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Ce week-end, le Festival BD de Dieppe battait son plein sur le front de mer de la Cité des Quatre Ports. Il faut dire qu’il y faisait quelque 24 °C, ce qui nous reposait des épisodes de canicule de ces derniers jours, tandis que le soleil était au rendez-vous. Nous y retrouvions la horde habituelle des collectionneurs venus faire dédicacer leurs albums par les quelque 30 auteurs présents, ainsi qu’une pléiade de curieux, Dieppois ou touristes de passage, venus découvrir les bouquinistes et les petits éditeurs qui vivent de la vente directe de leurs productions.
« J’ai pu m’acheter deux Bécassine originaux, le bouquiniste m’a fait un très bon prix », nous confie l’une des visiteuses. « En ces temps où les librairies comme les distributeurs font faillite, nous dit Jean-Michel Ferragatti, l’éditeur de Centaur Chronicles, ce genre de manifestation est essentiel pour rencontrer le public. Nous ne passons plus par les distributeurs. Nous lançons nos ouvrages sur Ulule, puis nous procédons à la vente directe auprès de nos collectionneurs. »
Aux tables de dédicaces, toujours gratuites, nous voyons des classeurs où les auteurs proposent à la vente des « commissions », ces dessins libres destinés aux collectionneurs. Ce sont d’ailleurs ces derniers qui sont au cœur de l’organisation de ce festival, créé il y a 24 ans par Jean-Pierre Surest, imprimeur et éditeur du fameux fanzine Sapristi, histoire de s’occuper pendant sa retraite. Autour de lui, les membres de l’association viennent de tous horizons, pas forcément de Dieppe, et sont tous à pied d’œuvre.
Longtemps — oh bah, pas loin de 40 ans —, le scénariste aux quelque 200 albums Fred Duval a œuvré comme membre du jury des « Bulots d’or », la récompense suprême du festival dieppois. Chargé de travail, il s’est retiré de ce jury — autoproclamé corrompu ! — qui décerne les petites statuettes représentant le célèbre escargot de mer.
C’est donc Jean-Pierre Surest, alias Poséidon, reconnaissable à sa bouée rose, et ses deux assistants qui ont assuré la cérémonie. Voici le palmarès, sans plus attendre :
Bulot d’or de l’affiche : Annabel
Annabel Blusseau, alias Annabel, est l’invitée d’honneur du Festival 2026. Elle possède déjà une carrière considérable de près de vingt ans, depuis son premier album, Willow Place, réalisé en collaboration avec la scénariste Virginie Greiner, aux éditions Clair de Lune. Dans la foulée paraît Magus, sur un scénario de Cyrus et François Debois (Glénat), qui la met véritablement en selle. Elle dessine ensuite une série d’albums consacrés à l’Histoire, un registre dans lequel elle excelle. En 2024, elle retrouve Virginie Greiner pour L’Imprimerie du Diable, une chasse aux sorcières sur fond de lutte intellectuelle pour le pouvoir au cœur du XIVe siècle.
Bulot d’or du scénario : Simona Mogavino
Scénariste émérite, Simona Mogavino a commencé sa carrière dans la restauration d’œuvres du patrimoine avant de se tourner vers la bande dessinée. C’est dans le registre historique qu’elle se fait connaître, notamment avec Aliénor d’Aquitaine en 2012. Elle poursuit ensuite la chronique des Reines de Sang avec Catherine de Médicis, avant d’aborder plus récemment le registre fantastique avec Thellus, chez Glénat.
Bulot d’or du dessin : Philippe Aymond
On connaît la carrière impeccable de Philippe Aymond, d’Apocalypsmania, avec l’excellent Laurent-Frédéric Bollée (Dargaud), à Lady S, dont il assure également le scénario après Jean Van Hamme, ou encore à la reprise de Bruno Brazil, avec Laurent-Frédéric Bollée. C’est l’un des dessinateurs les plus solides de sa génération.
Bulot d’or de la couleur : la dessinatrice italienne Carita Lupattelli (Izunas, scénario de Salverio, Humanoïdes Associés)
Elle est distinguée pour son travail de coloriste sur Les Taureaux de Minos (scénario : Jean-Pierre Pécau ; dessins : Alessia De Vincenzi (Kalopsia).
Bulot d’or du circuit court, dédié à un auteur de la région Normandie : Fred Duval
La cérémonie avait commencé sous le signe de l’émotion en raison du retrait de Fred Duval, pilier du jury depuis des décennies. Trop de travail, trop de problèmes personnels à gérer… « Cela fait 40 ans que l’on se connaît », dit Fred Duval, parlant de Jean-Pierre Surest.
Et, last but not least, Olivier Taduc est élevé au rang de Grand Maître du Bulot d’or 2026.
Il faut dire qu’Olivier Taduc a du répondant : de la saga historique Sark (Glénat), inspirée de la vie de Mandrin, aux Voyages de Takuan, écrits par Serge Le Tendre (Delcourt), en passant par le fameux Chinaman, également avec Serge Le Tendre (Dupuis), ou encore Mon Pépé est un fantôme (Dupuis), sans compter sa contribution à XIII Mystery, Taduc a imposé sa marque dans la lignée des grands dessinateurs réalistes populaires de la BD franco-belge : Giraud, Vance, Hermann, Rossi, Blanc-Dumont…
Sous un petit vent frais, le 24e Festival BD de Dieppe s’achève. L’équipe est déjà en train de fourbir ses armes pour offrir une 25e édition inoubliable.
Par Didier PASAMONIK
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Photos : D. Pasamonik (ActuaBD)
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