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Excellent
2 septembre 2024
Dans un Japon un peu futuriste, mais pas trop, l’intelligence artificielle et les robots sont partout...sauf dans la petite île de Kino, selon les principes mis en place par le père d’Edo, marié à une belle étrangère, Hélène, pianiste de son état. Bien que le temps semble s’être un peu arrêté dans cette île, il continue cependant de s’écouler, usant le couple d’Edo et d’Hélène, d’autant que celle-ci, suite à un accident, ne peut plus travailler depuis un an. Pour sortir de ces impasses, pourquoi ne pas recourir à un androïde (baptisé ici IAH, intelligence artificielle humanisée), un clone d’Hélène, mais en plus jeune, et briser ainsi l’interdit qui pèse dans cette île fermée, de plus en plus, à toute influence étrangère, considérant que le Japon est "depuis trop longtemps...à l’école de l’Occident" (p.53) ? On se doute que cela ne sera pas sans conséquences.
L’intérêt de cette BD ne réside pas seulement dans cette intrigue, aux accents très actuels (l’IA ; la fermeture des frontières) mais aussi éternels (l’amour et son usure), mais dans son traitement. Les auteurs, Baptiste Chaubard au scénario et Thomas Hayman au dessin [1], dont c’est la première BD, font confiance à l’image, comme en témoignent d’entrée de jeu, les 30 premières pages de l’album, muettes, mettant en place notre trio, le couple et sa servante.
La mise en intrigue est très épurée, très construite, faisant une grande place aux lieux et à l’architecture (le père d’Edo exerce cette fonction). L’influence des estampes japonaises est également très visible, à commencer par la très belle couverture. Les mots sont donc plutôt rares, et d’autant plus significatifs. Le nom d’Edo, porté par l’homme du couple, renvoie à l’une des périodes historiques du Japon (1603-1868), marquée par un isolationnisme certain, qui précède l’ouverture lors de l’ère Meiji. L’androïde introduite par Hélène est dénommée Kai, ce qui signifie coquille vide et correspond parfaitement à sa fonction : comprendre les désirs des humains et les satisfaire.
Bien qu’un peu froide et distanciée (c’est un peu la loi du genre), cette BD a tout pour vous envoûter. Les fans d’Ugo Bienvenu et de Lucas Harari, un des auteurs phares des éditions Sarbacane, dont on reparlera bientôt, devraient particulièrement y trouver leur compte. Pour une première, cette BD est une réussite, à l’édition soignée par la présence d’une ample pagination et d’un dos toilé. On aura donc tout intérêt à suivre ces deux nouveaux auteurs lancés par les éditions Sarbacane.
Par Philippe LEBAS
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