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Comment est né Alouette ?
Alouette est tout d’abord né dans les fanzines. J’ai fait des histoires courtes dans lesquelles j’ai « appris à connaître le personnage ». Puis par la suite, j’ai eu un contact avec l’éditeur chez Glénat et j’ai été engagé sur un premier album, au dessin seulement. Après, il m’a proposé de faire un autre projet et j’ai repensé à mon personnage que j’avais créé plus tôt dans les fanzines et j’en ai fait une histoire plus longue.
Il y avait cette scène d’ouverture avec une caisse qui ressemble un peu à un cercueil et qui s’échoue sur une île. Il en sort alors comme dans une naissance. J’avais cette scène-là et je l’ai reliée au personnage que j’avais créé précédemment et je j’ai réécrit son histoire.
Vous avez commencé en publiant dans des fanzines, ça reste probant, cela ?
En sortant de la scolarité, tu dois un peu partir de rien. Il faut vraiment trouver sa voie et je voulais commencer par des histoires courtes. C’est pour ça que j’ai fait des fanzines.
À quelle époque se situe Alouette exactement ?
Vous voyez les tableaux de Brueghel ? Je situe l’histoire un peu à cette époque, vers le 16e siècle, après le moyen-âge. Entre la Renaissance et l’époque moderne. Après, ça ne m’intéresse pas de faire quelque chose de purement historique dans les décors et tout. Mais dans l’idée, c’est bien dans un univers du 16e.
Et avez-vous pioché dans des faits historiques, notamment cette histoire avec le sombre traitement des enfants ?
Les enfants qui sont dans la rue, seuls au moyen-âge, enfin plutôt au 16e siècle, c’est un peu des stéréotypes. Ce sont des personnages que j’aime bien et j’arrive à m’y identifier facilement. Je ne sais pas trop pour quelle raison. Je craque à chaque fois pour ce genre de personnages, comme dans Rémi sans famille par exemple.
Après, je me suis renseigné un peu sur la façon dont était gérée la prison à l’époque, les personnes à la rue ou encore l,a pauvreté. Mais finalement, je me suis un peu éloigné de ça et le résultat n’est pas non plus très réaliste. Des grandes prisons pleines d’enfants il y en a eu, mais ça n’a pas tellement été une grande généralité.
Le prénom de la protagoniste, Alouette, est peu commun. Pouvez-vous nous expliquer ce choix ?
Moi, j’adore les oiseaux. Mais pourquoi Alouette ? Je ne sais pas. Je trouve que du fait que c’est un oiseau, c’est un prénom assez léger. Ça correspondait bien à cette légèreté que j’avais envie de donner au personnage. Le nom joue beaucoup dans la perception des lecteurs.
Cette bande dessinée ne semble pas explicitement adressée à la jeunesse, en dépit d’un style graphique qui pourrait de prime abord laisser penser le contraire. Pour quel public l’avez-vous conçue ?
Je la destine plus à un public adolescent ou adulte. Il y a des choses assez sombres. Les dessins peuvent effectivement faire penser à de la BD jeunesse.
C’est pas vraiment contrôlé, disons que mon style évolue dans ce sens là. Je suis influencé par plein de choses. Notamment les mangas de Miyazaki, comme Nausicaä de la Vallée du Vent. Par rapport à ses autres œuvres, ça a un côté très mignon mais en même temps ultra violent. Après,je n’ai pas poussé jusqu’à cet extrême-là.
Vous avez parlé de Miyazaki, est-ce qu’il y a d’autres artistes qui vous ont influencé ?
Miyazaki est surtout connu pour l’animation, comme Le Voyage de Chihiro. Mais j’ai aussi été influencé par ses bandes dessinées. Elles ont eu moins de succès mais elles ont existé. Il a quand même fait 1400 pages. Par exemple Nausicaä de la Vallée du Vent qui a ensuite été adapté en film.
Mais je suis aussi influencé par Gus Bofa, qui est un illustrateur de la première moitié du 20e siècle qui avec son dessin très souple a influencé beaucoup de dessinateurs.
Sinon, je suis fort influencé par Georges Beuville, qui est aussi un illustrateur français qui est arrivé un peu plus tard que Bofa. Il faisait un dessin à la plume très lâché et vivant.
Pour les couleurs, j’aime beaucoup les estampes japonaises. Et évidemment, le peintre belge Bruegel. Pour l’ambiance de mon album, son influence a été très importante. Il peignait plein de paysans au 16e siècle et aussi beaucoup de monstres.
