La Pérégrination vers l’Ouest – Par Ohara Toya, Utagawa Toyohiro et Katsuhika Taito – Ed. 2024

Par Didier PASAMONIK Favori de la rédaction 7 septembre 2024 
Ce n’est pas à proprement parler une bande dessinée. Quoique : on y trouve un héros récurrent et des aventures feuilletonnantes. Va pour « roman graphique », vocable aussi souple que le mot « manga » qui désigne des choses parfois très disparates. C’est surtout une œuvre graphique d’une dimension historique primordiale, tant par sa qualité que par son influence, illustration d’un texte chinois du XVIe siècle dessiné en xylographie par trois artistes japonais de l’époque d’Edo, publié à Osaka entre 1806 et 1837. Son héros principal, le roi-singe, a directement inspiré Dragon Ball. Ça vous parle un peu mieux, les kids ?

Les éditions 2024 nous ont habitués à ces explorations singulières du patrimoine avec notamment la publication remarquée des premières œuvres de bande dessinée du jeune Gustave Doré. Mais alors là, c’est rare. Il s’agit d’une somme de 836 pages avec un appareil de commentaires assuré par les meilleurs experts, à propos d’une œuvre qui a marqué l’histoire de l’art asiatique.

Une œuvre de référence interprétée sur trente ans par trois dessinateurs dont le dernier est un disciple préféré d’Hokusaï. Avec Au bord de l’eau, Les Trois Royaumes et Le Rêve dans le pavillon rouge, il s’agit des premières œuvres de fiction de la littérature chinoise dont la diffusion et l’influence vont bien au-delà de l’empire du milieu. La Pérégrination vers l’Ouest comporte cent « chapitres » attribués à Wu Shengen. L’ouvrage date, selon certains experts, de 1592.

Le personnage principal est un singe mégalo en quête d’immortalité qui défie l’empereur, les dieux et même Bouddha lequel, pour le punir, l’enferme cinq siècles durant dans une montagne. Il est libéré par le moine Tripitaka et est bientôt rejoint par un autre comparse, Porcet.

Son Goku, tel est le nom du signe élu roi par ses pairs, se déplace sur un nuage et, connaissant toutes les techniques de combat, il ne se sépare jamais d’un long bâton ? Cela ne vous rappelle rien ? Mais si : c’est le héros d’Akira Toriyama bien connu : Dragon Ball ; Son Goku est un vocable signifiant littéralement « l’enfant éveillé » et c’est le cas de notre petit héros. Le trio va vivre des aventures trépidantes et affronter les éléments naturels, les rois-démons et les monstres les plus déchaînés.

« … sachez-le, les choses les plus extravagantes contiennent le plus hautes vérités. La logique de l’imagination la plus débridée est celle des vérités les plus profondes. »

Ce qui est marquant, c’est la truculence des personnages, la multiplicité des rebondissements, et l’inventivité incroyable des compositions et du trait. Ces planches sont produites par l’ancien procédé de la gravure sur bois, la xylographie. On est bluffé par la précision du trait, la justesse des attitudes, par la munificence des décors. C’est un chef d’œuvre.

L’oeuvre est certes, d’un certain prix (69€), mais la pagination, le soin de l’édition, la recherche des clichés, le travail des historiens qui l’accompagnent méritent largement cet investissement. D’autant que cette édition, est quasiment inédite car elle part de plusieurs collections d’imprimés originaux, ce qui fait de cette publication une édition princeps unique, tirée à 4000 ex. Comme dirait l’autre : « Moi, j’achète ! »

Par Didier PASAMONIK

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Code EAN : 9782383870791

Traduction de Delphine Mulard & Evelyne Lesigne-Audoly. Sous la direction de Christophe Marquet ; préface de Vincent Durand-Dastès ; postface de Xavier Guilbert.

Éditions 2042 (ex Éditions 2024) ✏️ Ohara Toya ✏️ Utagawa Toyohiro ✏️ Katsuhika Taito Etude sur la BD Japon Osaka
 
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