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Jeune scientifique à l’avenir brillant au sortir de la Seconde Guerre mondiale, les talents d’Andreï Sakharov sont vite repérés par le Kremlin qui voit en lui une chance inespérée de développer l’arsenal nucléaire du bloc de l’Est. Horrifié, comme beaucoup, par les conséquences des deux bombardements au Japon, Sakharov accepte à reculons de rejoindre le groupe de scientifiques qui s’attelle à la création de la bombe atomique russe. Envoyé sur une base secrète et isolé des siens pendant plusieurs années, Sakharov travaille d’arrache-pied tout en se confrontant à un malaise qui assaille peu à peu son esprit.
Pour lui, construire une bombe nucléaire lui pose un dilemme éthique. Dès 1953, il réussit, avec son équipe, le premier essai de bombe nucléaire concluant. Si le physicien se réjouit de sa prouesse scientifique, l’homme constate les morts, maladies et pollutions causées par ces explosions inutiles. Alors qu’il suppose que cet équilibre nucléaire avec les USA devrait marquer la fin des tests et autres expérimentations, le refus des Américains de cesser les essais relance la course à l’armement. Malgré ses refus et les alertes qu’il lance aux hauts gradés concernant les dangers et impacts de ces tests, Andreï Sakharov se voit confier la mission qu’il craignait tant, construire la Tsar Bomba, la plus grosse bombe à hydrogène jamais créée.
Comme le dit si bien l’expression, « L’Histoire est écrite par les vainqueurs » ; si le nom d’Oppenheimer est dans toutes les mémoires, notamment grâce au film de Christopher Nolan, les prouesses scientifiques du bloc soviétique sont encore peu reconnues.
Loin d’être une biographie purement factuelle de la vie d’Andreï Sakharov, ce documentaire romancé se concentre avant tout sur deux éléments clés et paradoxaux de la vie du héros : son implication majeure dans la création des armes nucléaires et son militantisme acharné à faire cesser les essais dans ce domaine.
Dès les premières pages, on ressent la menace sourde que fait planer l’État bolchevique sur ses dissidents. Arrestations arbitraires, déplacements forcés, disparitions énigmatiques... Alexeï évolue dans un contexte politique qui ne lui laisse guère le choix : il travaillera sur la bombe nucléaire, qu’importe ses goûts et volontés. Plus l’histoire avance, plus les conséquences des essais nucléaires font surface, Alexeï ne peut désormais que s’enfoncer dans ses paradoxes et ruminations anxieuses.
Fabien Grolleau et Cyril Elophe ont d’ailleurs matérialisé ces angoisses sous la forme de trois cauchemars qui marquent le récit, offrant un aperçu plus complexe des émotions contradictoires qui déchirent le personnage et le poussent à la dissidence. C’est un bel album de 160 pages, dans une ligne claire moderne, qui sort de l’ombre l’histoire de ce physicien, prix Nobel de la Paix malgré ses inventions létales, lanceur d’alerte écologique et fervent militant antinucléaire avant l’heure.
Par Julie LECLERC
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Tsar Bomba : les paradoxes d’Andreï Sakharov - Par Fabien Grolleau & Cyril Elophe - Ed. Glénat