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Futuropolis : une rentrée-anniversaire

Par Didier PASAMONIK 8 août 2024 
Le label Futuropolis fête cette année ses 50 ans. C’est l’occasion pour la filiale de Gallimard de rééditer depuis le début de l’année les perles de son catalogue et d’offrir quelques nouveautés de choix en cette fin d’année. Au menu, Joseph Conrad adapté par Maël, l’Amérique du Sud, la cause écologique, Albert Einstein, la lutte sociale, un Roméo et Juliette irlandais, un Prix Raymond Leblanc, Gaza, Action Directe, une catastrophe naturelle, Le Lion de Joseph Kessel, une fresque est-allemande, une suite à Rebétiko, l’odyssée cartographique de Ptolémée, ce sacré Baudelaire, une expérience rupestre dans une grotte champignonnière et puis… Gipi !

En 1974, un petit libraire parisien affublé du titre d’une bande dessinée de Pellos et de René Thévenin datant de 1937, parue dans la magnifique revue Junior des frères Offenstadt : Futuropolis, ce libraire donc se lance dans l’édition. Aux manettes, la dessinatrice Florence Cestac et le graphiste Etienne Robial. S’ensuit un catalogue composé de classiques (Calvo en 30x40, La Bête est morte, la collection Copyright reprenant les grands classiques américains comme Popeye ou X9) et de jeunes pousses - une sorte d’avant-garde - appelés à un grand avenir : Tardi, Moebius, Bazooka, Jean-Claude Denis, Edmond Baudoin…

Trente ans plus tard, après un rapprochement avec Gallimard qui produisit quelques belles œuvres mais sans grande audace éditoriale, le label est relancé par Mourad Boudjellal (oui le Boudjellal de Soleil et du RCT de Toulon…) Il se distingue rapidement du paysage et l’éditeur Sébastien Gnaedig débauché chez Dupuis, apporte avec lui une nouvelle génération : Nicolas de Crécy, David B. , Blutch, Yslaire, Rabaté, Davodeau, et d’autres. On sort de l’album formaté à la Dupuis pour faire des vrais objets-livres, novateurs, singuliers. Arrivent dans la foulée Gibrat, Lepage, Christian Lax, Baru, Igort, Gipi, Joe Sacco, David Prudhomme, Luz, Zelba… Un catalogue unique.

Manifestes pour le temps présent

La rentrée Futuropolis 2024 est, comme souvent, éminemment politique. Elle propose des « livres à penser », à penser le monde, pour le changer ; à penser la vie, pour la changer, sans que l’on sache quel changement précèdera l’autre…

La vie a changé pour Gipi qui, en 2021, a publié sur Instagram, un gag qui tournait en dérision le slogan féministe selon lequel il faut toujours croire en la parole des femmes. Derrière, il a essuyé un shitstorm de grande ampleur qui a bousculé la vie de ce dessinateur et réalisateur italien, marqué à gauche, jusque-là adulé des médias et des foules, couvert de prix, de l’Italie jusqu’à Angoulême. De cette histoire, il sort Stacy, une fiction qui raconte les émotions que traverse un personnage confronté à cette expérience. « J’ai commencé à aller mieux quand j’ai compris que ce démon [le double-démon qui le représente dans la fiction. NDLR.] est né avec le désir de plaire, la reconnaissance par le succès et les compromissions hypocrites…  » C’est en librairie dès le 21 août.

La vie a changé aussi pour les Gazaouis le 7 octobre 2023 lorsque des hommes armés du Hamas, soutenus par le régime iranien, ont massacré en Israël 1400 femmes, enfants, vieillards… et pris 240 autres personnes en otages, israéliennes comme étrangères, parce que juives. Israël a répondu par une guerre à l’encontre de Gaza qui a fait plusieurs dizaines de milliers de victimes, notamment civiles. Joe Sacco, auteur de Palestine (créé avant que Gaza soit restituée à la Palestine puis contrôlée par le Hamas), ne pouvait rester inerte. Il prolonge donc son livre par le pamphlet Guerre à Gaza, qui bien évidemment sert la cause palestinienne qui l’a fait connaître. L’ouvrage fera son entrée en librairie le 11 septembre. Il sera intéressant de le confronter à un autre ouvrage qui sort en même temps chez Delcourt : Au cœur du 7 octobre, publié par un collectif d’auteurs israéliens mené par Uri Fink et qui recueille les témoignages des victimes de cette journée terrible, événement sur lequel Joe Sacco ne s’appesantit pas. On vous en reparle.

Au-delà de ce manifeste d’indignation fait dans l’urgence succède néanmoins un autre ouvrage de Joe Sacco, à propos d’une autre cause, une BD de reportage comme il sait les faire, plus articulée, cette fois-ci sur les violents affrontements entre musulmans et hindous dans les trois régions de l’Uttar Pradesh en Inde. Cela s’appelle The One and Future Riot (confrontations d’hier et de demain) et cela paraîtra en novembre.

