du mieux qu’ils pouvaient en dépit du manque de temps. S’il faut désigner un responsable, c’est plutôt la production qu’il faut blâmer. Il s’agit de l’ensemble des entreprises qui vont financer et planifier la production d’un animé, gérer les questions de diffusion et marketing. Le choix de produire, juste après la fin de la première saison, un film sur le Spin-off Blue Lock Épisode Nagi - actuellement en parution et comptant 3 tomes en France - sorti cette année en plus de la seconde saison déteint sur la qualité finale de la série. On se retrouve donc avec une adaptation d’un manga de football sans de véritables mouvements.

Même si des internautes qualifiaient la saison 2 de « PowerPoint », l’animation n’est pas catastrophique. Le studio a fait honneur aux sublimes planches de Nomura, surtout pour les moments importants. Impossible de ne pas évoquer la réalisation et l’animation des deux derniers épisodes, ayant mis tout le monde d’accord. Tout au long du treizième épisode, l’éveil d’Itoshi Rin pour arrêter son grand-frère est parfaitement construit. Son impact dans les dernières minutes du temps réglementaire occupe la première partie du quatorzième épisode. La séquence finale du match, l’ultime offensive dans la dernière minute de jeu, nous offre un moment d’anthologie avec le but final marqué par le personnage principal. Ce qui, sur le moment, nous laisse sans voix mais nous frustre par la suite, car cela nous montre ce à quoi la saison aurait pu ressembler si l’on y avait mis les moyens.

La saison 2 de Blue Lock se conclut comme elle a commencé, sur une note positive. Le retour-surprise d’un protagoniste de la première saison ainsi que l’annonce du prochain arc narratif, la Neo Egoist League, nous vendent du rêve. On espère que cette troisième saison n’arrivera pas de sitôt, histoire qu’elle se donne le temps d’arriver au bon niveau.

Par Jacques LOBE

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Code EAN : 9782811693893
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