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Le numéro 31 (juillet-septembre) est paru, avec cette couverture de Reiser qui jadis avait fait la Une de Charlie Hebdo. « On n’a plus goût à rien.… » nous dit un couple de clébards fatigués, écho au célèbre éditorial du Monde en Mai 68 : « La France s’ennuie… » On sait ce qu’il en a résulté...
La question de ce numéro ? « Que reste-t-il de l’esprit Charlie ? » Une question en principe rhétorique, souligne Vincent Bernière dans son éditorial, mais pas ici. Les lignes ont réellement bougé : « …depuis les attentats du 7 janvier 2015 dits « de Charlie hebdo », l’histoire de la bande dessinée et du dessin de presse, ces deux moyens d’expression différents mais ayant de nombreuses racines communes, n’a plus jamais été la même. » Bernard Joubert, en fin connaisseur de cette presse satirique, revient dans ce numéro. Au passage, Bernière défend le titre tel qu’il est aujourd’hui : « …penser que Charlie hebdo n’a plus de pertinence, à l’heure où l’extrême droite a envahi les médias, c’est un peu fort de café. Quand Hara Kiri a démarré, on avait de Gaulle au pouvoir, et dans deux ans, ça sera peut-être Bardella… » Il rappelle que le titre avait toujours été partagé « entre des anarchistes purs et durs et les gauchistes par tentation ». Il constate que le Charlie de Riss est bien mieux que celui de Val, que la ligne éditoriale est davantage conforme à celle de Cavanna qui se fixait comme mots d’ordre « … la liste des idéaux, ce qu’il faut défendre (le rationalisme, l’écologie…) et combattre (les religions, le militarisme, le racisme, le sexisme)… » avec comme armes un humour « bête et méchant », iconoclaste, ne respectant aucun tabou.
Au sommaire des Cahiers ? Des plumes de qualité, des vieux de la vieille (Yves Frémion, Numa Sadoul, Bernard Joubert) et d’autres plus jeunes comme Fleur Hopkins-Loféron, Marius Jouanny, Rodolphe Massé ou Dick Tomasovic, entre autres ; des rubriques bien pensées comme les « Cahier chronique » Cahier iconique » « Cahier érotique », « Cahier satirique », « Cahier historique », « Cahier muséographique », « Cahier Critique » et « Les Bonnes Feuilles des Cahiers ».
Mais surtout, des angles journalistiques pas bêtes : outre le dossier sur Charlie Hebdo, de l’actu (Durieux et ses covers pour Métal, Junji Ito invité de la Japan Expo, une preview d’une prochaine éditions de Jack Palmer, le lancement du label Charivari par Pauline Mermet, les 20 ans de L’Employé du moi, les pages du nouvel album de Cosey à paraître à la rentrée, des pages de Copi etc.), une rencontre avec le scénariste Alain Ayroles, un rappel de l’importance de la Valentina de Guido Crepax et sur les tentatives malheureuses de publication en France, un article sur l’exposition consacrée aux voitures de Tintin au Musée Schlump, une histoire de la collection Gags de poche dirigée chez Dupuis par Maurice Rosy, « la première Pléiade du neuvième art », des chroniques d’ « albums qu’il faut lire absolument », notamment sur l’adaptation en BD de La Longue Route de Bernard Moitessier par Younn Locard, Joël Grange et Stéphane Melchior chez Gallimard, un mut pour tous les amoureux de la mer.
On est bluffés par une telle diversité et une telle intelligence de propos. Découvrez les Cahiers de la BD cet été, cela ne fera que mieux vous faire aimer la BD, cette art de vivre au plaisir insondable.
Par Didier PASAMONIK
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