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Pas mal
13 avril 2026
Dans l’immédiat, la gauche s’allie sous le sigle « NUPES » (Nouvelle Union populaire écologique et sociale) pour les législatives. Tel Moïse sur le mont Sinaï annonçant les pires calamités provoquées par le réchauffement climatique, Jean-Luc Mélenchon est décrit en prédicateur et leader incontournable avec ou contre qui se positionner. Lara, qui avait contribué à l’ouvrage collectif Carnet de campagne, mené par Mathieu Sapin, voit dans cette (provisoire) recomposition de la gauche française l’occasion d’en proposer une suite à son éditeur.
En dessinateur embarqué (Assemblée nationale, Fête de l’Huma, universités d’été, congrès des partis), il assiste aux débats et manifestations (notamment contre la réforme des retraites), aux réunions interminables, observe les egos surdimensionnés, les tractations nocturnes et les coups de poignard dans le dos entre alliés de circonstance. On croise dans cette « scène de ménage » (l’auteur l’écrit lui-même) les leaders habituels : Mélenchon en « éléphant dans la pièce », Olivier Faure, Marine Tondelier, Fabien Roussel, Sandrine Rousseau... et même Raphaël Glucksmann, que bien des protagonistes de l’album ont du mal à identifier à la gauche.
Ce qui marche bien, c’est le ton caricatural assumé. Lara est un contributeur régulier du Canard enchaîné depuis 2014 : son trait est vif et expressif. Les visages sont reconnaissables sans être cruels, les situations sont croquées avec humour, les regards en coin et autres sourires crispés, qui trahissent les affinités, soulignent les contradictions d’une gauche qui passe son temps à se réunir pour mieux se déchirer. Bref, c’est un beau merdier, et même si y progresse du pied gauche, on a l’impression qu’il faudra un peu plus que de la chance pour atteindre le bonheur.
Au fil des pages, le livre montre aussi ses limites. Lara reste très centré sur les leaders et les états-majors. On voit beaucoup de têtes, peu de terrain, peu d’idées de fond (mais n’est-ce pas là l’un des problèmes de la gauche, qui peine à réinventer un récit commun ?). La vie politique apparaît comme un jeu de chaises musicales entre personnalités, avec très peu d’analyse sur les enjeux sociologiques, les contradictions programmatiques réelles ou les attentes des électeurs de base. C’est du « people politique » bien observé, mais cela manque parfois de profondeur ou d’une distance critique plus acérée.
Et puis, le temps passe à une vitesse folle, et la vérité d’un jour (ou d’un tour) n’est pas celle d’un autre. Entre la NUPES de 2022, le Nouveau Front populaire de 2024 (après la dissolution), les tensions permanentes autour de Mélenchon, les européennes… Le livre, sorti au moment d’élections municipales qui ont redéfini les rapports de force et les alliances potentielles, donne déjà un peu l’impression d’être daté.
Par Damien BOONE
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