Très bon
27 décembre 2024
Ne vous y méprenez pas. Malgré le dessin très axé jeunesse et la douceur des couleurs, La Fille aux cheveux turquoise est un ouvrage au ton plus mature que féérique. Le récit varie les moments légers et durs. Même s’il commence par “Il était une fois”, ce conte est davantage une biographie dessinée qu’un récit fantastique. Il est important de bien lire les notes rédigées par Philippe Nihoul (également traducteur de l’œuvre) qui aident à aborder l’oeuvre confortablement.
Voici une histoire qui met en avant Giovannia Ragionieri, fille du jardinier qui travaillait au sein de la villa Il Bel Riposo (le beau repos) dans la région de la Toscane en Italie. Carlo Lorenzini, dit Carlo Collodi, critique et ancien conférencier, y passait chaque été dans la villa de son frère à la campagne. C’est là qu’il fait la connaissance de la petite et solaire Giovannia.
Alors en mal d’inspiration pour ses récits, il voit en la jeune blonde une source d’inspiration. C’est que, il a beau d’être l’auteur, c’est elle qui lui raconte des histoires. Intrigué, entre autres, par les cheveux platine de la fille dans lesquels il voit même des reflets bleuâtres, il décide d’en faire un personnage de son récit mondialement connu, Pinocchio : La Fée bleue.
Une amitié entre l’auteur et sa muse peu connue du grand public qui n’est pas sans faire écho avec celle d’Alice Liddell qui inspira Alice au pays des merveilles à Lewis Caroll. C’est avant tout l’histoire d’une fille du peuple, simple, qui ne cesse d’inspirer les autres.
Les années filent nous rappelant que notre propre temps passe vite et que si les contes sont éternels, nous, humains, ne le sommes pas. Ce récit de vie touchant et poétique avec une petite touche de Fantasy qui nous transporte de la fin du 19e siècle, jusqu’au milieu du 20e dans une histoire aussi douce que tragique. Les références au pantin de bois et à son univers sont subtilement glissées tout au long de ce récit qui ne doit absolument rien à Disney.
Elena Triolo, l’autrice et dessinatrice Toscane, rend ici hommage vibrant à une femme de l’ombre, une fée bien réelle de la vie de tous les jours (littéralement d’ailleurs, une fée du logis) qui, certes dépourvue d’ailes ou de pouvoirs a su conférer une source de magie et de mystère auprès de ceux qu’elle a rencontrée.
Petite, le grand père de l’autrice lui fit découvrir l’histoire de Pinocchio allant même jusqu’à lui dire qu’ils étaient des parents éloignés de Giovanna Ragionieri. Bien des années après, Elena Triolo enquêta, lisant interviews et témoignages à propos de la jeune femme, faisant même un pélérinage à la villa Il Bel Riposo. Un travail inédit et un bel hommage.
Par Rémi BARNAULT
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La fille aux cheveux turquoise est en vente aux éditions Anspach, à 24 €.