Car de quoi parle-t-on ? L’enquête de Lucie Servin pour L’Humanité l’a suffisamment expliqué. On parle de « l’affaire Chloé », une affaire de viol actuellement en instruction judiciaire dont aurait été victime une employée de 9e Art+. On parle du renouvellement d’un contrat de dix ans, tacitement reconductible et déjà reconduit une fois, dont tout le monde (auteurs, éditeurs, pouvoirs publics…) demandait la résiliation, ce que l’Association du FIBD a fini par faire sous la pression de l’opinion publique, alertée par une presse unanime — n’oublions pas la presse — interloquée par le manque de transparence et de cohérence de la gestion du FIBD, tant par l’Association que par son prestataire 9e Art+.
Que 9e Art+ dénie qu’il y ait eu une « affaire Chloé » en son sein, qu’elle prétende que sa gestion du Festival est d’une blancheur immaculée, c’est dans son rôle et dans celui de ses avocats. Mais prétendre que tout se passe bien et que ce sont les pouvoirs publics locaux, et eux seuls, qui sont responsables de cette situation, dépasse l’entendement.
Préparez le chèque…
L’enjeu de la société 9e Art+ est clair : il s’agit de faire porter sur d’autres la responsabilité de l’annulation du FIBD 2026. Voici ce qu’écrivent les avocats : « 9e Art+ entend mettre un terme aux allégations qui lui imputent la décision d’annuler l’édition 2026 du Festival. La responsabilité en incombe aux financeurs publics qui n’ont cessé de s’immiscer dans la gestion, pourtant privée, de cet événement, avec la volonté manifeste d’en évincer l’organisateur historique. » Ce qui signifie que tous les engagements que 9e Art+ a pris vis-à-vis des éditeurs, des prestataires et de ses employés n’auraient qu’un seul responsable : l’État, dont les représentants ont eu (enfin) le culot de demander de mettre fin au duo 9e Art+/Association du FIBD, qui dirige le Festival depuis près de 20 ans.
Il ne nous appartient pas de trancher la question, mais il est clair que « l’affaire Chloé » et l’enquête de L’Humanité ont été les catalyseurs de la mise en lumière d’une situation envenimée depuis des années, dont les scandales successifs qui ont émaillé l’histoire du Festival sont le symptôme. ActuaBD vous l’a moult fois rapporté.
Nous l’évoquions dans notre précédent article, la question est « qui va trinquer ? » : « Le point d’achoppement est la position des protagonistes « exclus », le patron de 9e Art+ et la présidente de l’Association, en mode sous-marin ces derniers jours. La problématique est juridique : qui est responsable de ce marasme ? Les financeurs du FIBD, tous plus ou moins engagés par contrat ? Ils peuvent très bien objecter que la situation de 9e Art+ et de l’Association du FIBD, du fait de la perte de confiance vis-à-vis des auteurs et des éditeurs, est incompatible avec une poursuite de leur mission. Va-t-on vers une bataille juridique ?... »
La réponse est oui. Frank Bondoux et 9e Art+ font la démonstration de leur faculté de nuisance. Le FIBD leur appartient par contrat, disent-ils. Certes, on annule 2026, mais on s’accroche à 2027. Messieurs les pouvoirs publics, préparez le chèque : un « Fort Chabrol judiciaire » qui pourrait, selon eux, faire disparaître le Festival et, nous citons la lettre des avocats, « tout ce qu’il apporte au champ de la bande dessinée depuis plus d’un demi-siècle au rayonnement culturel de la France, de tout un territoire et spécialement d’Angoulême. » Qu’en termes choisis ces choses-là sont dites.
Angoulême n’est pas morte
Nous n’y croyons pas. Depuis quand un client — a fortiori l’État — dont le prestataire renvoie depuis de nombreux mois une image négative indéniable et dont les agissements sont réprouvés par les principaux acteurs de la profession serait-il responsable de l’impossibilité du prestataire à exécuter sa mission ? Même si — et ActuaBD l’a souvent exprimé dans ses colonnes — il faut reconnaître que Bondoux et 9e Art+ ont considérablement professionnalisé la manifestation, 9e Art+ agit comme si elle en était le propriétaire.
Il est temps que cette confusion cesse. Les menaces clairement formulées par ses avocats ne devraient pas empêcher une ville, ses habitants et ses institutions publiques, comme la Cité de la BD d’Angoulême, d’exister avec d’autres partenaires.
Franchement, organiser un festival de quatre jours, ce n’est pas le bout du monde, d’autant qu’une bonne partie des infrastructures (Musée de la BD, Musée municipal, Vaisseau Moebius…) appartient aux institutions locales et est prêtée au FIBD. D’autres manifestations ont lieu toute l’année (Circuit International des Remparts, Festival du Film Francophone, Musiques Métisses, les Gastronomades et Piano en Valois...) et l’appel d’offres bancal de l’Association du FIBD avait reçu la candidature d’opérateurs professionnels et reconnus prêts à prendre le relais. Quelles que soient les contraintes, la BD à Angoulême perdurera.
Frank Bondoux a accompagné le FIBD pendant quelque 20 ans (la manifestation en a 53…). Qu’il le veuille ou non, l’avenir de l’événement ne lui appartient plus.
Par Didier PASAMONIK
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