Festival d’Angoulême 2026 annulé : 9eArt+ lance les hostilités

Par Didier PASAMONIK 2 décembre 2025 
Un communiqué de presse des avocats de 9eArt+ entérine le fait que l’édition 2026 du Festival International de la BD d’Angoulême n’aura pas lieu. Mais ce ne serait pas la faute de 9eArt+, selon ses avocats : « Cette situation ne résulte en aucun cas d’un choix de la société 9e Art+ dont le FIBD constitue l’unique raison d’être, mais bien d’une décision unilatérale prise sans concertation par les financeurs publics. » Une déclaration quelque peu lunaire.

Car de quoi parle-t-on ? L’enquête de Lucie Servin pour L’Humanité l’a suffisamment expliqué. On parle de « l’affaire Chloé », une affaire de viol actuellement en instruction judiciaire dont aurait été victime une employée de 9e Art+. On parle du renouvellement d’un contrat de dix ans, tacitement reconductible et déjà reconduit une fois, dont tout le monde (auteurs, éditeurs, pouvoirs publics…) demandait la résiliation, ce que l’Association du FIBD a fini par faire sous la pression de l’opinion publique, alertée par une presse unanime — n’oublions pas la presse — interloquée par le manque de transparence et de cohérence de la gestion du FIBD, tant par l’Association que par son prestataire 9e Art+.

Que 9e Art+ dénie qu’il y ait eu une « affaire Chloé » en son sein, qu’elle prétende que sa gestion du Festival est d’une blancheur immaculée, c’est dans son rôle et dans celui de ses avocats. Mais prétendre que tout se passe bien et que ce sont les pouvoirs publics locaux, et eux seuls, qui sont responsables de cette situation, dépasse l’entendement.

Festival d'Angoulême 2026 annulé : 9eArt+ lance les hostilités
Sans les auteurs et les éditeurs, les "bulles" seraient-elles remplies ?

Préparez le chèque…

L’enjeu de la société 9e Art+ est clair : il s’agit de faire porter sur d’autres la responsabilité de l’annulation du FIBD 2026. Voici ce qu’écrivent les avocats : « 9e Art+ entend mettre un terme aux allégations qui lui imputent la décision d’annuler l’édition 2026 du Festival. La responsabilité en incombe aux financeurs publics qui n’ont cessé de s’immiscer dans la gestion, pourtant privée, de cet événement, avec la volonté manifeste d’en évincer l’organisateur historique.  » Ce qui signifie que tous les engagements que 9e Art+ a pris vis-à-vis des éditeurs, des prestataires et de ses employés n’auraient qu’un seul responsable : l’État, dont les représentants ont eu (enfin) le culot de demander de mettre fin au duo 9e Art+/Association du FIBD, qui dirige le Festival depuis près de 20 ans.

Il ne nous appartient pas de trancher la question, mais il est clair que « l’affaire Chloé » et l’enquête de L’Humanité ont été les catalyseurs de la mise en lumière d’une situation envenimée depuis des années, dont les scandales successifs qui ont émaillé l’histoire du Festival sont le symptôme. ActuaBD vous l’a moult fois rapporté.

Le festival va-t-il disparaître ?

Nous l’évoquions dans notre précédent article, la question est « qui va trinquer ? » : « Le point d’achoppement est la position des protagonistes « exclus », le patron de 9e Art+ et la présidente de l’Association, en mode sous-marin ces derniers jours. La problématique est juridique : qui est responsable de ce marasme ? Les financeurs du FIBD, tous plus ou moins engagés par contrat ? Ils peuvent très bien objecter que la situation de 9e Art+ et de l’Association du FIBD, du fait de la perte de confiance vis-à-vis des auteurs et des éditeurs, est incompatible avec une poursuite de leur mission. Va-t-on vers une bataille juridique ?... »

La réponse est oui. Frank Bondoux et 9e Art+ font la démonstration de leur faculté de nuisance. Le FIBD leur appartient par contrat, disent-ils. Certes, on annule 2026, mais on s’accroche à 2027. Messieurs les pouvoirs publics, préparez le chèque : un « Fort Chabrol judiciaire » qui pourrait, selon eux, faire disparaître le Festival et, nous citons la lettre des avocats, «  tout ce qu’il apporte au champ de la bande dessinée depuis plus d’un demi-siècle au rayonnement culturel de la France, de tout un territoire et spécialement d’Angoulême.  » Qu’en termes choisis ces choses-là sont dites.

