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Bon
11 mai 2026
Ancien co-fondateur et président du Festival Lyon BD, Mathieu Diez s’installe au Liban en 2021 comme attaché pour le livre et le débat d’idées à l’Institut français. Il y restera quatre ans. Il y était déjà passé en 2019 mais, depuis, la situation du pays a considérablement dépéri : très concrètement, une crise économique rend aléatoire l’approvisionnement électrique, et il y a une pénurie d’essence. Les tensions montent. Le livre commence par un nécessaire (et un peu aride) rappel historique. Le Liban, « pays de la guerre des autres », accumule les ingérences régionales, les fractures confessionnelles et les crises. L’explosion du port de Beyrouth en 2020 symbolise les malheurs d’une population qui paie le laisser-aller de ses dirigeants.
Une fois le contexte posé, le récit s’envole et devient plus vivant. On suit alors les pérégrinations quotidiennes de la famille Diez : l’apprentissage de l’arabe par les enfants, les premiers verres d’arak, les embouteillages chaotiques, et surtout l’organisation du festival Beyrouth BD, au milieu des décombres de l’explosion du port, constituent un acte de foi culturel dans un pays exsangue.
Avec Jibé, il en ressort un épais carnet de bord de 245 pages, qui est à la fois un récit autobiographique, une chronique familiale, et un reportage géopolitique. Le basculement intervient avec les conséquences du 7 octobre 2023. L’atmosphère change brutalement : frappes, évacuations, sirènes, et la peur qui s’installe lorsque le sud de la ville est bombardé. Le tout est traité avec distance et pédagogie, sans parti-pris. Le trait vif et dynamique de Jibé rend l’ensemble fluide et accessible. Les variations de couleurs accompagnent les émotions : tons chauds pour le quotidien et l’humanité des rencontres, atmosphère plus tendue quand l’Histoire rattrape les personnages.
Par Damien BOONE
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