Bon
3 septembre 2024
À en croire la préface de Stephen Graham Jones pour ce premier tome, rares sont les Amérindiens à ne pas avoir maudit Christophe Colomb pour avoir ouvert la porte au Nouveau Monde. Perçu en Europe comme le héros qui a découvert les Amériques, les natifs sont loin de voir le Génois de la même façon... Car ses trois caravelles furent source de malheurs, de morts, de viols et de nouvelles maladies jusque-là inconnues outre Atlantique. De là à imaginer qu’il s’agit du point d’origine à l’évolution du continent jusqu’à sa perdition en 2112, il n’y a qu’un pas que l’auteur franchit allègrement.
Dans un décor qui rappelle la vision apocalyptique dans les premiers films de « La Planète des Singes », avec la Statue de la Liberté partiellement ensevelie sous le sable, quatre Amérindiens de tribus différentes, Rein Jaune, Emily, Tad et Sosh, se concertent à l’entrée d’une grotte. Celle-ci aurait la particularité d’envoyer les gens dans le passé. En l’occurrence, grâce à un artefact de cette époque, lors de l’embarquement de Christophe Colomb et son équipage, à bord des trois caravelles.
C’est à Tad qu’incombe alors la mission d’assassiner le grand navigateur dans l’espoir que si aucune invasion de ses terres ne survienne, alors les Amériques seraient sauvées et le futur transformé. Une mission loin d’être aisée pour quiconque s’improvise espion au 15e siècle après des études linguistiques dénuées d’option « nœuds marins » dans son cursus...
Le début d’une aventure sur deux lignes temporelles différentes : Tad au Moyen-âge, le reste de l’équipe en 2112, confronté aux autres survivants et de sombres personnages étrangement familiers aux lecteurs ayant été attentifs dès le début de sa lecture. Défi de concentration grandement aidé par le graphisme de Davide Gianfelice qui, de son trait fin, magnifie le scénario. Les personnages sont minutieusement détaillés, notamment dans leurs expressions de même que les décors et les navires qui en deviennent presque palpables, notamment grâce à la colorisation naturelle de Joana Lafuente.
Presque aucun arrière champ vide, si ce n’est pour augmenter l’importance du protagoniste en vue. Les vicissitudes de la vie se lisent sur chaque visage, se dessinent dans chaque corps malingres, blessés ou vieillissant. La faim, la misère et la crasse sont également bien rendues tant et si bien qu’on jongle d’une époque à l’autre avec intérêt. D’autant que l’auteur ne manque pas d’étoffer les réflexions de ses personnages pour les rendre d’autant plus humains et tiraillés par leurs actions. Tad en premier, notant des faits parfois méconnus de l’histoire, comme tous ces marins qui ne savaient pas nager alors qu’ils passaient la quasi totalité de leur vie sur les eaux, ou encore sa culpabilité quant aux dommages collatéraux...
Un récit qui se dévore et dont le deuxième tome est d’ores et déjà disponible pour tous ceux qui veulent connaître la suite des aventures de nos héros pour sauver la planète de l’autodestruction !
Par Marc VANDERMEER
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Earthdivers T.1. Scénario : Stephen Graham Jones. Dessin : Davide Gianfelice. Editeur : Black River. 184 pages. Sortie : le 11 janvier 2024. Prix : 18,90 euros.
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