La carrière de Will Eisner (1917-2005) se résume en quelques dates : 1936, année de la création avec Jerry Iger d’un studio de dessin, Eisner-Iger, où débutèrent quelques-uns des plus grands auteurs de comics de l’âge d’or et d’argent : Bob Kane, Jack Kirby, Mort Meskin, Lou Fine et bien d’autres ; 1940, la création du Spirit, un anti-super-héros qui atteint un sommet narratif et graphique sur lequel travaillèrent des assistants devenus de grandes figures de la BD comme Joe Kubert ou Jules Feiffer ; 1952, moment où il arrête les comics, en désaccord avec la tournure que prend l’industrie, et où il se consacre à la communication par la BD jusqu’à sa retraite ; 1978, début d’une période où il publie, alors qu’il est retraité, A Contract with God (Un Pacte avec Dieu), considéré comme le premier « roman graphique » d’une série qui raconte l’histoire des Juifs du Bronx et où il mène un combat contre l’antisémitisme, tandis que, parallèlement à son travail d’enseignant à la School of Visual Arts de New York (SVA), il publie ses manuels d’apprentisage de la bande dessinée « Comics and Sequential Art » (1985) ainsi que de « Graphic Storytelling & Visual Narrative » (1996) [1]. C’est cet homme-là que l’on va célébrer des deux côtés de l’Atlantique dans une « Will Eisner’s Week » où l’on va mettre et l’homme et l’œuvre en avant.
50 ans d’un Grand Prix
2025 n’est pas une année anodine. Cela fait 50 ans exactement, en janvier 1975, que le Festival International de la BD d’Angoulême alors à peine naissant, lui accorde le 2e Grand Prix de la Ville d’Angoulême pour succéder à Franquin, excusez du peu. Eisner deviendra juré de l’Académie des Grands Prix jusqu’à sa mort, venant à Angoulême tous les deux ans et donnant son « pouvoir » les années d’absence à Jean-Claude Mézières devenu son ami.
Cet anniversaire, c’est le moment qu’ont choisi Benjamin Herzberg, un Français qui a été son dernier assistant-documentaliste sur The Plot (Le Complot) (Chez Grasset) et le média ActuaBD pour lancer en France la première « Semaine Will Eisner » qui se destine à créer une série d’événements autour d’un homme qui, outre son génie, était bon, profond, humaniste et altruiste, bref une image opposée à ce que les Etats-Unis diffusent comme image ces derniers temps.
Deux événements à retenir :
– Le mercredi 5 mars à Paris : L’Hommage à Will Eisner à Paris, au Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme. Une rencontre avec la participation de Benjamin Herzberg, Anne-Hélène Hoog, ancienne conservatrice du MahJ, Didier Pasamonik, spécialiste de BD et directeur de la rédaction d’ActuaBD, et le célèbre dessinateur Joann Sfar.
– Le mercredi 12 mars à Angoulême : Will Eisner et Jules Feiffer, rencontre au sommet. Conférence-rencontre avec Benjamin Herzberg et Didier Pasamonik, avec Jean-Pierre Mercier, historien de la BD, commissaire et ancien conseiller scientifique du Musée de la BD d’Angoulême. Jules Feiffer, décédé il y a quelques jours a été l’assistant de Will Eisner et a contribué à le réhabiliter à la fin des années 1960.
À l’issue de la rencontre, une visite guidée de l’exposition "Trésors des collections", animée par Jean-Pierre Mercier, vous permettra de découvrir des œuvres de Will Eisner et de Jules Feiffer.
Pour ceux qui seraient à New York ces jours-ci, il faut visiter la Galerie Philippe Labaune qui présente en ce moment une expo-vente des œuvres originales de Will Eisner. Cette exposition organisée en collaboration avec la succession Eisner et avec Denis Kitchen présente 79 œuvres originales comprenant deux illustrations de l’armée américaine de 1941, une histoire complète de sept pages de The Spirit (1946), des pages de New York The Big City, et des sélections, de A Contract with God y compris l’intégralité du chapitre The Super.
Pendant cette semaine, certains libraires du groupement Canal BD feront une mise en avant des œuvres principales d’Eisner notamment Fagin le juif (Delcourt), réhabilitation du personnage caricatural d’Oliver Twist, La Trilogie du Bronx (réunissant les titres Un pacte avec Dieu, Jacob le cafard et Dropsie Avenue) chez Delcourt ou encore la nouvelle édition du Complot, l’histoire secrète des Protocoles des Sages de Sion paru aux éditions Grasset.
Et puis, pour se remettre dans l’ambiance, on réécoutera le magnifique podcast de David Unger sur France Culture : Will Eisner – La Vie est un roman graphique
Ou encore, l’entretien que nous avons eus il y a quelques années avec Benjamin Herzberg à propos de Will Eisner sur la chaîne de podcasts d’ActuaBD :
Par Didier PASAMONIK
Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.
– Le Musée d’Art et d’Histoire du judaïsme
Le 5 mars 2025, de 19h à 20h30.
– La Cité de la Bande Dessinée d’Angoulême
Le 12 mars 2025 à 18h00.
– La Galerie Philippe Labaune
Jusqu’au 8 mars 2025
[1] Publiés en frace chez Delcourt.
Participez à la discussion