Erreur d’exécution squelettes/sqtc/inc-head.html

Kiri (Le Suivant) : "C’est une série qui est beaucoup plus ambitieuse"

Par Lyne GEYNET 19 août 2026 
Autrice de webtoon depuis 2021, Kiri s'était fait connaître avec sa comédie romantique Mon vœu le plus sincère. Elle revient aujourd'hui avec Le Suivant, une série de fantasy inspirée par une de ses campagnes de jeu de rôle, publiée aux éditions Glénat, sur leur plateforme Ono. Entre un univers sombre, des personnages hauts en couleur et un humour caractéristique de son travail, Kiri nous raconte les coulisses de ce nouveau projet.

Bonjour Kiri, merci beaucoup d’avoir accepté l’interview. Pour nos lecteurs, nous pouvons commencer par une présentation : qui êtes-vous ? Que faites-vous ?

Bonjour, moi c’est Kiri et je suis autrice de Webtoon officiellement depuis 2021.

Kiri (Le Suivant) : "C'est une série qui est beaucoup plus ambitieuse"

J’ai découvert le format Webtoon avec le premier concours lancé par la plateforme, « Webtoon Never », et je me suis lancée dans l’aventure avec ce média-là, avec ma première série Mon vœu le plus sincère, qui a super bien marché, et qui m’a permis aujourd’hui de pouvoir me lancer dans un projet plus ambitieux que de la comédie : Le Suivant. C’est une œuvre de fantasy qui est éditée aux éditions Glénat et diffusée chez Ono, qui est une plateforme de webtoon française cette fois-ci.

Aussi, j’ai 27 ans et je suis française. Je ne sais pas si ça rentre dans la réponse (rires).

Vous pratiquiez déjà le dessin avant 2021 ?

Oui, oui ! Comme beaucoup d’artistes, j’ai commencé à dessiner quand j’étais toute petite, avec des stylos un peu pourris et tout (rires). Mais je n’ai jamais arrêté parce que, depuis que j’étais toute petite, faire des bandes dessinées, des petites histoires comme ça, c’était le meilleur moyen que j’avais de m’épanouir.

Et en grandissant, il y a Internet qui a pris beaucoup plus de place. Et j’ai découvert, avec Maliki (Souillon), par exemple, qu’on pouvait poster des BD très courtes sur Internet et se faire un lectorat comme ça. Et donc du coup, je faisais pas mal de petites bandes dessinées très très courtes, vraiment en l’espace de quatre cases, pour raconter des trucs qui se sont passés au quotidien.

J’ai fait ça en parallèle de mes études de géographie et aménagement du territoire, donc rien à voir (rires). J’avais aussi un petit boulot, et c’est en 2021, avec Mon vœu le plus sincère et « Webtoon Never », que j’ai pu me lancer professionnellement et en vivre, tout simplement.

Mais je dessinais depuis longtemps, oui.

Pour ce nouveau titre, Le Suivant, comment s’est passé la construction du projet ? Est-ce que Glénat vous a proposé le projet ou est-ce que c’est vous qui êtes venue pour présenter votre idée ?

Alors, au début c’était Glénat mais ils étaient venus pour un autre projet. Ils voulaient me proposer de dessiner un projet qu’ils avaient dans les tiroirs. Et le projet qu’ils m’ont proposé était super intéressant, vraiment, mais le problème que j’avais, c’était que moi, l’histoire du Suivant me pourrissait le cerveau depuis deux-trois ans déjà. Je commençais à devenir folle (rires).

Et du coup, grosso modo, ma réponse a été : « Moi, votre projet me plaît beaucoup, je suis partante. Mais le truc, c’est que j’ai une histoire qui va me prendre peut-être cinq ans à faire avant. Donc si tu veux attendre cinq ans, c’est ok ? » (rires). Donc évidemment, ça s’est terminé sur un refus de ma part sur le premier projet, mais par contre ils étaient intéressés par le projet du Suivant. À partir de là, j’ai envoyé mon dossier, avec note d’intention, résumé, synopsis, le premier épisode terminé et deux épisodes en storyboard.

Et en fait, ça a plu au comité ! Donc après, on s’est lancés.

Comment se passe le travail avec les éditeurs ? Est-ce que déjà avec Webtoon vous étiez suivis par un éditeur ? Car Webtoon se repose beaucoup sur l’auto-édition non ?

Alors, pas exactement, car sur la plateforme Webtoon, il y a deux parties distinctes. Il y a la partie « Canvas », où en effet, là, c’est de l’auto-édition. Vous publiez, vous mettez ce que vous voulez, sans être rémunéré. C’est un peu comme Youtube, vous diffusez ce que vous voulez, les lecteurs lisent, et c’est possible de se faire parfois un petit peu d’argent avec une prime si la série explose, ou si le créateur a un Patreon ou une autre plateforme comme ça.

