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La France est-elle vraiment le 2e marché du manga au monde ? Non. On vous explique pourquoi.

Par Didier PASAMONIK 3 juillet 2026 
Alors que la Japan Expo se pointe dans quelques jours (du 9 au 12 juillet 2026 au Parc des Expositions Paris Nord Villepinte), fêtant son 25e anniversaire, la question se pose de savoir quelle est la place de la France sur le marché du manga. Longtemps, une formule a été répétée à l'envi : la France serait le « deuxième marché mondial du manga ». Si cette affirmation correspondait à une réalité observée durant les années 2010, les sources japonaises les plus récentes invitent aujourd'hui à la nuancer, surtout si l’on considère l’évolution du marché de la lecture numérique.

Italie ces jours-ci. Visite d’une « fumetteria » (librairie de BD spécialisée en italien). Le propriétaire, Fabricio en est persuadé : l’Italie est le premier marché du manga en Europe. De fait, quand on regarde sa boutique, 80 % de ses rayons sont dédiés au manga et à ses produits dérivés, 19 % aux comics. Il a la fumetteria la plus importante de la ville.

Et la BD italienne, me dites-vous ? Elle est dans un rayon « roman graphique » où l’auteur Zerocalcare domine de la tête et des épaules. Pas une seule BD franco-belge…

La France est-elle vraiment le 2e marché du manga au monde ? Non. On vous explique pourquoi.
Dans le rayon des romans graphiques, les publications de Zerocalcare. On cherche en vain du franco-belge.

Et les publications de la Bonelli alors, traditionnellement le plus important éditeur de BD italien ? Le libraire nous montre les cinq exemplaires du dernier Dylan Dog qui vient de sortir. «  L’équation est simple, nous dit le libraire : le public de Dylan Dog l’achète en kiosque. Je vais vendre ces exemplaires à 5 € pièce. Tandis que l’édition prestige de Berserk à 70 €, je vais en écouler 200 !  » Il n’y a pas photo.

Fabricio, voyant son business, pense que l’Italie est le premier marché du manga en Europe. Ah bon, ce n’est pas la France ?

Rentré à Paris, on s’emploie à vérifier l’info… Il faut que l’on le sache, avant la Japan Expo !

Fabricio est persuadé que l’Italie est le premier marché européen du manga.

Un classement à nuancer

Les organismes japonais, qu’il s’agisse du ministère de l’Économie (METI), du JETRO ou encore des études universitaires consacrées à l’exportation du manga, s’accordent sur un point : la France demeure de très loin le premier marché européen du manga et le plus important marché occidental pour le livre imprimé.

En revanche, ils sont beaucoup plus prudents lorsqu’il s’agit d’établir un classement mondial.
La principale raison est méthodologique. Les marchés nationaux ne se ressemblent plus. Le Japon distingue désormais nettement le manga papier, le manga numérique et, dans certains pays, les webtoons ou les plateformes de lecture numérique, qui relèvent d’économies très différentes.

Sur le papier, la France reste une exception. Avec un chiffre d’affaires d’environ 309 millions d’euros en 2024 [1], elle conserve une position unique en Europe. Par comparaison, l’Allemagne, environ 100M€ [2] et 60 à 65% du marché, l’Italie : 56,7 M€ et 61,8% du marché [3], L’Espagne et le Royaume-Uni, peu sourcés, sont estimés à 50M€ annuels.

De fait, les librairies françaises constituent un réseau de diffusion sans équivalent hors du Japon, soutenu par le prix unique du livre, une forte présence des éditeurs spécialisés et un lectorat fidèle au format tankōbon (le format poche de nos mangas). C’est cette singularité que les professionnels japonais mettent régulièrement en avant lorsqu’ils présentent le marché français.

À l’inverse, les États-Unis ont connu une croissance spectaculaire portée par le numérique, les plateformes de lecture et la diffusion en ligne. Selon les analyses relayées par le JETRO, le marché nord-américain représente désormais environ 560M€ € contre 309 M€ pour la France [4], ce qui le place devant la France en valeur globale. Les sources japonaises parlent ainsi davantage aujourd’hui du « premier marché européen » que du « deuxième marché mondial ».

Le numérique change la donne

Le contraste est encore plus marqué lorsqu’on observe les marchés numériques. Au Japon, près des trois quarts du marché du manga sont désormais réalisés sous forme numérique. En Chine, la lecture sur smartphone constitue un marché colossal de plusieurs centaines de milliards de yuans (100 milliards CNY = env. 12,5 milliards €), même si celui-ci englobe les romans numériques, les webcomics et les œuvres locales.

