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Deadbone Erotica (L’Intégrale) Par Vaughn Bodé – Delirium

Par David SPORCQ Très bon 21 mai 2026 
Il y a de grandes chances que le large public n’ait jamais entendu parler de cet artiste issu de la bande dessinée américaine underground. Et pour cause, il est décédé il y a une cinquantaine d’années, en 1975, en pleine jeunesse (33 ans). Le dessinateur aura tout de même eu le temps de laisser par son talent une marque indélébile dans l’univers des comics et au-delà. En effet, de nombreux graffitis tracés à la bombe qui ornent les murs des cités ou des couloirs des métros sont inspirés par son graphisme. Vous avez donc certainement déjà vu l’influence de son style sans le savoir. En France, son empreinte spirituelle s’imprimera dans l’éclosion des publications BD pour adultes au milieu des années 70.

Le volume reprend l’intégralité de ses planches racontant les réflexions, fantasmes et déboires d’un lézard lubrique, pervers et malheureusement pour lui, … asexué. Là, vous vous dites déjà que le thème n’avait rien de banal et était pour le moins inédit. Souvent tournés vers l’absurde, ces gags n’étaient pourtant pas dénués de poésie ou de pensée philosophique ou encore d’analyse comportementale.

Deadbone Erotica (L'Intégrale) Par Vaughn Bodé – Delirium
Les premières planches issues de la première partie de l’intégrale sont en noir et blanc. Le graphisme de l’artiste se met en place.
©Delirium

Il est indispensable de replacer l’ensemble dans son contexte : les planches datent de 1969 à 1975 et étaient publiées dans un magazine masculin « Cavalier ». Très anticonformiste, l’auteur exprimait par son art la volonté de toute une génération de se libérer des carcans imposés par la société bien-pensante.

Le rock (encore considéré comme décadent et coupable de pervertir la belle jeunesse n’avait pas encore été totalement récupéré par le capitalisme) et les magazines BD adultes (Métal Hurlant, Fluide Glacial, L’Écho des Savanes…) allaient naître d’esprits contestataires, créatifs et jouisseurs de la vie.

Remis dans ce mouvement inspiré par un esprit de liberté totale et débridée, on ne s’étonne pas de l’éloge au corps féminin que l’artiste opère au travers de son œuvre peuplée de jolies donzelles charnues, dénudées bien sûr et à l’épaisse chevelure retombante. Le ton est pour le moins grivois. L’antimilitarisme est également prédominant. Rappelons-le, entre 1969 et 1975 (période de publication de ses planches), la guerre du Vietnam sévit et préoccupe la jeunesse américaine au premier plan.

©Delirium

Vaughn Bodé sera approché par Stan Lee qui avait repéré son talent et lui proposera la reprise d’une série de Marvel. Mais l’artiste préférera conserver sa liberté de création en déclinant la proposition. Un acte courageux de résistance ou qui prouve simplement l’authenticité de l’auteur underground pour qui, créer une œuvre personnelle importe plus que toute autre considération (pécuniaire comprise). Et aussi, il était clair que les limites imposées par le comics code étaient, pour lui, totalement impossibles à respecter.

Des auteurs comme Richard Corben et Moebius l’ont connu et ce dernier sera ébloui par l’aura qui émanait de la personnalité aux allures de rock star du créateur de Deadbone.

©Delirium

Cette intégrale est donc un fabuleux voyage temporel qui transpose le lecteur cinquante ans en arrière dans le monde créatif de l’underground américain du comics. Une expérience unique qui peut être déroutante pour un lecteur du XXIème siècle dont les repères culturels et sociologiques sont différents. Elle s’adresse donc à des curieux, des explorateurs aventureux d’univers artistiques éloignés de la routine habituelle, formatée pour plaire au plus grand nombre. C’est aussi augmenter ses connaissances et se rappeler ou comprendre une époque de pionniers de la BD adulte.

©Delirium

Enfin, ce beau recueil a bénéficié d’un énorme travail de restauration orchestré par le fils de l’auteur, Mark Bodé. Grâce à cette édition (la première aussi complète en France), le souffle artistique qui animait Vaughn Bodé et guidait son trait, va toucher une nouvelle génération de lecteurs.

Vaughn Bodé a été intronisé au Hall of Fame des Eisner Awards en 2006.

Le monde du neuvième art n’oublie jamais ses héros.

Par David SPORCQ

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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Code EAN : ‎ 97824934287
Deadbone Erotica Delirium ✏️ Vaughn Bodé à partir de 17 ans Humour Etats-Unis 🏆 Eisner Award
 
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6 Messages :
  • Génial qu’il y ait (enfin) une nouvelle collection Bodé !

    Par contre, je me permets d’ajouter que cet article (complet en dehors de ce point) oublie d’évoquer l’identité trans de Bodé. Plusieurs de ses écrits lui ont permis de s’affirmer comme personne non-binaire (lui même se dit "omnisexuel"), naviguant entre masculinité et féminité. Bref, ses lézards asexués et ses femmes sexualisées sont aussi à lire à travers ce prisme-là.

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  • Deadbone Erotica (L’Intégrale) Par Vaughn Bodé – Delirium
    24 mai 07:26, par Capitaine Kérosène

    Très bonne initiative !
    Il va falloir aussi éditer Junkwaffel et Cheech Wizard. La transposition du langage particulier que Bodé prêtait à ses personnages m’a l’air bien faite.

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    • Répondu par Capitaine Kérosène le 25 mai à  09:23 :

      Oups !
      40 € pour 272 pages au format A4. Voilà qui tempère mon enthousiasme. Eh bien, je vais en rester à mes albums Fantagraphics.
      Encore une preuve, s’il en était besoin, que la BD n’est plus un loisir populaire.

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      • Répondu le 25 mai à  20:13 :

        40 euros, c’est cher, mais 272 pages, c’est beaucoup.

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        • Répondu le 26 mai à  15:36 :

          Oui mais c’est de la BD, donc beaucoup d’image, et ça se lit plus facilement qu’un roman de 272 pages. En plus, le graphisme ne demande pas beaucoup d’efforts de lecture. Donc, c’est cher.

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          • Répondu le 28 mai à  15:46 :

            Le prix d’un livre n’a rien à voir avec le temps de lecture. Un livre d’art, c’est toujours cher, même s’il n’y a que des images à regarder et rien à lire.

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