Terminons sur une note d’espoir avec cet autre sujet qui occupe en permanence l’actualité : le réchauffement climatique et la perte d’une biodiversité face à une situation politique internationale erratique. Avec Sertão, Sébastien Carcelle et Laurent Houssin s’intéressent à la situation du Brésil au moment où Jaïr Bolsonaro est en passe d’être élu. Une enquête ethnographique sur les traces d’une agroécologie qui nous aidera peut-être à conjurer la fatalité. C’est pour août 2024.

Que faire quand l’espoir se montre cruel ? « Fuir ! Là-bas fuir ! » suggère Mallarmé. Chez les romanciers du passé, rien n’est mauvais dans leur beauté : en redécouvrant Nostromo de Joseph Conrad qui nous ramène à notre misérable condition humaine (août) ou Le Lion de Joseph Kessel, illustré par Anne Defréville, ce roman vif et simple nous rappelle que l’amitié absout les différences y compris entre les espèces (Octobre).

On peut aussi se référer aux luttes passées, comme cette Belle de Mai de Mathilde Ramadier & Elodie Durand qui racontent le combat de ces manufacturières qui, pour la première fois en France, entreprirent à Marseille en 1887, de faire grève. Elles ont fait bouger le monde. (Septembre). Il y a aussi Camarade Coucou d’Anke Feuchtenberger (pour octobre) qui parcourt 50 ans de communisme en Allemagne de l’Est.

Le recours aux sages

C’est ce que fait le physicien et philosophe des sciences Étienne Klein associé avec Laurent-Frédéric Bollée qui font revenir Albert Einstein himself sous le crayon de l’élégant Christian Durieux. En le faisant revenir à notre époque, les auteurs nous mettent en lumière son héritage, tant scientifique, qu’humain, jusqu’ici indépassé.

Allons chercher la sagesse plus loin encore, si vous le voulez, au IIe siècle après J.-C. Chez Ptolémée, l’un des premiers cartographes de l’histoire, qui envisage le monde habité dans sa globalité. Son Grand Œuvre, Géographia, nous a simplement fait comprendre que le monde est un champ aussi vaste et infini à explorer que la connaissance.

Ardent sanglot qui roule d’âge en âge…

L’art, un «  divin opium », enseigné par Baudelaire, est évoqué dans le second tome (sur trois) de l’adaptation du roman de Jean Teulé, Crénom Baudelaire ! de Dominique & Tino Gelli qui nous décrivent un génie des mots mais un bonhomme insupportable, absout par la beauté de ses vers.

Cet art fait de pigments que la tribu recomposée des Rupestres : Edmond Baudoin, Chloé Cruchaudet, Etienne Davodeau, Emmanuel Guibert, David Prudhomme, Pascal Rabaté, et Troubs, redevenus des hommes et des femmes des cavernes, appliquent sur les parois d’une grotte champignonnière sous l’œil de l’archéologue Marc Azéma et du photographe Rémi Flament des Traces rupestres, un collectif éblouissant.

L’art encore, mais musical cette fois, qui donne avec Rébétissa l’occasion à David Prudhomme de donner une suite à Rebetiko. Échapper, par la musique, à la lourde et insupportable grisaille de la dictature. Une éditon à l’italienne paraîtra avant la version définitive qui sortira en 2025.

Ces nouveautés, dont nous ne vous donnons qu’un aperçu, sont accompagnées de la réédition des grands classiques du catalogue. Nous y reviendrons !

Par Didier PASAMONIK

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Futuropolis Marseille Toulon Marché de la BD : Faits & chiffres
 
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16 Messages :
  • Futuropolis : une rentrée-anniversaire
    8 août 2024 19:06, par Michel Dartay

    Il est amusant de noter que la reprise de Futuropolis ( la BD de Pellos) fut éditée par Glénat !

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  • Futuropolis : une rentrée-anniversaire
    9 août 2024 12:12, par Sergio Salma

    Je vous trouve un tantinet injuste dans l’intro quant aux "livres formatés à la Dupuis". Si nous sommes 30 ans après la création de Futuropolis càd 2004, Aire Libre existe depuis 15 ou 16 ans et notre cher éditeur de Marcinelle a fait le job, même si pas le premier sur le créneau des BD dites adultes.

