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Excellent
31 juillet 2026
Le décor est planté sans fioritures : El Pueblo del Bonito Pontón, petit port sud-américain de l’époque coloniale où il ne se passe, a priori, pas grand-chose. Le père Bartholomé et son serviteur indigène, Samedi, y guettent l’arrivée des navires avec l’ennui de ceux qui n’attendent plus rien. Quand débarque enfin le capitaine Sabuesco, hautain, cassant, obsédé par la traque d’une goélette disparue avec sa cargaison — sans doute un trésor d’une grande valeur —, tout bascule.
Un trio de bras cassés en terrain colonial
Bartholomé ment, aiguille le capitaine sur une fausse piste et s’enfonce à son tour dans la jungle avec Samedi et un soldat déserteur, chacun poursuivant sa propre idée du trésor.
L’engrenage se met alors en marche. Les uns convoitent la richesse, les autres la reconnaissance, chacun son propre intérêt.
C’est là toute l’astuce du scénario : personne, dans ce trio de fortune, n’est vraiment recommandable, et c’est précisément ce qui rend leur odyssée savoureuse. Pain(t) ne cherche pas à construire des héros auxquels s’attacher, mais des silhouettes dont on observe, avec une délectation presque cruelle, les petits arrangements avec la conscience.
Un dessin épuré au service du verbe
Autodidacte, Pain(t), professeur des écoles le jour et auteur de bande dessinée le soir, a développé un trait graphique volontairement dépouillé, tout en noir et blanc.
Le choix n’est pas anodin : débarrassé du superflu, le dessin laisse toute la place aux dialogues, véritable arme principale de l’album. Les répliques y sont sèches, souvent cinglantes, parfois volontairement grossières dans la bouche du soldat. C’est ce contraste entre la parole cléricale et un argot de charretier qui fait mouche à peu près à chaque page.
Cet humour, nourri de blagues et de références anachroniques, renforce ce sentiment d’absurde réjouissant.
On retrouve ici la marque de fabrique de l’auteur, déjà à l’œuvre dans Le Bon, la Brute et les Schtömeuls : une aventure classique en apparence, détournée de l’intérieur par un humour absurde et une ironie mordante sur les petites lâchetés humaines.
On a marché dans la jungle ne révolutionne pas le genre de l’aventure exotique parodique, mais il l’exécute avec une efficacité comique qui ne faiblit pas au fil de ses 72 planches. Sans temps mort, Pain(t) signe un album malin, qui préfère la fable désabusée sur la cupidité à la grande épopée héroïque, avant de s’achever sur un cliffhanger digne de David Fincher.
Par Quentin GUILLIER
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