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Très bon
8 juin 2026
Ce livre est constitué d’une vingtaine de chapitres de quelques pages. Et ces histoires du corps sont aussi l’histoire de ce qui y entre et sort. On a ainsi des explications historiques sur l’urine, le caca, les larmes, la sueur, les crachats, les règles, les saignées. On découvre, avec humour, le regard sur ces processus naturels souvent pris entre deux feux que sont la morale et l’hygiène.
D’autres chapitres parlent de l’apparence du corps comme le maquillage, le bronzage, l’acné, les fesses, les tatouages et l’on part alors dans la direction du paraître, de la représentation sociale en fonction de son statut. D’autres thèmes sont relatifs à l’utilisation du corps avec le yoga, le sport, le sexe (médiéval ici) mais aussi la dissection et l’embaumement (des activités plus rares pour la plupart des gens). On trouve finalement des thèmes moins vitaux mais tout aussi sensibles dans nos sociétés comme les gauchers, les roux, les personnes âgées ou encore la calvitie.
Pour finir, le thème mystère probablement pour la plupart d’entre nous : la physiognomonie. Mais qu’est-ce donc ? Ce livre est donc l’occasion d’en apprendre plus sur une croyance pseudo-médicale aujourd’hui disparue. Au XVIIIe siècle, le sieur Lavater a proposé une nouvelle théorie liant directement le caractère au physique. Contre toute attente, son livre a eu beaucoup de succès, malgré de virulentes critiques des intellectuels de son époque. Il a donc, pour un temps, théorisé le délit de sale gueule, les a priori stupides et la stigmatisation des différences par rapport à une soi-disant norme. Une approche aujourd’hui, heureusement, révolue.
Il est aussi question de norme avec le petit chapitre sur les régimes : faut-il se conformer à une discipline de fer pour ressembler le plus possible à ce qui est considéré comme un idéal ? Ou est-ce de toute façon une contrainte utile pour une bonne santé ? Les mentalités changent et l’acceptation des différences est aujourd’hui en pleine évolution. Reste que le régime est encore d’actualité, un peu pour le paraître mais plus pour le bien-être, notamment via une alimentation mieux choisie, plus saine. Parmi les chapitres qui montrent, avec humour, le niveau d’absurdité que l’humain est capable de déployer, on peut noter toutes les pratiques liées à la contraception. À peu près toutes les méthodes imaginables ont été testées à travers les âges. Évidemment, comme dans beaucoup de domaines, c’est le manque de connaissances scientifiques qui est à l’origine de ces dérives farfelues, souvent dangereuses pour les femmes.
Et pour les plus pudiques, pas de panique, même si on parle de pénis, de règles et de fesses, on ne voit quasiment rien, et quand on en voit, c’est tellement symbolique que ça ne peut choquer personne. On ressort de cette lecture en s’étant bien amusé et en ayant appris une foultitude de petites choses sur ce que l’on peut penser comme normal et naturel aujourd’hui, mais qui ne l’a pas forcément été au fil des âges et des civilisations. Dans d’autres cas, on peut mesurer notre manque de progression, voire même quelques régressions. Ayant une vocation historique, ce livre ne montre pas les disparités qui existent aujourd’hui en fonction des pays et des religions, disparités qui sont peut-être bien plus importantes que ce qu’a pu connaître l’Orient ou l’Occident pendant une vingtaine de siècles.
Pour nous guider dans le dédale de ces dizaines de faits historiques, le seul point commun entre les chapitres est un petit personnage masculin qui conclut souvent les chapitres d’une petite anecdote supplémentaire. Comme beaucoup de BDs actuelles à but humoristico-pédagogique, le scénariste Laurent Turcot est représenté physiquement, nous expliquant directement les faits et les rendant plus accessibles. Un procédé efficace et classique popularisé par Le monde sans fin avec J.M. Jancovici et plus récemment dans la même veine La bourse et la vie. Le texte est simple, très vulgarisé sans être trop vulgaire et permet d’apprendre de nombreuses choses sans être rébarbatif. Il n’y a, par exemple, pas de dates, contrairement à la majorité des livres d’histoire : l’action est resituée dans de grandes périodes (l’Antiquité, le Moyen Âge) ou par le numéro du siècle, mais sans plus de précision, permettant de ne pas trop penser à essayer de retenir autre chose que l’anecdote. Et à partir du moment où l’on sait que la renaissance est après l’antiquité, on arrive à suivre tranquillement.
Pour appuyer le propos, une bibliographie assez complète est proposée à la fin du livre. Le dessin d’Héloïse Le Glaunec est lui aussi très lisible, va à l’essentiel, avec une représentation de petits personnages idéalisés mais aux émotions clairement illustrées. Peu de décors, on suit surtout des dialogues entre personnages, leurs
costumes permettant aussi visuellement de se resituer dans le temps assez facilement. Les reliefs sont constitués d’ombres sépia pour donner du corps (forcément) aux personnages. Le format du livre, son côté didactique et le style de dessin en font une œuvre destinée à tous les publics mais qui plaira particulièrement aux plus jeunes.
Par Laurent MENUT
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La drôle d’histoire du corps de Laurent Turcot et Héloïse Le Glaunec, éditions Point Nemo