Mais ça, c’est la partie vraiment « amatrice » dans le sens sans contrat (pas dans le sens en termes de qualité parce qu’il y a des œuvres incroyables sur la partie « Canvas »). L’autre partie de Webtoon, c’est Webtoon « Never ». C’est comme ça qu’ils l’appellent du moins, où là ce sont des auteurs qui travaillent sous contrat avec la plateforme. Et ça a été le cas, du coup, pour Mon vœu le plus sincère, que j’avais commencé sur la partie « Canvas ».

Dans ces moments-là, il y a un éditeur qui bosse avec nous, qui va vérifier que l’histoire ne prend pas un tournant débile ou qui va à l’encontre des valeurs de la plateforme. Par exemple, ils ont corrigé quelques fautes et c’est eux qui vont publier tous les X jours de la semaine la série, qui vont la mettre en ligne. Est-ce qu’ils le font bien ? C’est un autre débat (rires).

Avec Glénat, c’est très similaire, finalement, parce que j’ai mon éditeur qui veille à ce que l’histoire avance bien, à ce qu’il n’y ait pas de non-sens. Mais mon éditeur chez Glénat est beaucoup plus présent. Actuellement, j’envoie chaque storyboard avant de me lancer sur un épisode alors que mon précédent éditeur récupérait l’épisode terminé en me pointant les quelques fautes, mais ça s’arrêtait là. Là, j’ai un vrai suivi éditorial où dès qu’une phrase n’a pas de sens, si elle est déconnectée du personnage, il va me le dire.

Je me sens beaucoup plus accompagnée, ce qui est bien parce que Le Suivant est une série qui est vraiment beaucoup plus ambitieuse, donc seule, je pense que j’aurais pu me perdre sur certains passages, mais surtout il faut être accompagné quand on est auteur.

Je reviens sur la question du storyboard qui est vu et retravaillé avec votre éditeur, mais comment on construit son storyboard pour une lecture qui se fait en défilant à la verticale sur un écran ? Est-ce que vous le travaillez à plat sur des feuilles découpées ou directement sur une longue feuille défilante ?

Au tout tout début, pour mes premiers épisodes de Mon vœu le plus sincère, je faisais d’abord ça, je mettais d’abord sous format papier pour ensuite couper et redécouper parce que je n’avais jamais touché au webtoon de ma vie. C’était hyper nouveau en France, je rappelle que le format a explosé pendant le premier confinement COVID-19. Et j’ai découvert l’existence de la plateforme Webtoon et du concours auquel j’ai participé trois jours avant le lancement. Donc j’ai vraiment improvisé la gestion du truc et pour aller plus vite, j’ai commencé par ce que je maîtrisais à l’époque : le format planche classique que je changeais, modifiais pour en faire un format webtoon.

Maintenant, je fais par bande directement sur ma tablette graphique. D’une part pour ne pas perdre de temps à faire un transfert entre les deux formats, mais aussi et surtout parce que le format en verticalité n’est pas un fardeau !

C’est quelque chose de génial avec lequel on peut jouer pour faire une immersion totale pour le lecteur. On a une gestion de l’espacement entre les cases, et donc, par cet espacement, on gère aussi le rythme de lecture du lecteur. On peut ralentir le rythme en espaçant beaucoup les cases mais ça aère aussi le contenu. Par exemple, on perd la double-page de la bande dessinée mais on peut créer une nouvelle dynamique sur cinq scrolls où on passe d’un décor vu de très loin, puis vu de plus en plus près. Ce genre de dynamique, on ne peut que les retrouver quand on scroll, c’est vraiment très propre au webtoon et c’est absolument génial. Donc je bosse mon storyboard comme ça, directement, sur comment il va être lu. Parce que le média est fait pour ça et il faut jouer avec.

En parlant de jouer, vous jouez beaucoup sur les moments de tension et de comédies, des scènes assez lourdes à des scènes plus légères

Oui, en effet. Mon vœu le plus sincère était une comédie romantique sur 121 épisodes. Avec Le Suivant, je suis passée sur de la fantasy avec des sujets beaucoup plus sérieux, mais pour moi, c’était impossible de me séparer entièrement de l’humour. Ça a même failli être le sous-genre du Suivant, mais finalement, on a mis d’autres mots-clés. Mais, c’est vrai que c’est ce que je préfère écrire personnellement ; les petites doses d’humour qui permettent de souffler après les moments de stress et qui permettent de s’attacher aux personnages aussi.

C’est vrai qu’avec l’humour, à titre personnel, cela m’a permis d’apprécier...Sveig ? L’elfe, le grand méchant ?