En Corée du Sud, le webtoon est devenu un secteur industriel à part entière, pesant plus de 2 000 milliards de wons (= 1,25 milliard €).

La France, premier marché du manga en dehors du Japon ?

Dans ce paysage, la France apparaît comme une véritable exception culturelle. Alors que l’Asie et, dans une moindre mesure, l’Amérique du Nord ont largement basculé vers la lecture sur écran, le marché français reste massivement dominé par le livre imprimé. Les ventes numériques de manga y demeurent marginales, même si des plateformes comme Mangas.io, Ono à laquelle s’est jointe Glénat, voire le Coréen Webtoons progressent de jour en jour.

Au fond, les sources japonaises dressent un portrait assez clair : la France n’est plus systématiquement le deuxième marché mondial du manga toutes catégories confondues, mais elle demeure le premier marché européen et, surtout, le plus solide marché occidental du manga papier.
Notre exception culturelle, s’il est nécessaire d’en avoir une, est là.

Par Didier PASAMONIK

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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Photos : D. Pasamonik (ActuaBD)
Article remis à jour le 4/07/2026.

[1] GfK, 2024.

[2] Selon Kai-Steffen Schwarz, responsable manga chez Carlsen cité par Der Rheinische Post, avril 2025.

[3] Association des éditeurs italiens, 2024.

[4] Les chiffres ne sont pas faciles cerner car une partie des éditeurs américains sont contrôlés par les Japonais.

France Marché de la BD : Faits & chiffres Japan Expo 2026
 
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6 Messages :
  • "Pas une seule BD franco-belge", et sur la photo juste en-dessous, le tout premier titre qu’on peu voir, c’est The Grocery de Singelin...
    Ça m’a amusé comme coïncidence malheureuse (même si je comprend ce que vous avez voulu dire).

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    • Répondu par Didier PASAMONIK le 4 juillet à  13:59 :

      Haha, c’est vrai qu’avec son titre anglais et son dessin japonisant.... Comme disent les Belges : "Ca veut réussir, que ça réussit pas !"

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  • Les résultats du manga numérique en France sont faibles, ce qui est une bonne nouvelle pour les Japonais et beaucoup moins pour les éditeurs français : quand les Japonais déploieront leurs plateformes de manga numérique sans passer par les acteurs français (comme les plateformes coréennes), ils ont un argument tout trouvé pour justifier se passer de ces derniers : vous n’avez pas démontré votre capacité à rentabiliser ce marché, nous ne pouvons que faire mieux (ou moins pire) - ce qui aura je le crains des effets très négatifs sur l’écosystème BD en France. En effet, si le marché du manga est amputé par les Japonais, c’est ça en moins pour financer la création française... A bon entendeur...

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  • Je ne suis pas sur pour l’Amérique du Nord (USA + Canada) : la somme pour 2024 (BD/manga) était 1,94 mrd Dollar, incl. 460 mio comic books, alors il restent autour 1,5 mrd pour manga et aussi toutes les autres BD (super héros, strips etc.) en forme de livres (PBs, GNs, version cartonnées...) https://icv2.com/articles/markets/view/60012/comics-graphic-novel-sales-2024

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    • Répondu par Didier PASAMONIK le 4 juillet à  14:06 :

      Vous avez raison Kai-Steffen, c’est difficile de recouper tous les chiffres. j’ai pris la globalité du marché US (Mangas+comics) par erreur. J’ai donc corrigé. Mais deux faits restent vrais : 1/ En papier, les USA restent au-dessus de la France 2/ Si l’on compte du switch vers le numérique, l’Europe est très très très en retard

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  • Pour le classement de chiffre d’affaire par pays on peut encore plus nuancer en disant qu’il y’a beaucoup d’importation en langue anglaise, donc soit ça vient par le biais du Royaume Unis soit ça vient des USA, donc le chiffre USA comprendra dans ses ventes des exportations.

    Il faut savoir que déjà vu que tout le monde parle plus ou moins anglais, la langue commune pour importer un manga non localisé dans sa langue mère sera donc en anglais, vous voulez Appleseed qui n’est plus dispo en France, bah vous l’importerez en anglais. Et vient un gros problème, c’est que beaucoup de petits et moyens pays préfèrent importer car ils n’ont presque rien ou quand ils ont quelque chose c’est tarif x2 par rapport à nous (y’a qu’à prendre Naruto et comparer entre les sites de librairie danoise, française et amazon us). Puis l’importation en anglais permet aussi d’éviter le prix unique du livre donc on peut acheter à -30% -> -66%. Quant aux anglais ils doivent probablement acheter en import US.

    Ca serait intéressant de savoir à quel montant sont les exportations de mangas des US.

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