Après l’excellente série Stravaganza, la reine au casque de fer, Akihito Tomi s’attaque à l’univers des contes en réinterprétant à sa façon l’histoire de La petite sirène du danois Hans Christian Andersen. Exit Ariel, Polochon, Sébastien et Ursula, les gentils (ou pas) personnages de la version Disney du conte sortie sur grand écran en 1989 : venez rencontrer Jo la rebelle, son amie Ryu et l’humain transformé en sirène Yuki.
Le premier tome de la série se concentre sur la mise en place des décors aquatiques, magnifiquement dessinés sur plus de 30 pages, la description de la société des ondins et surtout la présentation de l’héroïne Jo, sirène rebelle, solitaire mais charismatique et prête à tout pour son amie Ryu, plus douce et naïve.
Celle-ci est tombée amoureuse d’un humain, Yuki, pour lequel elle est emprisonnée. Car oui, comme dans le conte d’origine et la plupart des adaptations qui en ont été tirées, le contact entre humains et ondins est interdit. Or, Ryu a enfreint la loi en voulant se rapprocher de Yuki. Capturée par la police des mers qui surveille étroitement les interactions avec la surface, elle dépérit en prison et demande à Jo de l’aider à revoir Yuki en lui procurant une pilule qui l’aidera à devenir humaine. Mais rien ne va se passer comme prévu et Jo, à l’origine hostile aux humains à cause de leur esprit de conquête, va découvrir qu’il existe des individus bien pires dans son monde dans les tomes 2 et 3 où les enjeux politiques et sociaux sont posés.
Clairement dominé par la forte personnalité de Jo, le trio qu’elle forme avec Yuki et Ryu est au cœur d’une partie de l’intrigue de cette trilogie qui ne se contente pas de rebattre les poncifs de la romance, bien au contraire. Au fil des tomes 2 et 3, Akihito Tomi fait en effet jouer tout son talent de conteur pour dénoncer le rejet de l’autre, les dangers des sociétés autarciques et la lutte pour le pouvoir et ses conséquences.
La relation forte qui unit les trois héros n’est jamais vraiment définie, laissant la liberté au lectorat d’y placer les émotions qu’il souhaite et permettant à l’auteur de développer ses axes de réflexion sociétale sans être trop limité. Le mangaka crée ainsi deux figures d’antagonistes intéressantes, même si un peu caricaturales : Maya, mi-homme mi-sirène misogyne et toxique, et le machiavélique Erigéron. Par leur perversité, ces deux figures viennent relever les enjeux de l’intrigue et mettre en valeur encore davantage le personnage de Jo qui leur tient tête avec intelligence.
Le format en trois tomes ne permet malheureusement pas au mangaka d’exploiter jusqu’au bout toutes les possibilités de sa création. Certains enjeux sont survolés et quelques scènes vite expédiées par manque de place et de temps mais toutes les réponses nous sont apportées et on ne reste pas sur une sensation d’inachevé, même si la conclusion douce amère proposée pourra sembler insuffisante à un lectorat avide de happy end.
Seul regret : devoir quitter l’attachante Jo aussi rapidement et dire adieu aux planches finement ciselées d’Akihito Tomi... jusqu’à sa prochaine série.
Par Gaëlle BEDIS
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