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Bof
10 août 2026
Au cœur de la cordillère des Andes, au sein du peuple inca, Kayara est la fille d’un Chaski. Ces messagers sont des coureurs agiles et infatigables, dont la haute réputation se répand à travers les contrées aussi rapidement que les courriers qu’ils sont chargés de transmettre. Kayara rêve de devenir Chaski, comme son père, mais un obstacle la bloque : la société patriarcale. Aucune femme n’est acceptée au sein des messagers. Son père, son meilleur ami Paullu… tout le monde lui fait comprendre qu’elle n’a aucune chance. Quelques années plus tard, l’empereur meurt et son fils, qui n’est autre que Paullu, lui succède sur le trône. À ses côtés, Villa Oma, un grand conseiller aussi mesquin que tyrannique, tire les ficelles dans un rôle de Jafar de seconde zone. Sauf que lui n’a pas besoin d’user d’un quelconque pouvoir hypnotique. C’est un personnage particulièrement détestable. Certes, ce n’est pas surprenant pour un antagoniste, mais il se montre tellement irritant dans sa manière de manigancer dans l’ombre. Il parvient à tromper son monde, et longtemps, ce qui nous laisse perplexes, tant ses agissements semblent pourtant gros comme le nez au milieu de la figure.
Une jeune femme dans un monde d’hommes
La première initiative de Paullu en tant qu’empereur est d’organiser une grande course pour déterminer les membres de la nouvelle génération de Chaski. Kayara pense avoir une chance d’y participer grâce à la nouvelle situation de son ami. Il n’en est rien. Paullu a beau être un haut décisionnaire, il n’a pas l’intention de remettre en question les traditions, de casser les codes, ni de faire une exception pour elle. Du moins, ce n’est pas sa priorité. Ne perdant rien de sa détermination, la jeune fille décide malgré tout de tenter sa chance en se faisant passer pour un garçon, à la manière de Mulan infiltrant les rangs de l’armée. Comme dans nombre de films du genre, Kayara est accompagnée d’un petit compagnon à quatre pattes, aussi mignon qu’amusant : un adorable cochon d’Inde.
Le principal mérite de Kayara, princesse inca, est sans doute de mettre en lumière la culture inca dans un film d’animation destiné au jeune public. Le film porte également un message positif autour de l’émancipation des femmes et de la lutte contre les préjugés sexistes.
Le problème, c’est que le film met finalement très peu de figures féminines en avant. Aussi, malgré son discours sur l’émancipation, Kayara doit régulièrement sa réussite à des coups de main providentiels. Qu’il s’agisse de son petit animal, d’autres personnages ou même d’interventions divines, l’héroïne est souvent secourue au moment opportun. Une facilité scénaristique qui, en se répétant, finit par devenir assez redondante et affaiblit quelque peu la portée de son parcours. Dès le début du film, on apprend que la mère de Kayara est morte depuis longtemps. Un ressort scénaristique si classique, mais qui tombe ici complètement à plat, puisqu’il ne sert finalement qu’à apporter une émotion artificielle à une scène. La mère aurait pourtant pu constituer une figure d’inspiration pour l’héroïne et jouer un rôle dans son parcours.
Mais non, sa mort reste anecdotique, comme pour cocher une case de plus afin d’essayer de se rapprocher de nombreux films d’animation à succès. C’est finalement son père, initialement déçu d’avoir une fille, qui lui transmet quelques enseignements sur la vie et la culture iinca. Mais leur relation ne parvient pas à devenir touchante. Le problème, c’est que, quand les personnages ne sont pas caricaturaux, ils sont tout simplement vides. La compétition de course pour devenir Chaski ne se concentre que sur deux personnages : Kayara et un macho de première, pourvu de bien d’autres défauts. Les autres concurrents sont tout bonnement invisibilisés.
Il court, il court, le navet
Par moments, le film donne presque l’impression de buguer, avec des personnages aux réactions étranges, qui interviennent avec un curieux décalage. Par exemple, dans une scène, l’héroïne semble totalement indifférente lorsqu’on lui remet un objet de grande valeur et qu’on lui fait une révélation pourtant particulièrement importante. À plusieurs reprises, on en vient à se demander où sont passées les émotions, tandis que certains dialogues laissent franchement perplexe tant ils sonnent faux. La mort de l’ancien empereur est assez ambiguë, mais surtout, elle est évoqué pendant quelques secondes seulement. Aucun hommage. Paullu monte immédiatement sur le trône, apparaît joyeux, stressé aussi, mais sûrement en raison de sa nouvelle mission. Quand Kayara lui présente ses condoléances, zéro réaction. Peut-être refoulait-il ses émotions, mais ce n’est pas clair du tout.
Ce qui ne passe encore moins inaperçu, ce sont les nombreuses transitions utilisées pour passer d’une scène à l’autre. De rapides fondus au noir, utilisés si fréquemment qu’on finirait presque par les compter. Un procédé peu inventif qui finit par agacer. Ça rappelle un peu les changements de zone dans certains jeux vidéo, mais sans les longs chargements, heureusement.
En outre, il s’agit d’un film d’animation au rythme assez inégal et prévisible, entre autres défauts. Certaines scènes s’étirent inutilement, alors que d’autres périodes sont, à l’inverse, expédiées en quelques instants, voire sautées. Le tout fait brouillon. La fin, assez bâclée, reflète finalement les hésitations d’un film qui ne semble jamais vraiment savoir sur quel ton se placer. La thématique aurait mérité un traitement un peu plus mature et abouti, même pour un film destiné aux enfants. Et ce n’est pas un coup de théâtre bien placé qui va sauver la mise.
Le pompon revient sans doute au titre français. Pour des raisons probablement marketing, le film, initialement intitulé Kayara. La guerrera del imperio Inca (Littéralement Kayara, la guerrière de l’Empire inca), devient en français Kayara, princesse inca. Un choix pour le moins curieux, puisque Kayara n’est absolument pas une princesse dans le film…
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Par Rémi BARNAULT
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