Angoulême n’est pas morte

Nous n’y croyons pas. Depuis quand un client — a fortiori l’État — dont le prestataire renvoie depuis de nombreux mois une image négative indéniable et dont les agissements sont réprouvés par les principaux acteurs de la profession serait-il responsable de l’impossibilité du prestataire à exécuter sa mission ? Même si — et ActuaBD l’a souvent exprimé dans ses colonnes — il faut reconnaître que Bondoux et 9e Art+ ont considérablement professionnalisé la manifestation, 9e Art+ agit comme si elle en était le propriétaire.

Il est temps que cette confusion cesse. Les menaces clairement formulées par ses avocats ne devraient pas empêcher une ville, ses habitants et ses institutions publiques, comme la Cité de la BD d’Angoulême, d’exister avec d’autres partenaires.

Franck Bondoux communique désormais par l’intermédiaire de ses avocats.
Photos : D. Pasamonik (ActuaBD)

Franchement, organiser un festival de quatre jours, ce n’est pas le bout du monde, d’autant qu’une bonne partie des infrastructures (Musée de la BD, Musée municipal, Vaisseau Moebius…) appartient aux institutions locales et est prêtée au FIBD. D’autres manifestations ont lieu toute l’année (Circuit International des Remparts, Festival du Film Francophone, Musiques Métisses, les Gastronomades et Piano en Valois...) et l’appel d’offres bancal de l’Association du FIBD avait reçu la candidature d’opérateurs professionnels et reconnus prêts à prendre le relais. Quelles que soient les contraintes, la BD à Angoulême perdurera.

Frank Bondoux a accompagné le FIBD pendant quelque 20 ans (la manifestation en a 53…). Qu’il le veuille ou non, l’avenir de l’événement ne lui appartient plus.

LE COMMUNIQUE DE PRESSE DES AVOCATS DE 9eART+

Par Didier PASAMONIK

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Angoulême Festival Marché de la BD : Faits & chiffres Angoulême 2026
 
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21 Messages :
  • Festival d’Angoulême 2026 annulé : 9eArt+ lance les hostilités
    2 décembre 2025 18:02, par Laurent Colonnier

    Bravo Didier, au moins ça c’est clair.

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    • Répondu par Milles Sabords le 3 décembre 2025 à  10:50 :

      Dans le communiqué de presse du cabinet d’avocats de 9eArt+, il n’est jamais mentionné le mot "auteur" et "autrice". C’est dire à quel point ils attachent de l’importance aux forçats de la BD.

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      • Répondu le 3 décembre 2025 à  12:51 :

        « Forcats de la BD » Faut peut-être pas exagérer non plus, c’est pas la Corée ou le Japon ici.

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        • Répondu par Auteur·ice le 3 décembre 2025 à  22:12 :

          Qu’en savez-vous ?

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          • Répondu le 4 décembre 2025 à  08:50 :

            Je sais dans quelles conditions je travaille et jusqu’où je suis prêt à accepter des conditions difficiles. Même si elles sont ingrates, elles sont plus supportables que celles de beaucoup de mes confrères et consœurs japonais, chinois, coréens.. et le marché francophone continue à offrir davantage d’opportunités de travail que celles que connaissent mes amies et amis italiens, espagnols, allemands… quant aux artistes anglais, ils n’ont guère que la possibilité de tenter leur chance aux usa..

