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Béril est un jeune garçon qui vit seul, avec son père, dans une maison éloignée de tout. Éleveur de chèvres et fromager, ce dernier souhaiterait le voir reprendre l’activité familiale lorsque, l’âge venu, il n’aura plus la force d’honorer ses tournées de livraison. Mais Béril s’intéresse peu à la petite entreprise, son seul souhait étant de partager ses journées entre Coltaire, son ami lièvre, et Mireille, la chèvre qui lui tient lieu de babysitter. Car Béril a le pouvoir de parler aux animaux, ce qui s’avère utile lorsqu’on grandit au milieu des champs, sans âme humaine avec qui échanger.
Mais ses amis à quatre pattes vieillissent bien plus vite que lui, métaphore délicate du temps qui passe. Touchante, la relation qu’il entretient avec Anour, la coccinelle, (dont la vie s’écoule bien plus vite que la sienne) illustre ce glissement progressif de l’enfance vers la maturité. Cette coccinelle, autrefois complice de jeux, s’efface doucement pour fonder sa propre famille. Tout comme Coltaire à qui une hase fait de l’œil. Alors que ses camarades rejoignent un à un le monde des adultes, Béril refuse l’inéluctable. Pourtant, il va devoir quitter le monde de l’enfance, des jeux et de l’insouciance bien plus vite qu’il ne le pensait.
Béril en bataille est ainsi l’histoire d’un choix difficile : suivre la voie toute tracée par son père ou créer son propre chemin. La relation père-fils, fil rouge de l’album, évolue avec les années, faite d’incompréhensions, de silences, mais aussi d’un amour pudique. C’est donc une fable sensible sur l’art de grandir sans renoncer à ses rêves que nous offre la jeune autrice belge Adèle Maury.
En filigrane, elle tisse aussi le portrait d’un monde rural à l’abandon, où le voisinage est vieillissant, isolé et les perspectives d’avenir moindres. L’école n’est pas à l’ordre du jour, comme le dit le père de Béril, « c’est pas dans les livres que tu vas apprendre à traire une chèvre ». La survie de l’entreprise familiale, seul garant d’un maigre salaire, passe avant tout.
Graphiquement, l’album séduit par une palette de couleurs douces et automnales et un jeu d’ombres subtil. L’utilisation de l’aquarelle apporte une poésie certaine à cette histoire à la lisière entre le conte, la fable et la science-fiction.
Par Julie LECLERC
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Béril en bataille - Par Adèle Maury - Sarbacane