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Derrière le champ : Plongée au creux de l’enfance

Par Colin BESNIER Très bon 2 juillet 2026 
Alors qu'il termine l'école primaire pour entrer dans la cour des grands, le collège, Martin déménage avec son père en pleine campagne. Là-bas, il ne connaît personne et personne ne le connaît : il éprouve donc beaucoup de difficultés à se faire des amis. En rencontrant Capucine, la « voisine bizarre », une amitié se crée entre eux. Une amitié qui leur sert d'échappatoire, jusqu'au moment où celle-ci ne se présente plus comme un choix...

Imaginez-vous un instant retomber en enfance. Les amitiés de circonstance, les repas parfois pesants avec les parents, les fuites dans l’imaginaire, l’envie d’être adulte sans savoir ce que ça signifie... Être adulte, ça signifie faire ce qui est interdit aux enfants, que ce soit fumer ou faire d’autres « conneries » de gamins inconscients. Maxence Kerloc’h, dont c’est le premier roman graphique, propose de retrouver ces sensations parfois inconfortables à travers le regard de Martin et de Capucine.

L’enfance, c’est aussi les silences gênés, tous ces voyages dans l’imaginaire avec ses jouets et ses figurines, les petites bêtises et les gros mensonges... On le voit dans le texte comme dans l’image : Martin, dont le père est au sommet de son monde, cherche partout et tout le temps son regard et son approbation, jusqu’à ce que quelque chose se brise. C’est peut-être le déménagement qui a déclenché cette distance, ou bien le fait que le père soit au chômage, bien qu’il le cache, ou encore le fait qu’il ne parvient pas à se faire d’amis au collège...

La limite, c’est derrière le champ. Mais la limite de quoi, au juste ? C’est la question sous-jacente que se pose Martin quand son père lui donne l’interdiction éponyme. Et que fait un enfant à qui l’on interdit quelque chose si ce n’est désobéir ? Maxence Kerloc’h retranscrit avec une grande justesse cet entre-deux délicat qu’est la pré-adolescence. Le dessin, tout en nuances de gris, dépeint l’ensemble des personnages avec des traits du visage un peu ronds, semblables à ceux d’un poupon.

Derrière le champ est une ode à l’enfance et à la contemplation. Bien qu’ils le désirent, ses personnages ont du mal à dépasser l’enfance, ce qui vaut d’ailleurs aussi pour le père de Martin. Le récit est influencé par la poésie : on y cite notamment Julien Gracq à travers le nom de l’école, ainsi que la philosophie puisque Tristan Garcia écrit la postface, de quoi éclairer peut-être les questionnements du lecteur. La BD annonce, à sa manière, la fin de l’enfance, et donc celle de l’innocence.

Par Colin BESNIER

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Code EAN : 9782203290365

Derrière le champ - Par Maxence Kerloc’h - Éd. Casterman - 22€

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PAR Colin BESNIER  
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