Dans Alouette, il y a également des références au mythe d’Oedipe.
C’est votre première BD en tant qu’auteur complet. C’était un souhait depuis longtemps ?
J’ai suivi une formation “bande dessinée, narration” à l’école supérieure des arts Saint-Luc. On y apprend toutes les étapes de la construction d’une BD. Ça me faisait rêver à l’époque d’être auteur complet, entre guillemets. C’était vraiment mon but. Après, c’est un métier où il faut parfois y aller par étapes.
Comment en êtes-vous arrivé à Glénat ?
Alors ça, c’est intéressant. J’étais à une rencontre entre auteurs et éditeurs à Bruxelles au Centre belge de la bande dessinée. Ils y organisent chaque année des rencontres. J’y ai donc été un peu faire mon marché. J’ai été voir un peu tous les éditeurs et ils m’ont fait leurs remarques, m’ont dit “ça ça va pas”, “ça c’est bien”, ou “Il nous faudrait un projet”. Mais je n’avais pas de projet à l’époque. Et donc finalement, je me suis retrouvé à rencontrer deux auteurs qui étaient présents. Un des deux était Pieter De Poortere, créateur de Dickie, une série très chouette, très rigolote. Et ces deux auteurs ont vu mon portfolio et ont aimé. Ils m’ont donné le contact de Nicolas Forsans, l’éditeur chez Glénat. Et c’est comme ça que j’ai pu travailler sur le projet Ursina.
Comment avez-vous évolué entre Ursina le premier projet auquel vous avez participé et Alouette ?
Quand j’ai commencé Ursina, j’avais déjà fait le dossier de présentation d’Alouette. Je le gardais sous le coude mais je n’osais pas le présenter. Pour Ursina, qui était donc le spin-off d’une série intitulée Méto, je n’ai fait que le dessin et l’encrage. Le storyboard - le découpage, disons - était fait par le scénariste Yves Grevet et la couleur par Christian Lerolle.
C’est très différent de faire un projet entièrement soi-même ou de faire juste le dessin ou la couleur. Mais c’est en faisant ce premier projet que l’éditeur, Nicolas Forsans, a pu me faire confiance. Il m’a demandé si j’avais autre chose sous la main, alors j’ai proposé Alouette. Mais aussi, participer d’abord à Ursina m’a permis de prendre confiance en moi et de me dire que, peut-être, j’avais la légitimité moi aussi de raconter mes propres histoires. Quand je sortais de l’école, à l’époque, je n’avais pas assez confiance en moi.
Combien de temps vous a pris la création complète d’Alouette ?
J’estime, même si je n’ai pas fait de compte rigoureux, que j’ai mis plus ou moins deux ans et demi à la faire cette bande dessinée. Il y a 190 planches et la première étape du scénario était assez longue. Et puis le storyboard, les retours, puis l’encrage, etc. tout ça a pris quand même deux ans et demi au final.
C’est un récit émouvant, dur par moments, qui met à jour des injustices subies mais aussi des réflexions, des remords. Y-a-t-il un ou des messages que vous souhaitez faire passer à travers cet album ?
Oui, c’est intense comme récit. En revanche, il n’y a pas tellement de message. En tant que lecteur, c’est mon avis personnel, je n’aime pas trop quand on me délivre un message ou une morale. Mais pour être plus large, je fais quand même un projet qui est plutôt humaniste. Mais il n’y a pas vraiment de message, les gens font ce qu’ils veulent de ça.
L’œuvre nous offre un final plutôt ouvert, une suite est-elle prévue ?
J’ai vraiment beaucoup investi dans le personnage d’Alouette. Donc ça a vraiment été quelque chose de me dire que j’allais le quitter. À un moment donné, j’ai pensé garder les personnages, car on s’y attache et on a envie de les voir évoluer encore. Je me demandais : « Après cette histoire, qu’est-ce qu’ils vont devenir ? » Mais je pense qu’ils ont fait leur temps et que maintenant, je dois les laisser reposer. C’est fini quoi, donc pas de suite.
Planchez-vous sur de nouveaux projets ?
Alors, oui, j’ai des projets sur le feu, mais je ne peux pas trop en dire pour le moment. Il y a un projet où je serai à nouveau au dessin uniquement et un autre où je vais continuer en tant qu’auteur.
Par Rémi BARNAULT
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En médaillon : Andréa Delcorte. Photo : Rémi Barnault.