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    • Répondu par Jean-Pierre Abels le 9 août 2024 à  13:08 :

      et la plus grande progression de Futuropolis n’est-elle pas concomitante avec le transfert de Claude Gendrot (venant de Aire Libre) en 2004 ? Il amène avec lui Gibrat, Lax, Mael et d’autres qu’il avait auparavant édités chez Dupuis

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      • Répondu le 9 août 2024 à  20:15 :

        Une grande partie des auteurs Aire Libre de l’époque ont effectivement suivi Gendrot chez Futuropolis, en quittant un label reconnu et sécurisant sans vraiment savoir ce que donnerait cette nouvelle aventure, ce qui tend à prouver que les relations humaines restent fondamentales dans un cadre éditorial

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        • Répondu par Milles Sabords le 29 août 2024 à  09:59 :

          Sans oublier que Sébastien Gnaedig est également un transfuge de Dupuis…

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          • Répondu le 6 septembre 2024 à  15:20 :

            Je ne suis pas certain qu’être resté quelques années chez Dupuis soit très significatif au regard d’une très longue carrière chez Futuropolis ensuite. C’est un peu comme le chanteur d’AC-DC, toujours considéré comme un remplaçant alors qu’il est là depuis 1979…

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  • Futuropolis : une rentrée-anniversaire
    10 août 2024 08:37, par Patbert

    Une maison d’édition qui propose des ouvrages certes de qualité, mais aux choix éditoriaux tellement militants tendance rouge coco et exclusivement orientés à gauche que cela en devient gênant.

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    • Répondu le 10 août 2024 à  12:19 :

      Si cette option vous gêne vraiment, le plus simple est de lire autre chose. Cette technique marche très bien

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    • Répondu par Richard (Teljem) le 10 août 2024 à  12:32 :

      Vous devez être drôlement de droite pour penser ça, ou n’avoir lu que peu de livres de Futuro.

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    • Répondu par Sergent Mazout le 10 août 2024 à  13:53 :

      Vous préférez les livres bruns fachos orientés à droite peut-être ?

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      • Répondu par Olga le 12 août 2024 à  10:22 :

        La pensée unique de gauche a conduit à l’émergence d’un courant contraire en réaction. Très présent dans la presse écrite ou les chaînes d’infos (Cnews, quell changement depuis la reprise par Bollloré ! Les débats traitent très souvent de thèmes clivant, mais la pllupart des commentateurs semblent se situer à l’extrème-droite.
        Pour l’instant, je ne vois pas trop de BD d’extrême-droite, soit elles sont apolitiques (un peu normal pour la stricte aventure ou l’humour familial), soit si elles portent sur des sujets de société, elles penchent le plus souvent à gauche. Reste le domaine historique, où je note beaucoup d’albums avec des swastikas en couverture. En dehors de la seconde guerre mondiale, l’Histoire peut être traitée de deux façons, l’officielle, et celle de la réalité de la vie des peuples.

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        • Répondu le 12 août 2024 à  14:00 :

          En ces temps d’intense polarisation politique on l’oublie trop souvent mais il est aussi permis de faire un travail de journaliste ou d’historien, dans un film, un livre ou un album, sans pour autant être « de gauche », ou « de droite », faire un travail sérieux en somme. Il me semble que c’est ce que le public est en droit d’espérer.

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          • Répondu par Olga le 13 août 2024 à  09:05 :

            Mais quelles sont les BD portant des valeurs d’extrème-droite, et quels sont les auteurs ou autrices portant ces "valeurs" ? Ill y en a peut-être, mais sont très minoritaires, cela peut se comprendre puisque leurs auteurs se font insulter et boycotter à chaque parution. Il y a donc, statistiquement, un écart énorme entre la population qui s’est exprimée par ses votes aux dernières élections, et les livres qui devraient être représentatifs de cette même population. Je ne suis pas d’extrème-droite, je m’étonne juste de ce phénomène....

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            • Répondu le 13 août 2024 à  14:21 :

              Ce que vous décrivez n’a rien d’un phénomène nouveau. La culture est universellement l’apanage des élites. Son accès est universellement corrélé à un certain niveau de revenus. On peut parler de culture populaire mais il faut reconnaître qu’on est encore loin de permettre à toutes les catégories de population d’accéder à la culture. Il existe évidemment des artistes de droite et même d’extrême-droite (même si on peut s’interroger sur le sens du mot artiste dès lors qu’un artiste choisit d’embrasser ouvertement une idéologie), mais ce qui aujourd’hui nourrit grandement, entre autres choses, les populismes d’extrême-droite comme d’extrême-gauche, c’est justement cette inégalité d’accès à la culture et aux élites pour une énorme proportion de la population. C’est frappant dans nos pays.

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              • Répondu par Philippe LEBAS le 23 août 2024 à  14:46 :

                Venant d’un milieu très populaire, les bibliothèques m’ont donné la possibilité d’accéder à la lecture. Et je ne suis pas le seul.

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                • Répondu le 6 septembre 2024 à  15:25 :

                  Les bibliothèques font en effet un travail formidable que les libraires ne peuvent pas faire car ils sont avant tout des commerçants et parce que les livres sont trop chers et même de plus en cher. Les livres se vendent beaucoup moins qu’il y a encore 20 ans, et la culture s’embourgeoise de plus en plus, notamment la BD. Des bibliothèques, il faudrait en ouvrir plus et partout.

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