La Biennale du 9e art de Cherbourg a été créée en 2002 en présentant une des premières expositions majeures sur Bilal. Deux ans plus tard, c’est Schuiten & Peeters qui occupaient les cimaises du musée Thomas Henry, puis André Juillard en 2006, Loustal en 2008, Hugo Pratt en 2009, Moebius en 2011 et Tardi en 2013. En 2017, cap sur la création américaine, avec Winsor McCay suivi de Jack Kirby en 2019 et Will Eisner en 2021. Retour vers l’Europe et la création contemporaine en 2023 avec Nicolas de Crécy. Pour compléter cette prestigieuse lignée, c’est le Flamand Brecht Evens qui vient faire escale sur la pointe du Cotentin.
Pour ceux qui ne le connaîtraient pas, Brecht Evens est né à Hasselt en Belgique en 1986. Il n’a que 23 ans lorsqu’il publie un album issu de son projet de fin d’études à l’Institut supérieur des Beaux-Arts Saint-Luc de Gand : Les Noceurs (Actes Sud BD, 2009). Il reçoit aussitôt le Prix Willy Vandersteen en Flandre, puis le Prix de l’audace du Festival d’Angoulême en 2011. Suivent, pour la plupart chez Actes Sud, Les Amateurs (2011), Panthère (2014), un Louis Vuitton Travel Book sur Paris (2016), Les Rigoles (2018), Prix spécial du jury au Festival d’Angoulême en 2019, Idulfania (2021). Enfin, en 2024 : Le Roi Méduse Vol.1, qui lui vaut le Prix Gribouillis Bandes Dessinées et le Prix Bronze Adhemar en Flandre.
Aujourd’hui, le dessinateur campinois croise vers les 40 ans rugissants avec une sacrée carrière derrière lui et un dessin fluide, qui fait la synthèse entre la bande dessinée et la peinture, une manière où la couleur -tout en encres, en aquarelles, en techniques mixtes et en rythme- flamboie multipliant les résonnances, du fauvisme brabançon au cubisme orphique de Sonia Delaunay. Pour les amateurs de bande dessinée, c’est une claque.
Sa dernière œuvre, Le Roi-Méduse, entre dans la psyché d’une relation père-fils marquée par le complotisme, cette tendance politique à la mode. C’est un prétexte à la couleur où la narration prend des chemins fantasmatiques offrant de nouvelles sensations graphiques et narratives.
Rendez-vous à l’atelier de Michael Woolworth, imprimeur et éditeur d’art américain installé à Paris depuis 1985, spécialiste de l’estampe d’art, notamment de la lithographie. Michael a l’habitude de travailler avec des artistes. Il est grand, costaud et parle d’une voix puissante et passionnée. La gravure, la lithographie, l’impression d’art, il connaît... Il rencontre Brecht Evens à l’occasion d’une commande pour l’exposition que l’artiste fait autour du Travel Book de la Fondation Vuitton. C’est le coup de foudre. Brecht campe littéralement dans l’atelier et expérimente la lithographie, le bois gravé, l’eau forte, la chromolithographie… Son album Le Roi Méduse comporte près de 50 planches en bois gravé, lithographie et eau-forte, un tour de force technique inédit dans le monde de la BD qui permet par ailleurs de produire des multiples de grande qualité.
« Il se fait que tout ici est fait à la main, sans électricité, plaisante Michael Woolworth. C’est à la main, donc chaque tirage n’est pas exactement pareil, mais c’est notre métier de faire un rendu stable. Brecht a compris la chromolithographie et il a l’amour du challenge, c’est là où on est très contents de travailler ensemble. »
« Si on ne peut pas faire une multitude de couleurs avec seulement trois passages de couleurs, cela n’a pas d’intérêt, rebondit Brecht Evens. C’est comme jouer aux échecs, si tu joues telle couleur, cela va faire tel effet. C’est très cérébral… Il y a plein de choses dans la litho qui me plaisent et que je ne trouve pas en peinture. C’est très technique, nerdy, pour les étudiants en art presque. Avec le lavis sur le papier, tu n’as pas le contrôle sur les textures. En litho, si tu veux un à-plat avec une certaine texture, c’est mieux maîtrisé, en particulier les planches à la manière noire. Si je les faisais à l’encre noire dans mon atelier, ce serait très vite ennuyeux. En litho, il y a des textures brumeuses, mélancoliques, variées, pleines de vie que l’on ne peut pas avoir à l’encre de Chine… »
Ce terrain d’expérimentation, nos deux compères s’en amusent, comme lorsque Brecht découvre le procédé du dessin en négatif. « C’est très cocasse, sourit Woolworth, il faut réfléchir à ce que cela va devenir. Comme dans l’audience des méduses… En plus, dans la matrice négative, on a des demi-valeurs, cela donne des choses exceptionnelles. »
L’exposition présentera une rétrospective des dessins de Brecht Evens, de ses lithographies et de ses illustrations originales en rapport avec ses principaux ouvrages, mais surtout en rapport avec la trilogie (car, oui, c’est une trilogie) du Roi Méduse. On ne manquera pas de vous en reparler.
Voir en ligne : LE SITE DE L’EVENEMENT
Par Didier PASAMONIK
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La 12e Biennale du 9e art accueillera l’exposition Brecht Evens. Le repaire de la Méduse, du 21 juin au 16 novembre 2025 au musée Thomas Henry.
Centre culturel Le Quasar - Musée Thomas Henry
Esplanade de la Laïcité
50100 Cherbourg-Octeville
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