Excellent
10 décembre 2024
Imaginez un personnage dont l’objet est de pervertir la jeunesse, chantre du mauvais goût « pipi caca » et de la sexualité la plus débridée. Oui, cela a existé dans Fluide Glacial. Le vieux dégueulasse exhibe on ne sait quoi au premier quidam qui passe, s’amuse avec une poupée gonflable, prend son panard avec un téléphone rose (oui, cela a existé lecteur de la génération Z), et toutes ces sortes de chose.
Ce qui est salvateur avec le génie de l’humour qu’est Gotlib, c’est qu’il ne fait pas l’apologie, jamais, même parodique, de la perversité. Il n’est pas donneur de leçon : après tout, chacun se débrouille avec ses névroses. Mais il s’attaque aux clichés : celui du pervers en manteau long cachant des revues porno dans ses poches pour mieux pervertir l’enfant qui passe. Faisant cela, il rappelle que la perversion est ailleurs que dans ces caricatures : elle est proche de nous, dans les familles, au boulot, plus ordinaire, bien moins visible et bien plus pernicieuse que ce qui est montré dans ces BD.
Reste l’art de Gotlib, celui de rire avec les marges, dans les marges, comme un sale gosse qui a mis sur votre siège du fluide glacial. C’est d’ailleurs le nom de son magazine créé en 1975, dont le vieux déguelsasse est une des créatures. Un genre d’humour bon enfant qui a quasiment disparu, la gravité étant de règle désormais. Heureusement, la vigie Gotlib est encore là pour nous indiquer le chemin.
Par Didier PASAMONIK
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