Très bon
8 août 2024
A l’âge de huit ans, la petite Caroline tape le mot « sexe » sur un moteur de recherche. S’ensuit le visionnage imprévu d’un film pornographique, une expérience dont elle gardera un mauvais souvenir… Pour cause, ces images sont généralement violentes voire dégradantes pour certaines actrices ou acteurs. Encore plus lorsque l’on est très jeune. Quelques années plus tard, elle raconte ce moment dans une bande dessinée publiée sur son compte Instagram. Une éditrice lui propose alors de consacrer un livre à ce qui constitue un vrai problème générationnel : l’accès prématuré au « porno » à travers Internet, dont sont victimes de trop nombreux enfants et adolescents.
D’après les données de la dernière l’enquête de l’Arcom datant de 2022, 51 % des garçons de 12-13 ans regardent des sites pornographiques chaque mois, et 21 % des garçons de 10-11 ans. La fréquentation est bien moindre pour les jeunes filles. Au regard de ces chiffres, l’on peut s’interroger si ces jeunes ados exposés à ces images prennent ou non pour argent comptant ce qu’ils visionnent. Ce phénomène ne concerne pour autant pas que la jeunesse. Elle est d’époque : aujourd’hui, 25 % de toutes les requêtes des moteurs de recherches sont peu ou prou en relation avec la pornographie.
Comme un tel fléau est générationnel et universel, il est nécessaire de consacrer un ouvrage qui peut aider les plus jeunes à faire la part des choses entre fiction et réalité dans le domaine de la sexualité. C’est justement ce qu’a entrepris Caroline Nasica. À sa grande surprise, quand elle demande à ses abonnés s’ils ont vécu une expérience comparable, Caroline reçoit des centaines de réponses d’ex-ados traumatisés, eux aussi, par une exposition précoce à la pornographie. Si l’âge moyen de la première exposition est, selon les statistiques, d’environ 11 ans, il ne va pas sans dire que cette dernière est généralement subie. Dans un monde hypersexualisé où le fruit défendu est à portée de main par un simple clic, il n’est pas rare d’en trouver sur des bannières publicitaires ou d’être redirigé vers ces pages lorsque l’on surfe sur des sites plutôt illégaux tels que ceux consacrés aux scans de mangas.
Consentement oblige
De la nécessité de consentement souvent absent dans les vidéos –les acteurs pornographiques l’effectuent hors caméra au moyen de la signature d’un contrat, car il s’agit d’un vrai métier– à l’addiction au « porno », du revenge porn – diffusion de vidéos ou images pornographiques à son insu - aux mauvais traitements infligés aux femmes, des mensonges à la désillusion, Carlone Nasica passe en revue les multiples ravages provoqués dans les têtes et dans les corps par une industrie prédatrice. Impuissance, reproduction des même pratiques, inculcation d’une représentation des corps prédéfinie et normée en fonction des codes de cette industrie... sont les principaux éléments qui mènent indubitablement à évincer l’amour au profit d’une prétendue performance et d’un plaisir purement sexuel et mécanique.
Nourri de nombreux témoignages en bande dessinée accompagnés d’une trame narrative et de textes élaborés par Elvire Duvelle-Charles, essayiste co-autrice, avec Sarah Constantin, de la série documentaire Clit Revolution, Pop-Porn constitue un soutien précieux pour toutes celles et tous ceux qui s’interrogent sur leur rapport à la pornographie, ces films -il semble utile de le rappeler- ne racontant pas la vraie vie et donnant une fausse image du sexe.
Paré de vertus pédagogiques remarquables (conseils, recommandations, avertissements), l’album s’adresse tant aux adolescents et aux jeunes adultes qu’aux parents qui se demandent comment parler du « porno » en mettant en garde des potentiels problèmes de troubles liés à leur visionnage, sans compter la présence banalisée du racisme et d’autres discriminations.
Soutenu par Open, L’Observatoire de la parentalité et de l’éducation numérique, Pop-Porn inaugure un nouveau format de la collection Mâtin ! après La Jungle, Harcèlement scolaire, tu peux t’en défaire.
Si du chemin reste à faire pour réguler cette industrie, une première victoire a été obtenue en juillet 2020 : après plusieurs années de combat, la modification l’article 227-24 du Code Pénal imputant aux sites pornographiques la responsabilité de mieux vérifier l’âge de leurs utilisateurs a été actée. Un juste combat.
Par Jessy LEMESLE
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