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            • Répondu le 4 décembre 2025 à  10:57 :

              Donc, comme c’est pire ailleurs, vous vivez dans le meilleur des mondes.

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              • Répondu le 4 décembre 2025 à  13:36 :

                Non, je ne renonce pas à essayer de travailler dans les meilleures conditions possibles mais je n’emploierai pas le terme de forçat pour qualifier ce travail. De vrais forçats, il en existe.

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                • Répondu le 4 décembre 2025 à  18:07 :

                  Même si le mot est employé comme une image, pour forcer le trait ?
                  Faut pas, faut rester premier degré, les bottes bien plantées dans notre époque, plus de place à la nuance, à la caricature, c’est noir ou blanc mais surtout pas gris ?

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                  • Répondu le 4 décembre 2025 à  20:55 :

                    Ben justement, oui à la nuance, pas à la caricature. Soyons précis sur nos revendications, si l’heure est au combat. Nous sommes précaires, nous n’avons aucune sécurité, aucun droit au chômage, aucune rémunération minimum garantie correspondant à nos heures de travail, seulement des droits à percevoir sur les ventes possibles de nos livres, nous n’avons à notre disposition aucun moyen coercitif de vérifier par la loi que les éditeurs respectent leur part du contrat, à savoir promouvoir correctement nos livres. Par conséquent, ces ventes sont totalement aléatoires, et nous privent d’un revenu garanti en droits, alors qu’un revenu garanti en salaire nous est déjà interdit. En voilà, des motifs de revendication ! Pas la peine de parler de forçats, nous sommes des précaires.

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                    • Répondu le 5 décembre 2025 à  06:58 :

                      De ce que vous décrivez — pas de rémunération du travail —, cela ressemble à de l’esclavage. L’avance n’est pas une rémunération définitivement acquise puisque elle n’est pas un minimum garanti. « Tout travail mérite salaire » et quand un travailleur n’est pas payé, on en le désigne pas comme forçat mais comme esclave. Et un auteur de bestsellers, en fait, c’est un affranchi.

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                      • Répondu le 5 décembre 2025 à  08:41 :

                        Non, il n’y a ni forçats, ni esclaves, ni affranchis, encore une fois employons des mots justes, pas la peine de caricaturer. L’esclavage, le vrai, c’est à dire le travail forcé existe aussi et ailleurs. Personne ne nous force à faire des bandes dessinées. Par contre notre statut et nos conditions de travail sont précaires ça c’est la vérité.

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                      • Répondu par jLF le 8 décembre 2025 à  01:43 :

                        Des esclaves volontaires, donc, puisque ni personne ni rien au monde (ni votre naissance, ni votre ethnie, ni votre couleur de peau) ne vous OBLIGE à devenir un auteur ou une autrice de BD. C’est une vocation, ou un artisanat, si vous préférez les qualifications moins grandiloquentes, avant d’être un métier. Je connais des profs de lettres mille fois plus heureux dans la vie que des aspirants romanciers, pour choisir un exemple un peu hors du domaine. Par ailleurs, l’hyperbole ne vous mènera nulle part. Il y a bien des choses à revoir dans les relations auteurs-éditeurs, c’est certain, mais pour arriver à quelque chose, il faut commencer par grandir, ouvrir les yeux, comprendre et analyser de façon lucide les forces en présence et les questions telles qu’elles se posent. Au lieu de vous enfoncer dans une victimisation complètement stérile, vous feriez mieux de réfléchir à l’importance de la victoire qui vient d’être remportée par les artistes solidaires, des plus débutants aux Grand Prix. C’est, je crois, l’une des premières fois dans l’édition, tous genres confondus, qu’un rapport de force de cette ampleur tourne à l’avantage des auteurs.

