Depuis 2002, la Biennale de Cherbourg met en avant le 9e Art. Que ce soit à travers des rétrospectives sur Enki Bilal ou Will Eisner, l’événement a toujours voulu exposer des planches comme des tableaux anciens. Pour sa 12ᵉ édition, la Biennale met en scène l’artiste flamand Brecht Evens, dans une exposition de 350 m², intitulée « Le Repaire de la Méduse ». En référence directe à son livre Le Roi Méduse, premier tome d’une trilogie paru en 2024, l’exposition se concentre sur la pratique de la lithographie et des estampes, très appréciée par l’artiste. C’est grâce à sa collaboration avec le maître-imprimeur Michael Woolworth que Brecht Evens découvre et se passionne pour l’impression lithographique. L’exposition propose d’ailleurs, en son centre, une représentation de l’atelier d’impression de Woolworth, avec l’immense presse utilisée pour réaliser les œuvres.
Evens et Woolworth mènent un travail approfondi sur l’image à travers l’estampe et la lithographie. Dans un style graphique aux influences diverses, Evens va jusqu’à refuser les bulles de dialogue, privilégiant des phrases flottant dans le vide de la page (comme c’est le cas sur les estampes ukiyo-e japonaises). L’artiste explique, durant la visite de l’exposition, que le processus de l’estampe lui a également inspiré son travail de couleurs. Ses premières planches ont assez peu de couleurs, deux ou trois au maximum. Ce parti-pris volontaire — « Je suis devenu bon en couleurs en limitant le nombre de couleurs » — traduit sa volonté de « créer beaucoup avec peu de moyens », les moyens étant ici les couleurs elles-mêmes. Ces restrictions auto-imposées, loin de le restreindre, deviennent un terreau fertile d’exploration esthétique, qui donne des résultats surprenants.
La technique de la lithographie a également eu un impact fort sur Evens, notamment par les contraintes qu’elle a pu imposer. En effet, le processus d’impression demande de penser à l’envers, et Evens a imprimé de nombreuses pages inversées lors de ses premières tentatives. Ainsi, l’atelier regorge d’images imprimées jamais finalisées, témoignant d’un travail fait d’essais, de recherches et de versions multiples. Cependant, d’après Michael Woolworth, ces essais ne sont jamais perdus, car ils sont un témoignage clair de l’apprentissage de l’artiste. Ces originaux servent de leçon, y compris pour les planches réussies. En effet, les lithographies aux couleurs subtiles se retrouvent souvent aplaties lors du passage au livre imprimé en quadrichromie. Les originaux des lithos, eux, sont une preuve des nuances qui apparaissent parfois par hasard, lors du processus de séchage de l’encre, par exemple.
L’exposition sur Brecht Evens propose ainsi une rétrospective de certaines de ses plus grandes œuvres en bande dessinée, explorant le processus créatif et artisanal qu’il continue de développer à ce jour pour produire des fresques toujours plus colorées et extravagantes. Une exposition à ne pas manquer, disponible au musée Thomas-Henry de Cherbourg jusqu’au 16 novembre.
Notons également quelques autres expositions notables qui ont lieu au même endroit.
Le premier étage du musée propose ainsi une exposition Travel Book de la marque Louis Vuitton, qui revient sur des livres de voyage dessinés par des artistes comme le Britannique Blaise Drummond, le Berlinois ATAK, ou encore le duo d’artistes Icinori. Chacun de ces artistes a été mandaté par la maison de luxe pour documenter, en 120 illustrations, un pays étranger, ensuite publié en recueils. Certaines de ces œuvres, qui ont été faites en lithographie par Michael Woolworth, montrent ainsi les visions de ces artistes qui ont traversé le monde pour exprimer leurs talents.
Mentionnons également l’exposition tenue à l’artothèque de Cherbourg sur l’artiste belge Aurélie William Levaux, en partenariat avec la galerie Huberty&Breyne. Intitulée « Jusqu’ici, tout va bien », cette courte exposition d’une seule pièce présente le travail de cette artiste à l’humour mordant et au regard intelligent sur notre société. Sur ses œuvres dessinées sur tissu, Aurélie William Levaux évoque par moments les cases de Claire Brétecher, à travers ses bulles à l’écriture cursive ou ses dialogues crus.
Enfin, la Bibliothèque Jacques-Prévert propose, à partir du 20 septembre, une mini-exposition sur le livre Ma Famille imaginaire, par l’autrice-illustratrice Edith Chambon. Plus proche d’une exposition de BD traditionnelle, la bibliothèque expose quelques planches originales du livre, réalisées au feutre. Le livre, autobiographique, traite de la découverte par l’autrice d’un acte d’inceste dans sa famille. Une découverte qui va la mener dans un terrier de lapin difficile à explorer.
N’oublions pas que le week-end du 20 septembre 2025 seraa marqué par les Journées du Patrimoine, ce qui s’accompagnera de nombreuses activités culturelles au sein des expositions. Démonstrations de lithographie en live, interventions d’auteurs, tout se passera sur ces deux jours. Notez bien la date !
Voir en ligne : Le site officiel de la Biennale du 9ème art
Par Akira OIKAWA
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