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Bon
3 août 2026
Une bande de bras cassés dans la France médiévale
Le pitch tient en une poignée de personnages hauts en couleur, réunis presque malgré eux. Gaillardine, sorcière indépendante en conflit avec la loi, s’associe à Yvain, chevalier errant qui se fait passer pour un ménestrel, un déguisement qu’il manie visiblement mieux au poignard qu’au luth. Sur leur route : le commandeur Albéric de Mortemer, moine-soldat incorruptible venu mettre de l’ordre, et Ida Trencavel, jeune veuve prête à tout pour préserver son indépendance. Tout ce petit monde converge, bon gré mal gré, vers un ennemi commun : Raban de Thuringe, un guerrier colossal retourné à l’état sauvage, réputé capable de trancher un cheval en deux d’un seul coup d’épée.
Le point commun de cette troupe improvisée ? Personne n’est vraiment qui il prétend être. Chacun traîne un passé, un secret, une raison inavouée d’être là, et l’album prend un plaisir évident à faire cohabiter ces individualités avant qu’elles n’apprennent, peut-être, à se faire confiance. Un carnet en fin d’album révèle d’ailleurs que le projet est né chez Chauvel, déjà auteur des Murailles invisibles, d’un constat presque documentaire sur une réalité historique qui a nourri la trame du récit.
Une fantasy qui refuse la solennité
C’est là que l’album trouve sa vraie personnalité : plutôt que la grande fresque héroïque, il assume un mélange de genres, un peu western, un peu buddy movie [1], le tout planté dans une France médiévale volontairement sale et décalée. L’énergie est très visuelle, généreuse, parfois même bruyante : créatures énormes, combats qui dégénèrent, humour grinçant et personnages loin d’être irréprochables composent un cocktail qui doit davantage à une partie de jeu de rôle qui aurait mal tourné qu’à l’épopée bien rangée.
Le trait de Léa German colle à cette ambition : une expressivité qui tranche volontairement avec la noirceur attendue du décor, quitte à ce que la lisibilité de certaines planches en pâtisse par endroits. C’est un parti pris qui ne fera sans doute pas l’unanimité, mais qui donne à l’ensemble un supplément d’âme et une identité graphique reconnaissable.
Pour finir, Sorciers et Bourbiers a tout du lancement de série réussi : un univers original qui assume son mélange des genres, des personnages bien campés et une réelle envie de raconter. L’album referme son premier tome sur une impression enthousiasmante qui donne envie de suivre cette troupe improvisée dans ses prochaines péripéties, étant entendu qu’il s’agit d’une fantasy irrévérencieuse, pensée pour un lectorat plutôt adulte ou grands adolescents avertis, à qui les mondes chaotiques et l’humour noir ne font pas peur.
Par Quentin GUILLIER
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[1] Lorsque l’intrigue tourne autour de deux personnages ou plus contraints de faire équipe