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Braquage et anecdotes... - Par Thierry Chavant & Karibou - Ed. Delcourt, Coll. Pataquès

Par Laurent MENUT Pas mal 9 juillet 2026 
Une banque est braquée, la police est sur place, il y a des otages et Marlène Taffin, négociatrice arrive. Il est 7h38 et une longue journée de tensions commence. Mais dès les premiers échanges, on comprend que le polar strict et rigoureux laisse place à la satire et à l’absurde. La police n’a pas inventé le fil à couper l’eau tiède, la négociatrice n’avait pas réalisé que son mari travaillait dans cette banque, les journalistes télé font un concours de bêtise avec les politiques. Mais, surtout, toute cette bêtise se retrouve dans l’intolérance et le racisme les plus primaires, ceux que l’on subit malheureusement tous les jours, qui sont de plus en plus décomplexés, comme les pseudo-journalistes télé ou personnalités politiques sans aucune limite qui font désormais partie de notre quotidien. Un faux polar pour faire rire et pour alerter, une démonstration par l’absurde mais qui reste assez simple, qui aurait pu aller bien plus loin.

La police est en place, les braqueurs aussi ainsi que les otages, la négociatrice arrive. Le premier dialogue avec la police montre que la police ne sait rien et que cela ne change pas grand-chose pour la négociatrice qui, probablement, n’est pas capable de beaucoup plus. Elle retrouve le chef de la police en charge de l’affaire. Après un échange d’anecdote sans intérêt, elle négocie le fait de pouvoir être la négociatrice, son mari étant otage, créant un soi-disant conflit d’intérêt. Suit l’appel classique aux braqueurs, mais ces derniers ne répondent pas au téléphone. La cellule de police enquete et conclut que le groupe est connu et s’appelle le « gang des Bédoulens », originaire de Roquefort la Bédoule. Mais de Bédoulens à Bédouins, il n y a qu’un pas, les raccourcis vont bon train, l’inculture crasse accélère le mouvement et la conclusion nauséabonde arrive rapidement : ce sont probablement des terroristes islamistes. À partir de ce moment, chaque parole échangée, entre les braqueurs et la police, entre le reporter sur place et la chaine de télé, entre l’animateur télé et le politique, tout va ramener à une paranoïa stupide, intolérante et raciste. Un des points d’orgue est quand la police demande au braqueur posté en voiture à l’extérieur de circuler mais sans l’interpeller : sa cagoule est pour le braquage mais n’est pas un niqab, donc c’est bon, il peut repartir.

Braquage et anecdotes... - Par Thierry Chavant & Karibou - Ed. Delcourt, Coll. Pataquès
« Braquage et anecdotes... » par Thierry Chavant et Karibou, éditions Delcourt, collection Pataquès

Une fois les premières pages passées, le concept compris, le second voire troisième degré correctement assimilé, on suit laborieusement la suite de ce braquage, le comique de répétition prenant malheureusement alors toute la place. Tous les clichés racistes y passent, jusqu’au dromadaire puisque les braqueurs ont demandé un véhicule pour partir. Et c’est là que le bât blesse, la satire perd de son impact lorsqu’elle devient systématique, lourde, sans respiration entre deux tirs.

Au fur et à mesure, et pour faire monter la pression, les dialogues s’enflamment, les prises de bec sont à chaque page et le running gag sur Damas devient laborieux. Mais le livre garde quoi qu’il arrive son intérêt : continuer à parler de notre quotidien avec ces journalistes et politiques bien présents aujourd’hui et qui sont vraiment dangereux. Toute mise en lumière de leurs paroles et actes intolérants, agressifs et dégradants, reste la meilleure chose à faire.

« Braquage et anecdotes... » par Thierry Chavant et Karibou, éditions Delcourt, collection Pataquès

Le dessin de Thierry Chavant est réaliste mais reste assez simple. On reconnaît bien les personnalités qu’il représente comme Pascal Praud ou Bruno Retailleau, l’extrême droite décomplexée à l’agressivité bien plus affutée que l’intelligence. Toute la progression du récit étant dans les dialogues absurdes, on lit assez rapidement, toute l’attention étant sur les personnages principaux de chaque case, les personnages de second plan étant souvent des silhouettes, les décors à peine esquissés. Le procédé de recopie des vignettes à la Fabcaro ou de plans quasi fixes pendant un dialogue est de temps en temps employé, plus un effet de mode que de style. Le livre est monochromatique, avec quelques variations entre le bleu, le sépia, le violet, le vert.

« Braquage et anecdotes... » par Thierry Chavant et Karibou, éditions Delcourt, collection Pataquès

Le scénario de Karibou est assez linéaire et on suit le braquage dans toutes ses phases classiques. Tout le charme de l’histoire est dans les dialogues, l’obsession des personnages de la fachosphère à forcément tout ramener à l’immigration et à la religion. Le racisme et l’intolérance sont omniprésents dans ce livre, avec le risque que tout ce second degré ne soit pris au premier selon les lecteurs. Heureusement (mais aussi malheureusement), il y a peu de chance que cet ouvrage soit lu par la communauté qu’il décrit et encore moins présenté à l’antenne pour le conseiller.

Par Laurent MENUT

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Code EAN : 9782413091776
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