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                        • Répondu le 8 décembre 2025 à  07:45 :

                          Je ne suis pas certain que la disparition peut-être définitive d’un Festival soit une victoire pour qui que ce soit… il aurait fallu parvenir à écarter les brebis galeuses sans sacrifier toute la manifestation… sur le reste, vous avez raison, se victimiser ne sert à rien, il faut défendre ses droits et ses acquis sur la base d’un constat juste et non pas en employant des grands mots comme "forçats" ou "esclaves". La vérité reste la même depuis toujours (ou du moins depuis la Renaissance) : hors-succès et hors-mécénat, on ne peut pas vivre bien en faisant l’artiste.

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            • Répondu par Milles Sabords le 4 décembre 2025 à  13:00 :

              « et le marché francophone continue à offrir davantage d’opportunités de travail que celles que connaissent mes amies et amis italiens, espagnols, allemands…  » ça n’est pas sérieux. Beaucoup dans la profession vivent en-dessous du seuil de pauvreté et la surproduction du marché francophone offre de moins en moins de contrats d’édition. Vous voulez que l’on fasse quoi pour que ce soit pire, mendier dans les rues ?

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              • Répondu le 4 décembre 2025 à  15:48 :

                On publie plus de 5000 Bd par an en France et en Belgique. Ça fait 5000 opportunités de publier par an. En Espagne ? Zéro, hors underground. En Allemagne ? Idem. En Italie ? Zéro, hors travailler pour Bonelli. Je ne dis pas que nous vivons dans un rêve loin de là, mais il faut se souvenir que c’est pire ailleurs, y compris chez nos proches voisins et amis ; nous sommes des artistes précaires (pléonasme ?) mais certainement pas des forçats. Les écrivains, les romanciers, les auteurs et autrices pour la jeunesse, la plupart des essayistes et même des journalistes payés à la pige galèrent autant que nous. et je ne parle pas des infirmières, des profs, des livreurs etc.

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                • Répondu le 4 décembre 2025 à  21:01 :

                  Vous avez raison. La vérité c’est qu’il existe (ou qu’il a existé) une exception culturelle française, mais que les acteurs du secteur de l’édition en ont relativement peu profité, contrairement à ceux d’autres secteurs. Il serait temps que les écrivains, écrivaines et artistes-auteurs et autrices obtiennent davantage de droits et de garanties, se voient dédommager de nombreuses injustices (scandale des Agessa par exemple) et servent ainsi d’exemples à suivre pour les secteurs culturels des autres pays qui sont très en retard sur nous comme vous le disiez (Espagne, Italie, Allemagne notamment).

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                • Répondu par Milles Sabords le 5 décembre 2025 à  17:46 :

                  Il n’y a pas 5000 opportunités. Dans ces 5000 publications (les chiffres sont plus proches des 6000-7000 publications/an) il y a les mangas, les comics, les ré-éditions et une part importante du marché saturé par les BD du réels. En fait, les opportunités ne concernent que 44% du marché si on enlève les mangas-comics, pour un peu plus de 2000 professionnels(elles) de la BD. Le gâteau est maigre. Quant à nos chers voisins, beaucoup de dessinateurs (Italiens, Serbes) viennent travailler chez nous, réduisant un peu plus les parts du gâteau.

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  • bien dit. c’est quand même incroyable que ce type soit encore là. Qui peut donc le déloger ? Macron en personne ?

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    • Répondu par Gina Vanilla le 3 décembre 2025 à  18:21 :

      Il va s’accrocher comme un parasite au FIBD ! En réclamant des millions d’euros pour dénonciation de son contrat de gestionnaire !

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      • Répondu le 4 décembre 2025 à  11:00 :

        Juridiquement, il peut gagner !
        Et si c’est le cas, encore un qui, n’étant ni auteur ni artiste, aura gagné beaucoup d’argent grâce à la bande dessinée.

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        • Répondu le 4 décembre 2025 à  13:38 :

          Si vous allez sur ce terrain, il faudrait parler des éditeurs, des diffuseurs, des libraires etc.

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