Ah ! Swain ! (rires)

Je n’étais pas loin (rires)

C’est trop cool, parce que, je ne vais pas dire que c’est un objectif parce que ce serait mentir, mais si le lecteur aime ou n’aime pas Swain, c’est ok ! Je vais jamais essayer de forcer le lecteur à l’aimer en disant « oui, il agit mal mais il a ses raisons ». Non. C’est une mauvaise personne, il est aigre, sans morale, mais je trouve qu’on a le droit d’aimer un personnage qui est mauvais sans lui trouver d’excuses. Mais c’est vrai que pour Swain, j’ai décidé de mettre un peu d’humour car ça détend l’atmosphère mais aussi ça permet de l’apprécier un peu plus. Mais je n’irai jamais forcer le lecteur à l’aimer !

Il me semble que l’inspiration de votre histoire Le Suivant vient d’un jeu de rôle ?

Oui, tout à fait. En fait, Podrug, le personnage principal, vient d’un jeu de rôle. C’était un des personnages que j’ai joué dans une des meilleures campagnes de JDR auxquelles j’ai participé de ma vie (rires).

Mais un jour, je me suis confrontée au fait que je n’arrivais pas à jouer le personnage parce que je n’avais pas assez travaillé sa backstory. Et donc, j’ai vu avec mon maître du jeu que Podrug était un suivant d’Amos qui essayait de sauver son pays. J’ai fini par créer Swain ensuite, puis l’histoire de libération du pays avec la famille emprisonnée, etc.

J’ai eu une énorme phase obsessionnelle sur le sujet (rires). C’est ce qui a déclenché l’écriture de l’histoire et j’ai fait neuf épisodes test. Ça n’avait pas vocation à être une histoire publiée, il fallait juste que ça sorte. J’ai mis ça sur la partie « Canvas » de Webtoon et ça a été une terrible erreur de ma part car à aucun moment ça n’a diminué mon obsession pour cet univers (rires).

Du coup, j’ai attendu de finir la dernière saison de Mon vœu le plus sincère pour vraiment me consacrer à l’histoire du Suivant, développer un univers avec des termes et des spécificités qui se détachent du jeu de rôle. J’ai fait pas mal de modifications.

Est-ce qu’il y a des influences d’autres œuvres en particulier qui ont aidé au développement de l’univers ?

Inspirer directement, je ne pense pas, mais inconsciemment oui, je dois en avoir plein. Par exemple, parmi les œuvres qui m’ont fait le plus vibrer, je pense à la série Hannibal, [1] dont la relation entre Hannibal Lecter et Will Graham a inspiré celle de Swain et Podrug. Esthétiquement, je pense à la série House of the Dragon.

Est-ce que vous avez déjà eu un retour des lecteurs ?

Pour l’instant, j’ai de la chance parce que je n’ai que des retours positifs ! Comme il n’y a pas d’espace commentaire sur Ono, c’est vrai que je n’ai pas de retour de la part de gens qui n’aiment pas, qui ne font pas partie de ma communauté mais aussi ceux qui ne me disent rien pour ne pas me blesser. C’est vrai que je n’ai accès qu’au positif mais je ne vais pas me plaindre (rires). C’est beaucoup de travail donc avoir du positif me booste énormément.
J’avais peur que les gens comparent Le Suivant et Mon vœu le plus sincère, parce que les deux n’ont rien à voir, mis à part l’humour. Et finalement, ce n’est pas du tout arrivé ! Au contraire, les gens n’arrêtent pas de dire que je me suis améliorée en storytelling et en dessin ! Après, j’ai deux fois plus de temps pour faire les épisodes, donc forcément le dessin est meilleur (rires).

Pour l’instant, c’est très bien accueilli et j’en suis très contente !

Merci beaucoup pour cette interview, Kiri. Est-ce que vous avez un dernier message pour vos lecteurices (et peut-être futures lecteurices) ?

Alors mon mot de la fin ! Les trois premiers épisodes sont disponibles gratuitement et le quatrième peut être débloqué dès maintenant, tout aussi gratuitement ! Donc n’hésitez pas à jeter un coup d’œil si ça vous parle. Dites-vous que si vous rigolez au début, vous rigolerez encore plus plus tard et que si vous trouvez le dessin sympathique au début, vous l’aimerez encore plus tard aussi (rires).

Pour aller lire Le Suivant : Ono

Par Lyne GEYNET

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Acheter


Code EAN :

[1] Série de la chaîne NBC avec Mads Mikkelsen et Hugh Dancy

Glénat ✏️ Kiri Fantasy
 
CONTENUS SPONSORISÉS  
PAR Lyne GEYNET  
A LIRE AUSSI  
Interviews